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Inspiration sud-américaine : comment Mélenchon s'est éloigné d'Hugo Chavez pour se rapprocher de Lula et Correa

Le leader du Front de gauche a reçu il y a quelques jours une lettre d’encouragement du président équatorien Rafael Correa, celui-là même qui lui a inspiré la "révolution citoyenne". Mais d'où vient l'inspiration sud-américaine du patron du Front de gauche ?

Fidel à Chavez ?

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Mais Correa ne doit-il pas tout à Chavez ?

Ne confondons pas. Chavez se présente comme le « grand frère » mais ni Evo Morales (président de Bolivie) ni Rafael Correa ne veulent être considérés comme des « petits frères ». Ils prennent la manne pétrolière, mais ne sont pas les hommes de Chavez. Idéologiquement, Correa n'a d'ailleurs pas à proprement parler de modèle. C'est un pragmatique. L'Equateur était demeuré extrêmement oligarchique et très déstructuré économiquement. Il a tenté de redonner, sinon du pouvoir, de la « participation » à tous.

La « révolution citoyenne » veut vraiment dire quelque chose en Equateur ! Ca n'est pas très concret. Mais c'est très important symboliquement, que les «petits », « ceux d'en bas » aient le sentiment d'avoir enfin la parole…

Correa est un peu populiste, un peu autoritaire. Mais c'est un économiste brillant formé aux Etats-Unis. Ce n'est nullement l'archétype du marxiste-léniniste. Et puis l'Equateur était vraiment dans une situation très difficile économiquement et très instable politiquement… Et Correa ne se débrouille pas mal.

Correa a fait sa « révolution citoyenne ». A-t-elle « décoincé » la société équatorienne ?

Elle a accompagné le changement de ses réformes économiques et cela a stabilisé la vie politique de l'Equateur - les cinq présidents précédents n'avaient même pas pu finir leurs mandats ! Il faut faire participer les gens, même si ce n'est pas très concret.

Rappelons qu'une ministre de Correa a demandé avec humour que Mélenchon verse des royalties à l'Equateur pour avoir plagié le concept de révolution citoyenne. N'est-ce pas un peu étrange de copier l'Equateur, qui a si peu à voir avec la France ?

Mais Jean-LucMélenchon  ne copie rien du tout ! Il a l'intuition qu'aujourd'hui, en Amérique latine, cela bouge. Quand vous avez 8% de croissance, comme le Pérou, le Brésil ou l'Argentine, vous avez une vraie marge de manœuvre pour essayer des politiques originales. L'Equateur n'en est pas là, mais il innove ! Il ne s'agit pas de les prendre pour modèle, mais d'analyser et d'y puiser peut-être de l'espoir… en Amérique latine, même les élus de droite -comme Calderon au Mexique et Santos en Colombie qui posent la question de la légalisation du marché de la drogue- ont de l'audace.

Mais Correa n'a-t-il pas les travers de Chavez - ses délires antisémites, son soutien à l'Iran... ?

Non. Mais c'est justement pour cela aussi je crois que Jean-Luc Mélenchon a pris ses distances vis-à-vis de Chavez ! Il a récupéré le segment des anciens communistes en déshérence. Il doit leur redonner un souffle. Alors, bien entendu, il va titiller la fibre révolutionnaire, le fantasme subliminal de la révolution sud-américaine… mais tout en restant subtil !

Ne serait-ce que du marketing ?

Dans cette campagne où l'on s'ennuie souvent ferme, il monte car il exalte les gens par son discours souvent provocateur. Jean-Luc Mélenchon n'est pas un coupeur de tête ! Mais il n'a pas de solution miracle, il cherche juste à débloquer la société. De toute façon, personne n'a guère de marge de manœuvre dans le cadre national d'aujourd'hui. Certes ses propositions ne sont pas vraiment réalistes. Mais quiconque propose un changement dans le seul cadre national, n'est pas réaliste ! Il a trouvé le filon, c'est un très bon acteur et il est d'une certaine manière convaincu lui-même, ça lui rappelle probablement sa jeunesse. C'est un homme de gauche. Et il souhaite vraiment le changement. Au demeurant, comme il est intelligent et bien formé politiquement, il sait très bien que ce n'est pas vraiment possible dans un cadre strictement national étant donné la structuration et la financiarisation actuelles du capitalisme mondial. Mais en même temps, il a très envie d'y croire et donc il a une force d'entraînement indéniable. Le temps d'une campagne au moins…

Propos recueillis par Antoine de Tournemire

 
Commentaires

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  • Par SteakKnife - 17/04/2012 - 15:12 - Signaler un abus Interrogatoire

    Quelle véhémence dans les questions : autoritarisme, antisémitisme, malhonnêteté, toutes les attaques infondés pour tailler un costard à Mélenchon y passent. Bravo.

  • Par vdedaj - 17/04/2012 - 15:31 - Signaler un abus Délires antisémites ?

    Lors d'une émission de Taddeï, Mme Fregosi a répété la légende urbaine des "propos antisémites" de Chavez (légende lancée par Libération si je ne m'abuse). Démasquée par Michel Collon, elle a eu ce cri du coeur mémorable (de mémoire) "oui, mais Chavez est quand même bien contre Israël !" - CQFD.

  • Par golvan - 17/04/2012 - 18:31 - Signaler un abus @steakknife

    L'interview est plutôt très bienveillante envers votre ami mélenchon. Mais si l'on veut résumer: mélenchon qui est un type intelligent sait très bien qu'il raconte des conneries mais comme c'est un vieux trotskar romantique qui aime castro et le che il a envie d'y croire. Le problème c'est qu'il y a un tas d'ahuris qui ne savent manifestement pas que ce sont des conneries.

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Renée Frégosi

Renée Fregosi est maître de conférences et directeur de recherches en science politique à l’Institut des Hautes Etudes de l’Amérique Latine (Université paris 3 Sorbonne-Nouvelle).

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