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Inspiration sud-américaine : comment Mélenchon s'est éloigné d'Hugo Chavez pour se rapprocher de Lula et Correa

Le leader du Front de gauche a reçu il y a quelques jours une lettre d’encouragement du président équatorien Rafael Correa, celui-là même qui lui a inspiré la "révolution citoyenne". Mais d'où vient l'inspiration sud-américaine du patron du Front de gauche ?

Fidel à Chavez ?

Publié le

Atlantico : Spécialiste des problématiques démocratiques en Amérique latine, vous connaissez Jean-Luc Mélenchon personnellement. Le leader du Front de gauche a reçu il y a quelques jours une lettre d'encouragement du président équatorien Rafael Correa, qui lui a inspiré la « révolution citoyenne ». Qui sont à votre avis les figures de référence latinos de Mélenchon ? Chavez ? Correa ? Fidel Castro ?

Renée Fregosi : J'ai connu en effet Jean-Luc il y a longtemps et si je ne pense pas voter pour lui, je reconnais en lui le meilleur débatteur de cette campagne électorale. Par ailleurs, je suis l'actualité du Venezuela depuis plusieurs années et j'ai une analyse critique de Chavez et de ce que l'on pourrait appeler le chavisme.

Jean-Luc Mélenchon suit l'Amérique latine depuis longtemps. Lorsqu'il était élu local à Massy, municipalité qui recevait beaucoup de réfugiés chiliens, il a acquis une certaine proximité avec le Chili  à travers la gauche chilienne. Par ailleurs, étant de formation trotskiste, il a une grande sensibilité à l'international et une formation théorique solide. Ce que n'ont pas forcément tous les militants ou tous les élus socialistes.

Il a donc depuis longtemps un intérêt certain pour l'Amérique latine. Ses références actuelles à cette région du monde n'ont rien de conjoncturel ou d'opportuniste ! De plus, c'est un homme intelligent et il a bien vu que ce continent était à certains égards très proche de l'Europe, et qu'on pouvait aujourd'hui plus encore que par le passé « faire du comparatif » théorique et politique intéressant entre les deux rives de l'Atlantique.

S'est-il déjà rendu en Amérique latine ?

Oui, il est allé plusieurs fois là-bas et y a noué, je pense, pas mal de relations. Je ne sais pas s'il a rencontré Chavez ou Castro ; mais je sais que concernant Fidel Castro, il a une analyse assez proche de la sensibilité classique latino : à la fois sentimentale et critique… Castro conserve cette aura révolutionnaire qui en a fait rêver plus d'un pendant les années 1970 et reste cette figure de la résistance à l'impérialisme américain. Toutefois, Jean-Luc Melenchon connaît fort bien les limites de ce qui fut un modèle en son temps.

Est-il un admirateur de Chavez, comme le sont certains de ses électeurs ?

Il a été chaviste pendant un certain temps, comme beaucoup de gens de gauche et surtout d'extrême-gauche en Amérique latine et surtout, oserais-je dire, en France. Rappelons qu'Hugo Chavez est arrivé sur un terrain complètement dévasté et qu'il représentait un espoir, malgré son discours populiste. Comme Jean-Luc Mélenchon est clairvoyant , il a depuis pris ses distances car il se rend compte des dérives autoritaires du régime et de l'incurie de la gestion chaviste.

J'étais à Caracas pour les primaires de l'opposition, le Mesa Unitaria Democratica (en vue des élections présidentielle d'octobre 2012). La situation économique est aussi catastrophique qu'en 1998, quand Chevez est arrivé au pouvoir ! On a vu une embellie économique entre 2003 et 2006, mais aujourd'hui, c'est une catastrophe. C'est un peu un « village Potemkine » : la désindustrialisation du pays est profonde et certaines entreprises sont des coquilles vides. De plus, Chavez est seul au pouvoir car il a découragé tous les ministres de talents. A certains égards, on serait presque tentés de dire « heureusement que les Cubains sont là ! ». Ils ont la haute main sur  l'état civil, les forces armées et les transports et bien sûr les services sociaux et la médecine en premier lieu… C'est une situation un peu surréaliste. Mélenchon a pris ses distances. D'où sa déclaration dans laquelle qu'il se dit plus proche de Correa et Lula que de Chavez…

 
Commentaires

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  • Par SteakKnife - 17/04/2012 - 15:12 - Signaler un abus Interrogatoire

    Quelle véhémence dans les questions : autoritarisme, antisémitisme, malhonnêteté, toutes les attaques infondés pour tailler un costard à Mélenchon y passent. Bravo.

  • Par vdedaj - 17/04/2012 - 15:31 - Signaler un abus Délires antisémites ?

    Lors d'une émission de Taddeï, Mme Fregosi a répété la légende urbaine des "propos antisémites" de Chavez (légende lancée par Libération si je ne m'abuse). Démasquée par Michel Collon, elle a eu ce cri du coeur mémorable (de mémoire) "oui, mais Chavez est quand même bien contre Israël !" - CQFD.

  • Par golvan - 17/04/2012 - 18:31 - Signaler un abus @steakknife

    L'interview est plutôt très bienveillante envers votre ami mélenchon. Mais si l'on veut résumer: mélenchon qui est un type intelligent sait très bien qu'il raconte des conneries mais comme c'est un vieux trotskar romantique qui aime castro et le che il a envie d'y croire. Le problème c'est qu'il y a un tas d'ahuris qui ne savent manifestement pas que ce sont des conneries.

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Renée Frégosi

Renée Fregosi est maître de conférences et directeur de recherches en science politique à l’Institut des Hautes Etudes de l’Amérique Latine (Université paris 3 Sorbonne-Nouvelle).

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