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Jamais d'enfant laissé seul : cette fausse bonne idée née de notre peur d'être de mauvais parents

De nombreux parents craignent de laisser leurs enfants seuls à la maison ou sur le chemin de l'école. Les parent cherchent surtout à protéger leurs enfants de grandes menaces au détriment des petits risques du quotidien (chute, brûlure...), qui sont pourtant beaucoup plus dangereux et fréquents que des attentats terroristes ou un enlèvement.

Nouvelle norme sociale

Publié le - Mis à jour le 16 Septembre 2016
Jamais d'enfant laissé seul : cette fausse bonne idée née de notre peur d'être de mauvais parents
  • Les parents tendent à avoir de plus en plus peur de laisser leurs enfants seuls.

  • En agissant ainsi, les parents, influencés par une nouvelle norme sociale ultra-alarmiste, cherchent surtout à protéger leurs enfants de grandes menaces sociétales au détriment des petits risques du quotidien (chute, brûlure...), qui sont pourtant beaucoup plus dangereux et fréquents que des attentats terroristes ou un enlèvement par exemple.

  • Ce comportement surprotecteur n’est pas bon pour le développement des enfants, qui ont besoin d’apprendre à se débrouiller tout seul pour grandir.​

Atlantico : Selon une étude britannique (voir ici), un enfant sur 5 âgé d'environ 5 à 6 ans aurait déjà été signalé aux services sociaux.

Pour cause, leurs parents les ont laissés quelques minutes seuls ou non surveillés, dans des situations qui ne présentaient pas de dangers réels. Comment expliquer ce pourcentage aussi fort ? Comment en est-on arrivé à ce résultat en à peine 40 ans, comme le mentionne l'enquête (voir ici) qu'a mené Roger Hart entre les années 1970 et 2000 ?

Florence Millot : Cette étude nous montre qu’en à peine 40 ans, le comportement des parents envers leurs enfants et leur capacité à les laisser seuls ont profondément changé. Évidemment, l’impact des médias y est pour quelque chose. Ceux-ci ont permettent un accès à une information de manière répétée qui peut être anxiogène, surtout en ce qui concerne les enfants, l’extérieur ou l’environnement. Par ailleurs, auparavant, les parents pouvaient laisser les enfants dans les villes/ villages à partir de 4 ou 5 ans en ayant confiance. On connaissait son voisinage, ses voisins. Il y avait une sorte de confiance, de surveillance des enfants de manière générale dans la communauté.

Aujourd’hui, la ville devient étrangère. Nous avons beaucoup moins de contacts avec l'extérieur et même notre propre voisin nous est étranger. La montée de l'individualisme nous donne une représentation du monde extérieur beaucoup plus “dangereuse”, avec cette peur croissante de laisser ses enfants seuls ou en proie au monde extérieur. 

La notion de repère a également changé : par exemple, on note aujourd'hui que ce sont les parents qui jugent les autres parents parce qu’ils estiment que des enfants ne doivent pas être seuls dans la rue. Alors qu'avant, ce repère était intérieur : c’est le parent qui jugeait ce qui était bon pour son enfant et pour sa famille. Il n’y avait donc pas de droit de regard de la part d’une personne extérieure, que ce soit les médias ou les services sociaux. Aujourd’hui, les parents font beaucoup plus confiance aux médias, à la morale, à ce qu’on dit de l’enfant ou de ses capacités etc. plutôt qu’à leur propre jugement. Cela tend à créer une homogénéité des comportements, où l’on doit catégoriser les activités des enfants par âge en suivant en quelque sorte une grille de normalité sans forcément partir du point de vue de l’enfant. 

Ces pertes de repères extérieurs peuvent expliquer cette montée en puissance de la peur.

Comment peut-on expliquer l'augmentation de cette peur des parents de laisser leurs enfants seuls à l’école par exemple, alors que les taux de criminalité n’ont pas bougé depuis des décennies par exemple ?

L’une des premières raisons peut être la surexposition des parents aux médias et aux informations anxiogènes qu’ils transmettent. Mais c'est surtout la surinformation, avec un accès à l’information en temps réel, aussi bien à la télévision que sur les réseaux sociaux, qui alimente cette peur.

Mais ce qui a changé, au-delà des médias, c’est le fait que les enfants ont eux-mêmes accès à l’information ou aux réseaux sociaux. Dans le fil d’actualité, vous avez accès à des informations et à des dangers qui peuvent se passer dans le monde entier. Notre rapport à l’information n’est plus local mais mondial. Cette information augmente la peur des parents et des enfants puisqu’il n'y a plus de filtre. A tous les niveaux - médias, parents, enfants - la peur existe. Une peur qui est réelle, mais qui est aussi potentielle et fantasmée. On le voit notamment avec le phénomène des attentats.

Si l’on compare la situation entre 1995, où les attentats n’étaient pas mentionnés dans les écoles, et la situation de maintenant, on constate un énorme changement. Aujourd’hui, on en parle dans les écoles et même dans les maternelles. Le rôle des parents, qui est de contenir la peur de l’enfant, est en quelque sorte inversé : ils doivent désormais mettre en garde les enfants contre les risques auxquels ils peuvent être confrontés. On dit tout aux enfants pour les “protéger”. Enfin, l’usage du téléphone portable et de toutes les applications nous permettant de savoir en permanence les faits et gestes de nos enfants peuvent également jouer sur cette peur de laisser les enfants seuls. Les parents ont besoin d’avoir une réponse immédiate, sinon il y a une frustration ou une inquiétude dès que l’enfant ne répond pas dans la minute.

 
Commentaires

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  • Par assougoudrel - 14/09/2016 - 14:02 - Signaler un abus Beaucoup d'enfants et d'ados

    sont laissés seuls. On voit le résultat à présent. Quand nous avons nos petits enfants,nous ne les lâchons pas d'une semelle. Un malheur est vite arrivé et nos enfants nous ont fait confiance. Nous laissons tout tomber pour être à leur disposition. C'est du bon sens.

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