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Jacques Levy : "L’objectif de la mixité sociale suppose des politiques urbaines extrêmement déterminées"

Jacques Lévy a étudié, aux côtés de Jean-Nicolas Fauchillet et Ana Povoas, la manière dont la justice, sur le plan philosophique, est perçue et s'exerce à travers l'Hexagone. Ils viennent de publier "Théorie de la justice spatiale, Géographies du juste et de l'injuste", chez Odile Jacob.

Justice

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Jacques Levy : "L’objectif de la mixité sociale suppose des politiques urbaines extrêmement déterminées"

 Crédit JACQUES DEMARTHON / AFP

Atlantico : Votre livre propose de « passer par l’espace » pour comprendre les enjeux qui entourent une notion philosophique complexe, celle de la justice. Comme vous le rappelez, la géographie s’est largement invitée dans le débat politique ces dernières années, que cela soit à l’échelle locale, nationale, continentale ou mondiale. Concrètement, qu’est-ce qui fait qu’on considère aujourd’hui qu’une organisation spatiale est juste ou injuste ?

 
Jacques Lévy : Il s’agit d’un débat actif entre les citoyens et les dirigeants.  C’est un lieu de controverses.
L’avis ne sera pas le même selon que l’on considère que les politiques publiques de redistribution doivent verser proportionnellement l’argent aux habitants concernés ou si l’on estime que tous les territoires, même les territoires vides, doivent être desservis.  L’idée de justice est toujours présente, mais elle est traitée différemment. 
 
Au cours de notre enquête, nous nous sommes rendus compte qu’il y avait une certaine tendance à définir un socle d’égalité basé sur une composante spatiale tel que l’accès pour tous à une éducation de qualité ou la lutte contre la pauvreté. 
 
La question que nous posions lors de cette enquête empirique, qui a servi de base au livre, était : qu’est-ce qu’une société juste ? Or, l’accès à l’éducation et la lutte contre la pauvreté, sont les thématiques qui sont le plus souvent ressorties. Les personnes interrogées considéraient que l’on doit pouvoir traiter la question de la pauvreté et éviter absolument la concentration de personnes aux moyens restreints dans un même espace. 
 
Pour répondre à cette attente, il faudrait faire une politique publique différenciée. En effet, si l’on donne la même chose à plusieurs individus alors que les besoins sont différents, on ne fait qu’aggraver les inégalités. 
 

Une injustice de plus en plus décriée est celle du déséquilibre grandissant entre les grandes villes mondialisées et  les autres territoires. Au-delà de la classique dichotomie ville-campagne, l’opposition entre villes intégrées dans la mondialisation et villes en dehors n’introduit-elle pas la question de justice des territoires dans les enjeux politiques de nos sociétés ?

 
Tout d’abord, il est vrai qu’en termes de productivité les grandes villes ont tendance à être plus efficaces même s’il faut nuancer ce propos à l’échelle mondiale. Par exemple, il y a d’importantes différences de productivité entre une très grande ville comme Lagos et une plus petite ville française. 
 
Hormis sa taille -même si les grandes villes arrivent bien souvent à des niveaux de développement qui sont une fois et demi ou deux fois supérieur au reste du territoire- il y  a d’autres éléments qui font qu’une ville s’en sort, bien ou pas, dans l’espace mondial. C’est ce que l’on appelle l'urbanité relative, c’est-à-dire qu’une ville de petite taille peut être dynamique, avoir une population bien formée, des projets de développement… 
 
A partir de là, il faut compenser : aider ceux qui ne parviennent pas à certains niveaux de développement. L’Allemagne a, par exemple, mis-en-place une péréquation des régions riches vers les pauvres. Par ailleurs, tous les lieux peuvent réussir sans forcément être une métropole, parfois, mais pas toujours, en profitant d’une métropole proche. C’est l’aide publique et la justice qui doivent créer les conditions d’un développement endogène et non se contenter de compenser a posteriori  un déficit en développement. 
 
 
Commentaires

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  • Par walchp - 08/10/2018 - 11:12 - Signaler un abus La mixité sociale,personne n'en veux !!!!

    Tout le monde préfère avoir des voisins qui leur ressemblent, sur le plan culturel, socio économique,etc etc Il suffit d'examiner les lieux de résidence des politiques qui ont le culot de prôner cette fameuse (et fumeuse!)mixité !! ça fait bander les gens de gauche de diluer la racaille au milieux des bourgeois, Ils pensent que ça se verra moins.....

  • Par Olivier62 - 08/10/2018 - 12:12 - Signaler un abus Incompréhension totale des problèmes

    Typiquement un discours de bobo bien-pensant. En quoi la "mixité sociale" est-elle un bien ? Quand on voit le coût exorbitant des logements en région parisienne et à Paris, disons qu'on en prend pas le chemin. Mais le terme "mixité sociale" est une expression qui cache un autre sens, celui de "mixité raciale" qu'on veut imposer aux classes moyennes et populaire de souche, et ça n'a rien d'innocent. En fait la fameuses "politique de la ville" au coût exorbitant a surtout consisté à faire cadeau des logements aux immigrés. Remarquons enfin que la fameuse mixité sociale ne concerne pas Paris intra muros pour ne pas gêner les classes privilégiées, qui se donnent bonne conscience avec un discours anti-raciste mais qui se gardent bien d'expérimenter les joies du "vivre ensemble (c'est pour les "petits blancs"). Notons aussi dans ces beaux discours l'abandon total de la province (sauf zones "difficiles") et de la campagne (peuplé uniquement de "de souche" -beurk !)

  • Par lasenorita - 08/10/2018 - 14:23 - Signaler un abus La mixité sociale.

    Dans l'Algérie française,la mixité sociale existait et les différentes religions se côtoyaient puisque dans mon immeuble et dans mon école:musulmans et non-musulmans vivaient en bons termes,quand j'étais gamine..Il y avait des quartiers à prédominance espagnole,ou italienne,ou juive,ou musulmane etc..et cela se comprend:un Italien qui arrivait dans une ville inconnue,se rendait,automatiquement,dans le quartier à forte population italienne,on ne parlait pas de ''ghetto'' à cette époque..Dans nos ''cités'' françaises,les immigrés musulmans se faisaient accueillir par des compatriotes,qui y habitaient...puis les habitants de ces cités,qui réussissaient professionnellement et qui s'étaient enrichis,abandonnaient ces cités,qui les avaient hébergés à leur arrivée en France...et insensiblement la ''mixité sociale'' disparaît...Je ne pense pas que les Français,qui habitent dans les ''beaux quartiers'',aient envie d'avoir comme voisins des gens qui jettent les ordures par les fenêtres,ou dans les escaliers de l'immeuble,font marcher leur poste de radio au son maximum,etc..etc...La ''mixité sociale'' n'est possible qu'entre personnes ''bien éduquées''...

  • Par Anouman - 08/10/2018 - 19:15 - Signaler un abus Mixité

    La mixité sociale n'a aucune raison d'être, qu'on arrête de nous rabâcher cette fable ridicule.

  • Par vangog - 08/10/2018 - 20:14 - Signaler un abus La mixité sociale est une merde gauchiste!

    Si ces analystes avaient l’intelligence de raisonner en terme de coûts globaux, et non pour satisfaire leur petit ego qui se gave d’egalitarisme comme d’une drogue nécessaire, ils comprendraient que les sommes folles ( et irrationnelles) dépensées par les collectivités locales pour atteindre les très bêtes objectifs gauchistes de mixité sociale, abotissent à plus de pauvreté et plus d’inégalités... Pourtant, le système gauchiste s’est évertué à le prouver durant un siècle d'échecs et de régressions sociales, mais ces cretins obsédés par leur ego, s’obstinent à ne pas voir cette réalité qui leur fait peur....

  • Par Atlantica75000 - 10/10/2018 - 22:13 - Signaler un abus Et dire que ces gens trouvent un éditeur !

    Insupportable : j'habite un quartier devenu à la mode : les "très aisés" cohabitent avec les "très aides", les classes moyennes en ayant été éjectées notamment lorsque Delanoë a racheté des immeubles entiers forçant les classes moyennes locataires à s'"exiler" en banlieue. Or, ces "très aidés" ne font aucun effort pour se rapprocher du "parisien lambda" : toutes les femmes sont voilées et accoutrées à la mode exotique. Ce monsieur dit donc n'importe quoi. Veut-il faire de toutes les villes et villages des "banlieues" ?

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Jacques Lévy

Jacques Lévy est géographe, professeur à l’École polytechnique fédérale de Lausanne et à l’université de Reims. Il a reçu le prix international Vautrin-Lud 2018, qui est la plus haute distinction en géographie. Il est le co-auteur de Théorie de la justice spatiale, avec Jean-Nicolas Fauchille et Ana Povoas, paru chez Odile Jacob (2018).

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