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ITER : ce grand absent du débat sur le nucléaire, symbole d'une politique française court-termiste

Le nucléaire est au centre des débats politiques actuels... mais personne n'évoque le projet international de fusion ITER en construction en Provence.

Futur à présent

Publié le

En France, l’énergie nucléaire est devenue un réacteur présidentiel : tous les candidats à l'élection de 2012 conjuguent leur avenir avec le futur de la fission nucléaire. Mais si tous se prononcent sur le nucléaire, aucun ne prononce le mot « ITER », le projet international de fusion en construction à Cadarache en Provence. Quelles sont les raisons de ce silence nucléaire ?

Plusieurs candidats à l’élection présidentielle évoquent à haute voix, sinon la sortie, du moins la réduction du parc nucléaire en France, pays qui détient le record mondial d’électricité d’origine nucléaire (environ 78%). 

Comment réduire la part de l’énergie nucléaire dans la production d’électricité ?

Il n’y a pas trente-six mille solutions technologiques. Mais aucun de ces candidats ne mentionne la possibilité de la fusion alors que la France héberge ITER, actuellement le plus ambitieux projet scientifique et technologique du monde. Malgré la très forte implication des autorités françaises, au plus haut niveau de l’État, durant la phase de négociations qui s’est conclue le 28 juin 2005 par le choix unanime des sept membres d’ITER en faveur du site de Cadarache, ITER a disparu du radar politique ! Aucun ministre français, d’ailleurs, n’a fait le déplacement pour visiter les constructions en cours. De passage récemment à Pierrevert dans les Alpes-de-Haute-Provence (à une trentaine de kilomètres de Cadarache), Ségolène Royal n’a même pas cru utile de faire un crochet par ITER. Examinons quelques explications possibles de cette frilosité énergétique.

ITER, c'est quoi ?

La méconnaissance du projet, que les politiques ont en commun avec le grand public est sans doute l’une des grandes raisons de ce silence. ITER sera un réacteur de type « tokamak », comme il en existe quelques dizaines dans le monde. Il réalisera des réactions de fusion de noyaux atomiques légers semblables à celles qui se produisent dans le Soleil, dans une enceinte de confinement magnétique. L’originalité d’ITER tient notamment à sa taille : son enceinte magnétique sera dix fois plus volumineuse que celle du plus performant réacteur de fusion actuel, le « JET », situé près d’Oxford en Angleterre. Grâce à sa taille (notamment), ITER devrait produire dix fois plus d’énergie que celle qui sera injectée dans la machine. Et devra donc intéresser les industriels (ce qui est déjà le cas).

Nucléaire, ITER ?

Même si la fusion n’est pas la fission, l’adjectif « nucléaire » semble « souder » ces deux technologies, pourtant fondamentalement différentes. Que certains n’hésitent pas à placer dans le même sac. D’où une grande confusion : fission-fusion, même combat ? Errare humanum technologicum est... Alors que l’on doit charger, en une seule fois, plusieurs centaines de tonnes de combustible dans un réacteur de fission, il n’y aura jamais plus de deux grammes de gaz en réaction dans l’enceinte d’ITER. Un accident comme à Fukushima est impossible dans un réacteur comme ITER. Qui, autre argument de poids, ne produira pas de déchet radioactif de haute intensité à vie longue. Cette confusion, qui est plus appréhendée que partagée, explique aussi la réticence des politiques à s’engager explicitement sur le terrain de la fusion. Plutôt que de se mettre à dos une minorité d’opposants radicaux, mieux vaut passer ITER sous silence.

Un projet qui verra le jour dans vingt ans

ITER est-il un projet à long terme ? Oui et non. ITER, actuellement en construction, devrait être opérationnel en 2020. Et à partir de 2027, quand seront mis en œuvre les « vrais » combustibles de fusion, le deutérium et le tritium, nous devrions savoir si ITER produira un bilan net d’énergie. Si tel est le cas, la fusion apparaîtra comme une nouvelle source d’énergie crédible. Donc d’ici une petite vingtaine d’années, c’est-à-dire demain à l’échelle des problématiques de l’énergie.

Trop cher, ITER ?

Autre argument évoqué : ITER aurait un coût exorbitant. C’est une critique fréquente, à laquelle il est pourtant facile de répondre. Même si le coût du réacteur ITER ne sera sans doute jamais connu (car les sept pays membres construisent chacun des parties de la machine et ne sont pas obligés de communiquer leur coût réel), la construction de la machine est actuellement estimée à environ 13 milliards d’euros. C’est évidemment un gros montant. Mais qui, ne l’oublions pas, est étalé sur 10 ans et 34 pays. L’enjeu d’ITER – offrir à l’humanité une nouvelle source d’énergie – vaut bien cet investissement. C’est en tout cas la position des sept membres d’ITER.

A la différence de leurs homologues allemands, les politiques français sont extraordinairement silencieux sur ITER. En méconnaissance de cause ? Le fait est qu’ITER, fleuron de la technologie moderne et notamment européenne, s’adapte mal aux canons de notre société ultra médiatique, qui impose des réponses simples aux questions de fond et privilégie donc les formules choc aux explications chic. C’est un paradoxe « média scientifique » de plus. Le silence des politiques français sur ITER reflète le court-termisme d’une partie de notre société, médias et décideurs y compris.

 
Commentaires

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  • Par LudoBan - 13/10/2011 - 09:49 - Signaler un abus Comme toujours...

    Excellent article pour nous rappeler que la France, parmi les pays en pointe dans la recherche sur la fusion froide, ne bénéficie pas de relais médiatiques et politiques sur ce sujet, alors que l'enjeu est vital. Las, c'est pourtant une des meilleures options à explorer pour le futur de notre politique énergétique, donc de puissance et par là même de la grandeur de la France.

  • Par LudoBan - 13/10/2011 - 09:53 - Signaler un abus Et pourtant.

    Une stupidité, pourtant le sujet n'est en principe ni relativement complexe à comprendre (fusion et pas fission), ni à explorer (recherche de matériaux résistant à la corrosion sur de longues années,etc.) et que le coût relatif est loin d'atteindre celui du projet Manhattan, qui a déblayé la voie. Non décidément nos politiques n'ont pas de flair concernant notre développement scientifique...

  • Par LudoBan - 13/10/2011 - 09:56 - Signaler un abus Confier toute notre

    Confier toute notre prospective à des "cerveaux" auto-proclamés (les Minc et Attali, entre autres),et hop on développe le Minitel et on fait couler l'informatique française (Bull, Thompson, Alcatel, etc). Ce la ne doit pas se reproduire avec le secteur nucléaire, fleuron s'il en est de l'énergie française ... ITER est probablement l'avenir, les Japonais l'ont bien compris, eux qui le voulaient...

  • Par Stéphane Lhomme - 13/10/2011 - 10:11 - Signaler un abus Iter est d'ores et déjà un échec total

    Comme toujours, et malgré leurs déconvenues de plus en plus criantes (et dramatiques comme Fukushima), les pronucléaires s'accrochent à leurs chimères. Or tout le monde sait que ITER est d'ores et déjà un échec total sur tous les plans, et en particulier sur le plan scientifique. Cf http://reacteur.iter.free.fr/

  • Par LudoBan - 13/10/2011 - 10:20 - Signaler un abus @ Stephane Lhomme

    La fusion et la fission n'ont rien à voir, autant comparer l'éolien au solaire, donc Fukushima n'a rien à faire dans le débat. D'autre part, la fusion produit de l'énergie, on le sait (voyez donc la bombe H). On ne sait pas encore la maitriser, et c'est l'enjeu de cette recherche. Mais bon, je sens que vous préférez sans doute vous éclairer à la chandelle, et partir en voyage en pédalo.

  • Par Apicius - 13/10/2011 - 12:28 - Signaler un abus Très bon article

    et j'ajoute que confondre FISSION et FUSION disqualifie totalement les auteurs de tels commentaires. Pour le coût, il suffit de noter que ce matin le gouvernement français vient de trouver 33 milliards pour garantir ce qui reste de DAXIA : à rapprocher des 13 milliards partagés entre 34 pays (c'est d'ailleurs l'ordre de grandeur du coût du LHC du CERN).

  • Par l'oeil lucide - 13/10/2011 - 12:47 - Signaler un abus et sinon combien ça coute ?

    combien ça coute de démantelé une centrale, parcequ'il vas bien falloir y venir un jour

  • Par luc.b - 13/10/2011 - 14:10 - Signaler un abus Et les économies d'énergie?

    Un réfrigérateur et un climatiseur, fonctionnants par stockage de froid la nuit, consomment jusqu'à 50% d'énergie en moins. Une ampoule LED (ou une ampoule à Luminescence Stimulée par Electrons) consomme 8 fois moins d'énergie qu'une ampoule à incandescence. Une pompe à chaleur, fonctionnant en utilisant la chaleur des eaux usées, consomme 6 fois moins d'énergie qu'un chauffage électrique....

  • Par le celte - 13/10/2011 - 16:58 - Signaler un abus de la pub

    Encore un serial killer nucléaire qui preche pour ses paroisse . Avec ce genre d'individu, il n'y a jamais de danger avec leur technologie high tech.Sauf que quand ca va mal, il n'y a plus personne. baby killer..........

  • Par Cicero - 14/10/2011 - 22:36 - Signaler un abus @Le cette

    vous comprenez vraiment la différence entre fission et fusion? Votre commentaire apporte réellement à la qualité du débat! Vos préjugés et commentaires à deux balles, gardez les pour le bistrot. Mais ce doit être votre lieu de travail, je présume.

  • Par stamp - 14/10/2011 - 23:50 - Signaler un abus Le réacteur à fusion...

    N'en déplaise aux "khmers verts" , la fusion nucléaire c'est la vie car sans le soleil , cet énorme réacteur à fusion , il n'y aurait pas de vie sur terre... Le nucléaire et la radioactivité existent et ne sont pas moins naturels (la nature ne se limitant pas à cette vision étriquée définie par quelques écologistes bon teint) que ne l'est un jardin bio...

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Michel Claessens

Michel Claessens est directeur de la communication du projet ITER à Cadarache.

Docteur en sciences, il a été journaliste scientifique. Son dernier ouvrage s'intitule Allo la science ? (Editions Hermann, 2011).

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