Lundi 21 mai 2012 | Créer un compte | Connexion RSS 
 

Italie

Publié le 21 juin 2011

Pourquoi le berlusconisme
pourrait survivre à Berlusconi

La double défaite électorale de Silvio Berlusconi - municipales et référendum - n’entame en rien la vigueur des droites italiennes. Umberto Bossi, le chef de la Ligue du Nord, a profité de la fragilisation du Cavaliere pour exiger ce dimanche 20 juin, à Pontida, site de la kermesse annuelle de son parti, une réforme fiscale et la décentralisation vers le Nord de quatre ministères.

 
La droite italienne est encore majoritaire en Italie...

La droite italienne est encore majoritaire en Italie... Crédit Reuters

A lire la presse française, après ses revers électoraux des municipales du 30 mai dernier et du référendum de lundi 13 juin, Berlusconi serait proche de la sortie. Nous serions donc au terme d’un épisode politique qui a débuté en 1994 quand le magnat transalpin est devenu le Premier ministre new look d’une Italie engluée dans un affairisme qui finit de détruire la 1ère république italienne. Par abus de langage, certains parlent même de « fin du berlusconisme ». Rien n’est moins sûr tant Il Cavaliere sait, tel le phénix, renaitre de ses cendres. En sus, comme disait Auguste Comte, « on ne détruit que ce que l’on remplace » et l’on voit mal aujourd’hui l’alternative à la droitisation impulsée par Berlusconi.

La gauche italienne n'est pas en mesure de remplacer Berlusconi

Qu’y a-t-il en effet face au berlusconisme ? Une gauche divisée, sans stratégie ni stratège. Rappelons que la gauche italienne est représentée au Parlement italien par le Parti Démocrate (PD), ce dernier avatar du Parti communiste italien qui est hégémonique à gauche, et l’Italie des Valeurs (IDV) d’Antonio Di Pietro. Ce petit parti de centre-gauche s’est rapproché de la gauche plus radicale, absente du Parlement depuis 2008, incarnée par le parti Gauche, Ecologie et Liberté (SEL) où cohabitent communistes et écologistes. Or c’est cette gauche « marginale » qui a remporté les plus grandes victoires aux municipales – Luigi de Magistris (IDV) à Naples et Giuliano Pisapia (SEL) à Milan – et c’est elle qui est à l’origine du référendum victorieux contre l’immunité pénale du Premier ministre, pour l’interdiction du retour au nucléaire et contre la privatisation de l’eau, à l’occasion duquel elle a su s’appuyer sur les associations citoyennes et la « société civile ».

Le Parti Démocrate, sorte de gauche institutionnelle, tente bien de récupérer les récentes victoires électorales mais il pâtit d’une sérieuse défiance dans l’opinion. Ses chefs n’ont rien d’autre à proposer qu’une énième grande coalition électorale qui irait des communistes au centre-droit, comme en 1996 et en 2006. Or il manquerait à cet attelage la clé de voûte naguère incarnée par Romano Prodi, l’homme de la parenthèse au berlusconisme.

La droite italienne est encore majoritaire en Italie

Ce que la gauche italienne n’arrive pas à comprendre c’est la profonde marque (pas seulement publicitaire) que le berlusconisme, fondé sur l’égoïsme et l’hédonisme, a imprimé sur la vie politique. En vingt ans, il a imposé une droitisation qui va bien au-delà d’une simple victoire électorale. C’est pourquoi le berlusconisme pourrait bien survivre à Berlusconi. En effet, dans un contexte politique favorable à la gauche, un récent sondage sur les intentions de vote des Italiens publié dans « la Repubblica » accorde 39% à la majorité parlementaire (le Peuple des Libertés de Silvio Berlusconi et la Ligue du Nord d'Umberto Bossi), 13% au centre-droit (UDC et Fini) et 42.5% à la gauche. La droite est donc encore majoritaire en Italie

Berlusconi affaibli, Fini provisoirement sur la touche, c’est Bossi, partenaire incontournable de la coalition parlementaire, qui organise donc une nouvelle contestation de l’intérieur à la politique gouvernementale en demandant le transfert symbolique de ministères de Rome vers la « Padanie » et une réforme fiscale qui, ici comme ailleurs, rimerait avec baisse d’impôt…pour les plus riches.

On retrouve ici la fameuse alliance de la conservation et de la contestation, fondement de la droitisation tel que nous l’avons envisagé avec mon complice Gaël Brustier. Et déjà pointe le bout du nez de Giulio Tremonti, ancien du PSI et principal artisan de cette droitisation. Ministre de l’économie de Berlusconi depuis 1994, il s’impose comme une solution de rechange en cas de chute de Berlusconi, voire en successeur officiel pour les élections générales de 2013 si Berlusconi tient jusque-là. Quand on sait que Tremonti pense pouvoir faire sortir l’Italie de la crise politique et économique en réformant l’impôt sur le revenu qui passerait de cinq tranches à trois, on comprend mieux comment fonctionne ce processus dextriste : cette droite-là est un tank qui ne connaît ni la pause, ni la marche arrière

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par rolly36ify - 24/06/2011 - 15:09 - Signaler un abus @Otchoa - rectification "il commentatore"

    et pourquoi que les italiens l'ont réélu? Tout simplement parce que "en politique le choix est rarement entre le bien et le mal, mais entre le pire et le moindre mal" (Niccolo` Macchiavelli philosophe italien).

  • Par Otchoa - 23/06/2011 - 11:00 - Signaler un abus Il commentore

    Expliquez moi comment les Italiens ont élu un bonhomme comme ça !

  • Par rolly36ify - 21/06/2011 - 12:13 - Signaler un abus @ panteraverde "tout est dit"

    Rien à rajouter à votre analyse qui résume parfaitement la situation italienne. Bien que fragile, Berlusconi à réussi une stabilité gouvernementale depuis plusieurs années malgré la haine, les jalousies, le pouvoir absolu de la magistrature, la majorité des médias de gauche, etc.. Après lui, rien n'est plus sûr!

  • Par slavkov - 21/06/2011 - 11:17 - Signaler un abus faisable ?

    ... laissons aux amis italiens leur histoire et occupons-nous de la nôtre : il y a fort à faire ! ...

  • Par panteraverde - 21/06/2011 - 09:30 - Signaler un abus le psico drama2

    mais il est evident que beaucoup voudraient "cette" place pour arranger leurs affaires ou faire comme Di pietro des chasses aux sorcieres sistematiques..
    l'inquietant oggi in Italia, est que ce sont des magistrats qui font la politique n'oubliant pas leur robe au vestiaire.
    on va tout droit vers une nouvelle forme " de fascisme" magistrat ( pas tous sans petites histoires) danger a raiflaichir

  • Par panteraverde - 21/06/2011 - 09:26 - Signaler un abus le psico drame de la politique italienne1

    ce pays est gangrene par les luttes intestines de la politique ... des interets personnels de la haine... face a berlusconi... pour ma part, je me souviens d'une periode ou les gouvernemenbts duraient qq mois... au moins avec il cavaliere et malgre " l'odio" qu'il provoque parmis ces jalouc de Montecitorio o Palazza Madama on aura eu une semi stabilite gouvernementale pendant des annees

  • Par panteraverde - 21/06/2011 - 09:23 - Signaler un abus lutte des "petits " chefs avides de pouvoir sans idees

    le drame italien est sa constitution, ses joiurnalistes tous de gauche... je m'amuse quand j'entends ici ou laque Berlusconi a le pouvoir mediatiques... sur la Rai les emissins politiques à 95% sont tenues par des journalistes de gaiche comme Santorro dont l'emission est construite pour faire de l'anti Berlusconi... sans jamais apprter au debat des propositions concretes face au Berlusconisme

Jean-Philippe Huelin

Jean-Philippe Huelin est professeur d’histoire-géographie.

Militant au Parti socialiste, il est l’auteur avec Gaël Brustier de deux essais politiques : Recherche le peuple désespérément (François Bourin, 2009) et récemment Voyage au bout de la droite (Mille et une nuits, 2011).

Voir la bio en entier

Décryptage
Vos amis sur Facebook

Contact | Contact commercial | Candidatures | Ecrire à la rédaction | Mentions légales | Conditions d'utilisation | Plan du site | Site réalisé par Palpix

Fermer