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Israël dans le rôle du "rempart de l’Occident" : cette stratégie potentiellement risquée pour l'Etat hébreu

Israël célèbre actuellement le 70e anniversaire de sa création. L'occasion pour Benyamin Netanyahu de s'enorgueillir de "70 ans de liberté, 70 ans de démocratie et 70 ans passés à améliorer le monde".

Protecteur ou cible ?

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L’intervention irano-chiite s’inscrit dans un projet beaucoup plus large dont les linéaments sont aujourd’hui bien connus. Il s’agit de dominer une vaste zone, du golfe Arabo-Persique à la Méditerranée orientale, et d’amasser des forces sur les frontières septentrionales d’Israël. Le projet est bien avancé : domination ou influence revendiquée sur quatre capitales arabes (Damas, Bagdad, Beyrouth, Sanaa), « pont terrestre » sur l’isthme irako-syrien, enracinement militaire en Syrie (bases et aérodromes, unités de construction de missiles) et projection stratégique vers le bassin levantin (revendication de ports sur les côtes syriennes).

On retrouve le fameux « croissant chiite », entrevu par les plus perspicaces dès les années 2000 (les « docteurs Tout-va-bien » y voyaient alors une simple construction idéologique destinée à la propagande anti-iranienne).

Cette menace ne saurait bien évidemment servir de prétexte pour reporter sine die la résolution de la question palestinienne, d’autant plus que celle-ci entre dans l’équation générale. Avancer sur un plan de paix permettrait de renforcer l’alliance de facto d’Israël et de certains régimes arabes sunnites, eux aussi confrontés à la menace irano-chiite, et de désamorcer un conflit instrumentalisé par Téhéran. Tout chiite soit-il, le régime iranien sait en effet manier une rhétorique révolutionnaire et panislamique qui facilite et,dans l’ordre du discours, justifie la manipulation de groupes djihadistes de facture sunnite (le djihadisme global). Souvenons-nous du fait que la révolution khomeyniste de 1979 avait un caractère islamo-gauchiste. Divers intellectuels français et européens, marqués par le gauchisme des années 1970, avaient alors succombé à la tentation du pire.

Par ailleurs, l’histoire toute récente du régime chiite-islamique a montré la capacité de ce dernier à coopérer avec le djihadisme global, en Afghanistan ou sur d’autres théâtres. Enfin, qu’Israël ne compte pas sur la présence militaire russe en Syrie pour endiguer l’Iran. Les faits sont là : Moscou juge que les lignes rouges fixées par Israël sont excessives et désavoue les frappes opérées contre les bases syriennes ouvertes à l’Iran. Le maintien de la présence américaine en Irak et dans le Nord-Est de la Syrie, ainsi qu’une étroite coordination avec Paris et Londres sur la menace iranienne, sont autrement plus importants et vitaux. Vaille que vaille, Israël constitue bien un bastion occidental dans un Moyen-Orient au bord d’une rupture d’équilibre, mais il s’agit également d’une unité géopolitique autonome. Et cet avant-poste ne doit pas être sacrifié.

 
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  • Par Deudeuche - 22/04/2018 - 13:15 - Signaler un abus Israël est un rempart de

    L’Occident face à l’islamisme et l’islamogauchisme en dépit des Nathalie Portmann et autres « progressistes » islamophiles de Tel Aviv et assimilés !

  • Par Marie-E - 22/04/2018 - 18:17 - Signaler un abus Merci Monsieur Mongrenier

    De cette analyse. Il y a donc des Français qui ont une vision du Proche Orient moins caricaturale que ce qu'on peut lire dans des média dits de référence. Comprendre les actions des gouvernements israeliens, les menaces ressenties comme existentielles, est important mais le dénigrement d'Israël est vraiment trop fort en Europe. Plus le problème palestinien dure, plus je pense qu'il devient insoluble :personne ne veut dire qu'Israël n'abandonnera jamais la Vieille Ville, qu'il n'y aura pas de retour des réfugiés et que les grands blocs d'implantations resteront israéliens. La sécurité d'Israël en dépend. Enfin comment ne pas croire à la menace iranienne quand le commandant de la force al Qods affirme que le compte à rebours est programmé (horloge de la disparition d'Israël) et que les juifs n'auront qu'une solution suite à l'encerclement du pays par les Iraniens et ses alliés, ce sera de se jeter à la mer. Mais bon comme toute Israélienne normale depuis 10 jours je suis euphorique et je profite à plein des fêtes même si je sais que les Hezbollahnis sont à 10km de chez moi au Liban Sud. On est heureux, mais vigilant et on adore nos soldats de toutes les armes.

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Jean-Sylvestre Mongrenier

Jean-Sylvestre Mongrenier est docteur en géopolitique, professeur agrégé d'Histoire-Géographie, et chercheur à l'Institut français de Géopolitique (Université Paris VIII Vincennes-Saint-Denis).

Il est membre de l'Institut Thomas More.

Jean-Sylvestre Mongrenier a co-écrit, avec Françoise Thom, Géopolitique de la Russie (Puf, 2016). 

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