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Israël dans le rôle du "rempart de l’Occident" : cette stratégie potentiellement risquée pour l'Etat hébreu

Israël célèbre actuellement le 70e anniversaire de sa création. L'occasion pour Benyamin Netanyahu de s'enorgueillir de "70 ans de liberté, 70 ans de démocratie et 70 ans passés à améliorer le monde".

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Israël dans le rôle du "rempart de l’Occident" : cette stratégie potentiellement risquée pour l'Etat hébreu

 Crédit AHMAD GHARABLI / AFP

Atlantico : Ce 18 avril, Israël a commencé à célébrer son 70e anniversaire, selon le calendrier hébraïque alors que l'anniversaire de l'indépendance aura lieu le 14 mai prochain. A cette occasion, Benyamin Netanyahu a déclaré : "70 ans de liberté, 70 ans de démocratie et 70 ans passés à améliorer le monde".  Quel est donc le rapport d’Israël à l’Occident ? Un simple rempart ?

Jean-Sylvestre Mongrenier : Il importe d’étudier le rapport d’Israël à l’Occident selon plusieurs niveaux de réalité. Sur les temps longs de l’Histoire comme sur le plan de la métaphysique, la civilisation occidentale jette ses racines dans la Bible, le Décalogue et le christianisme. Occulter cette réalité relève du déni et le refus de faire mention des racines chrétiennes dans le projet de Constitution européenne, présenté en 2005, aura eu des conséquences de longue portée dans une partie de l’électorat se jugeant dépossédé d’un tel héritage.

Précisons ici qu’il ne s’agissait pasd’un mauvais tour joué par les technocrates européens, volontiers vilipendés, mais d’une demande formulée au sommet par deux Etats - la France et la Belgique-, au nom d’une laïcité introuvable.

Toujours est-il que Paul Valéry résumait notre civilisation par la trilogie « Athènes, Rome, Jérusalem ». Quant à Leo Strauss, il se référait à la dialectique Athènes-Jérusalem pour expliquer le génie propre de l’Occident. Ces racines longues-vivantes, ainsi que l’histoire du XXe siècle, expliquent une certaine intimité entre les pays occidentaux et l’Etat hébreu. La situation géopolitique présente, avec ses défis et menaces, va dans le même sens (cf. questions suivantes). Au total, une certaine conception de l’Homme et de son rapport au cosmos (ou à la Création) est en jeu. Dans cette grande affaire, Israël est bien plus qu’un rempart ou une tête de pont de l’Occident.

La doctrine sioniste en faveur de la reconstitution d’un Etat hébreu en Terre sainte s’est d’ailleurs développée dans un contexte européen et occidental marqué par le romantisme et le mouvement des nationalités. Très tôt, le monde anglo-américain et protestant a vu naître et croître le « sionisme chrétien ». Ainsi le président américain John Adams soutenait-il l’idée d’une nation juive indépendante en Judée, et ce dès 1825. Cette entreprise géopolitique, encore de l’ordre de l’imaginaire à cette époque, était pensée dans une perspective religieuse et millénariste. Elle a nourri le dynamisme des missionnaires protestants américains au Levant, un milieu humain paradoxalement destiné à se transformer ultérieurement, sous la présidence Wilson, en un lobby arabophile.

La fascination pour l’Orient biblique et le sionisme chrétien ont aussi fortement marqué la conscience britannique, bien avant la déclaration Balfour (2 novembre 1917). Il serait erroné de penser que ce soutien s’expliquait exclusivement par des considérations géostratégiques, en temps de guerre. L’idée vient de loin. A titre d’exemple Winston Churchill avait fait du sionisme une cause personnelle. Il aura puissamment travaillé à faire de la déclaration Balfour une politique active et concrète. Bien sûr, Londres devait aussi composer avec d’autres forces, dans une logique impériale. On sait les incertitudes et hésitations de la politique britannique en Palestine, dans l’entre-deux-guerres et dans l’immédiat après-1945.

 
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  • Par Deudeuche - 22/04/2018 - 13:15 - Signaler un abus Israël est un rempart de

    L’Occident face à l’islamisme et l’islamogauchisme en dépit des Nathalie Portmann et autres « progressistes » islamophiles de Tel Aviv et assimilés !

  • Par Marie-E - 22/04/2018 - 18:17 - Signaler un abus Merci Monsieur Mongrenier

    De cette analyse. Il y a donc des Français qui ont une vision du Proche Orient moins caricaturale que ce qu'on peut lire dans des média dits de référence. Comprendre les actions des gouvernements israeliens, les menaces ressenties comme existentielles, est important mais le dénigrement d'Israël est vraiment trop fort en Europe. Plus le problème palestinien dure, plus je pense qu'il devient insoluble :personne ne veut dire qu'Israël n'abandonnera jamais la Vieille Ville, qu'il n'y aura pas de retour des réfugiés et que les grands blocs d'implantations resteront israéliens. La sécurité d'Israël en dépend. Enfin comment ne pas croire à la menace iranienne quand le commandant de la force al Qods affirme que le compte à rebours est programmé (horloge de la disparition d'Israël) et que les juifs n'auront qu'une solution suite à l'encerclement du pays par les Iraniens et ses alliés, ce sera de se jeter à la mer. Mais bon comme toute Israélienne normale depuis 10 jours je suis euphorique et je profite à plein des fêtes même si je sais que les Hezbollahnis sont à 10km de chez moi au Liban Sud. On est heureux, mais vigilant et on adore nos soldats de toutes les armes.

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Jean-Sylvestre Mongrenier

Jean-Sylvestre Mongrenier est docteur en géopolitique, professeur agrégé d'Histoire-Géographie, et chercheur à l'Institut français de Géopolitique (Université Paris VIII Vincennes-Saint-Denis).

Il est membre de l'Institut Thomas More.

Jean-Sylvestre Mongrenier a co-écrit, avec Françoise Thom, Géopolitique de la Russie (Puf, 2016). 

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