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L'Iran, ce laboratoire paradoxal de la modernité au Moyen-Orient

Extrait du livre d'Ardavan Amir-Aslani, "De la Perse à l'Iran, 2 500 ans d'histoire", publié aux éditions de l'Archipel (2/2).

Bonnes feuilles

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L'Iran, ce laboratoire paradoxal de la modernité au Moyen-Orient

 Crédit STR / AFP

L'Iran, "laboratoire de la modernité" du Proche-Orient 

Après quarante ans d'immobilisme économique, l'Iran est comme un géant endormi qui s'éveille enfin. La signature de l'accord de Vienne sur le nucléaire en juillet 2015 ressemble à un nouveau Sésame, une porte ouvrant sur un monde bouillonnant d'energie, dont on ignore presque tout mais qui recèle pourtant en son sein d'énormes potentialités. En juin 2016, le rapport du McKinsey Global Institute évoquait "d'énormes perspectives" de croissance pour le pays. Le cabinet de conseil prédisait ainsi une augmentation du PIB de 1 000 milliards de dollars et la création de neuf millions d'emplois d'ici 2035. 

Dans ce pays grand comme trois fois la France, ce sont encore une fois ses habitants, dont deux sur trois ont moins de quarante ans, qui sont les acteurs de sa résurrection. 

Nulle part ailleurs au Moyen-Orient, on ne trouve une ferveur intellectuelle et un dynamisme entrepreneurial semblable à ce que connaît l'Iran.

Avec un taux d'alphabétisation qui approche les 98 % et rivalise avec celui des pays occidentaux, l'Iran est sans aucun doute le pays le plus lettré du monde musulman. Son enseignement supérieur est jeune et très féminin. Sous la présidence de Mahmoud Ahmadinejad (2005-2013), le nombre d'étudiants avait doublé pour atteindre quatre millions de personnes, dont la moitié était des femmes, et le nombre de docteurs et de doctorants est passé de moins de vingt mille à plus de soixante-treize mille en moins de dix ans. L'université de Téhéran compte aujourd'hui cinquante-cinq mille étudiants et constitue le plus grand établissement d'enseignement supérieur du pays. De son côté, l'université de technologie Sharif est considérée comme "la fabrique de talents du Proche-Orient" : extrêmement sélective, elle n'accepte chaque année que 3 % à peine des milliers d'étudiants qui passent le concours d'entrée, et les femmes en composent près d'un tiers. Maryam Mirzakhani, la célèbre mathématicienne, trop tôt disparue en juillet 2017, y avait fait ses études avant de passer ensuite par les universités américaines d'Harvard et Stanford. Elle fut la première et à ce jour l'unique femme à avoir décroché la médaille Fields, la plus haute distinction en mathématiques. 

Mais les succès universitaires ne suffisent plus aux brillants étudiants iraniens. Les coopérations et échanges avec les pays occidentaux, en particulier européens, sont activement recherchées après des années d'isolationnisme. Ces trois dernières années, le nombre de start-up et de sociétés dérivées issues des établissements d'enseignement supérieur iraniens est passé de quelques dizaines à plus de trois mille, le nombre de parcs scientifiques et technologiques à plus de quarante. Pour soutenir le dynamisme de leurs jeunes diplômés et les aider à fonder leur entreprise à l'issue de leurs études, les universités iraniennes sont passées de cinquante projets et partenariats industriels établis en 2010 à plus de trois cents en cinq ans. 

Preuve de cette ouverture à l'international, depuis quatre ans, le tourisme explose littéralement en Iran. En avril 2016, Air France rouvrit la ligne aérienne directe Paris-Téhéran. Les Français en particuler raffolent à nouveau du pays, redevenu destination à la mode. Le nombre de touristes augmente de 10 % chaque année depuis 2010, et les revenus qu'ils engendrent équivalent à près du tiers des revenus pétroliers du pays ! Pour encourager cette dynamique, qui a créé quatre cent quinze mille emplois en 2014, le ministère des Affaires étrangères iranien a porté la durée des visas touristiques de un mois à trois mois. Les touristes peuvent désormais prendre tout leur temps pour découvrir, ou redécouvrir, les splendeurs de la grandeur passée de l'Iran, de Persépolis à Yazd, de Chiraz à Ispahan... et se laisser gagner par l'émotion des lieux.

L'extrême vitalité de la société iranienne contemporaine est reconnue même par les plus farouches critiques de l'Iran. Comment pourrait-on d'ailleurs la nier ?  

 

 
Commentaires

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  • Par ISABLEUE - 27/08/2018 - 14:49 - Signaler un abus Pas question

    D'aller m'enfoularder chez les ayatollahs

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Ardavan Amir-Aslani

Ardavan Amir-Aslani est avocat et essayiste, spécialiste du Moyen-Orient. Il tient par ailleurs un blog www.amir-aslani.com, et alimente régulièrement son compte Twitter: @a_amir_aslani.

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