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“L’Irak, une erreur gravissime” : comment Donald Trump bouleverse l’ADN des Républicains en assumant sa rupture avec les néoconservateurs

Alors que Donald Trump n'en finit plus de faire parler de lui et de mener la danse dans la course aux primaires républicaines pour l'élection présidentielle américaine, l'ascension du milliardaire provocateur entérine le déclin de l'influence des néoconservateurs des années 2000 sur le "Grand Old Party".

Primaires américaines

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“L’Irak, une erreur gravissime” : comment Donald Trump bouleverse l’ADN des Républicains en assumant sa rupture avec les néoconservateurs

Atlantico : Dans quelle mesure les prises de position de Donald Trump divergent-elles du credo idéologique affirmé par le camp néoconservateur pendant les deux mandats de George W. Bush ?

Yannick Mireur : Elles s'en distinguent par définition car Donald Trump n'est ni un homme politique, ni un idéologue, dans le sens d'une personne élaborant les fondements théoriques d'une position politique. C'est un opportuniste, dans le sens positif du terme : quelqu'un qui surgit dans le monde politique avec des convictions conservatrices américaines générales, mais pas une position idéologiquement aboutie, pour quelque sujet que ce soit. Cela lui permet de rassembler une base plus hétéroclite que ne l'aurait fait un candidat conservateur aux primaires. 

Il est encore difficile de parler de rupture à ce stade puisque le parti républicain essaye de sortir de l'inévitabilité de la candidature Trump, qu'il n'a ni choisie ni favorisée.

N'étant affilié à personne, Donald Trump est incontrôlable. En même temps, l'évolution de sa candidature, si elle devait aboutir à une investiture au mois de juillet, devra s'orienter vers un recentrage pour pouvoir conquérir la présidence des Etats-Unis. Ce recentrage signifie à la fois d'élargir son assise dans l'opinion américaine et de s'entendre avec le parti, dont il aura été désigné le candidat malgré le Tea Party.

La candidature Trump représente l'expression de fractures au sein de l'opinion américaine lassée des politiques, mais également l'échec du parti républicain, qui n'a pas su rassembler derrière un projet. Il y a forcément une différenciation, sinon une rupture, et une synthèse à produire à un certain moment. Il y aura forcément un réajustement des deux parties. Trump doit continuer à avancer comme il l'a fait jusqu'à présent, mais il y aura une synthèse à faire de part et d'autre.

>>>> A lire aussi : “L’islam nous déteste” ou comment mal mettre le doigt sur une vraie peur de l’Occident (et pourquoi on ne devrait surtout pas laisser à Donald Trump et ses analyses primaires le monopole sur le sujet)

A l'international notamment, la position de Donald Trump vis-à-vis d'Israël semble relever d'une proximité moins grande que ce à quoi le parti républicain était habitué. Cette question peut-elle représenter un point de rupture entre les néoconservateurs et celui qui fait aujourd'hui la course en tête dans les primaires du parti ?

Tout comme ce qui concerne la politique intérieure, Donald Trump n'est pas un idéologue ou un homme d'idées en matière de politique extérieure. C'est même encore plus vrai pour les affaires internationales, sur lesquelles il n'a aucune expertise particulière. Je crois d'ailleurs que d'un point de vue business, le groupe Trump se concentre surtout aux Etats-Unis. Ne venant pas de la politique, il n'est pas dans les réseaux et cénacles qui réfléchissent à la politique étrangère des Etats-Unis et qui sont donc la proie des opportunités électorales et du lobbying politique en faveur d'Israël. Il est tout à fait extérieur à cela.

La question ici est de savoir qui du bons sens ou des intérêts établis l'emportera si Donald Trump devait accéder à l'investiture. Le bon sens étant de relâcher les liens entre Israël et les Etats-Unis tels qu'ils existent aujourd'hui, de les revisiter. Dans les rangs conservateurs, l'idéologie en place consiste à soutenir Israël aveuglément. Il y a par ailleurs des liens très étroits entre responsables du Likoud et les idéologues néoconservateurs. Nous avons déjà l'exemple de Barack Obama, qui n'est pas parvenu à rompre ce lien. Je ne suis pas certain qu'un Trump en fasse une priorité, sauf si un engagement militaire lié à ce sujet venait à survenir. C'est une hypothèse assez lointaine car cela signifierait qu'il serait Président, et nous n'en sommes pas là.

 
Commentaires

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  • Par Akilès - 12/03/2016 - 14:14 - Signaler un abus Akilès_

    Conclusion ? Trump est très fort, car s'il perd d'un côté, il gagnera ailleurs, et on le saura bientôt. Il gagnera des démocrates et des "autres". En tous cas, c'est un bon exemple de dépoussiérage (nécessaire ?) des postions établies : il faut bien le faire un jour. C'est un phénomène largement nouveau : malheureusement, en France, on a l' inverse : un Philippot qui se ré-incruste dans un passé qu'il n'a pas connu ( l'inflation, cette "merveille" ) et une posture COCASSE à la Georges Marchais 70', beuglant le premier des slogans qu'on croyait enterrés pour vouloir maintenir nos pires défauts (immobilisme, carcans administratifs dont on sait qu'ils contre-produisent, mais qu'importe …). Important à savoir : ceux qui se décantent pour Trump, finalement, n'ont aucune inquiétude sur l' économie, car on sent bien qu'il le fera au moins assez bien, si ce n'est plus, et sans en dire grand chose. Tout le contraire du FN qui fait l' inverse, exactement.

  • Par langue de pivert - 12/03/2016 - 16:46 - Signaler un abus Laissons faire la nature ! ☺

    Toutes les interventions de l'occident en terre d'islam sont des erreurs : l'occident a loupé une occasion unique de se débarrasser du monde arabo-musulman ! Il suffisait de ne rien faire et de compter les points ! Gratuit, moral, efficace !

  • Par vangog - 12/03/2016 - 17:55 - Signaler un abus Pour l'Irak, Trump a parfaitement raison!

    Il fallait laisser Assad en place, et éviter toute interventionnisme au Moyen-Orient...surtout ne pas écouter la clique malfaisante des Levy, Koushner, Sarkozy, Bush, Blair...l'erreur ne sera pas fatale aux USA, mais à la faible UE.

  • Par Ganesha - 12/03/2016 - 18:05 - Signaler un abus Akilès

    Votre exercice de ''diabolisation du FN'' me fait penser aux merveilleuses démonstrations de Nadia Comaneci, la championne olympique roumaine de gymnastique ! Vous méritez une médaille d'or !

  • Par Akilès - 12/03/2016 - 18:29 - Signaler un abus Akilès_

    Le FN n'a besoin de personne pour se diaboliser … il le fait très bien tout seul. Au plan économique,bien sûr. Quelle mouche les a piqué ? Le dernier truc sur le code du travail dépasse les bornes, et, c'est bien connu : quand les bornes sont passées, il n'y a plus de limites. Pourquoi s' aligner systématiquement sur des postions staliniennes antiques ?

  • Par Deudeuche - 12/03/2016 - 20:01 - Signaler un abus On attend les excuses pour le French Bashing de 2003

    Surrender Monkeys et autres noms de singes de nos amis Brits et Ricains.

  • Par Deudeuche - 12/03/2016 - 20:01 - Signaler un abus On attend les excuses pour le French Bashing de 2003

    Surrender Monkeys et autres noms de singes de nos amis Brits et Ricains.

  • Par Liberte5 - 12/03/2016 - 23:10 - Signaler un abus Finalement peut-être que D. Trump a les idées plus claires.....

    que les pseudos experts. Il a peut-être un bon sens qui fait défaut à ceux qui sont coupés des réalités , qui élaborent des théories qui apparaissent bonnes sur le papier et se révèlent désastreuses dans la réalité.S'il devenait président, il serait obligé de tenir compte aussi des réalités complexes du monde. Croyez vous que N. Sarkozy et Hollande soient des lumières qui volent de succès en succès? La Libye ....la Syrie.. sont des échecs cuisants.qui n'ont pas fini de faire des vagues.

  • Par vangog - 13/03/2016 - 03:29 - Signaler un abus @Liberte5 comme vous avez raison!

    La simplicité fait peur à la clique politico-mediatique, car elle s'est tellement trompée, en compliquant tout, pour ne rien solutionner...la simplicité des solutions est le gage de leur réalisation impeccable, sans effets pervers ni dégâts collatéraux, sans accumulation imbéciles de strates et de pages inutiles...voila pourquoi Trump fait peur à la gauche française! Mais si ces abrutis analysaient objectivement le recentrage et la politique anti-immigrationniste de Trump, ils comprendraient que Trump est une chance pour la France...s'ils ôtaient leurs œillères et sortaient la tête du sable...

  • Par Clodo31 - 13/03/2016 - 03:43 - Signaler un abus Quand on réfléchit,

    D. Trump a entièrement raison. Ce sont D. Cheney et G. Bush qui ont foutu la merde au Moyen Orient en dégommant Saddam Hussein, sous des prétextes fallacieux, avec pour but ultime, moyennant une guerre, de favoriser l’industrie de l'armement américaine. Ce qui ,par ricochet, provoque l'actuel afflux de migrants en Europe, soi-disant pour fuir la guerre, mais qui laissent femmes et enfants sur place....

  • Par lexxis - 13/03/2016 - 09:40 - Signaler un abus POUR UNE RECONNAISSANCE MONDIALE

    De même qu'il y a des lieux, des cultures qui méritent d'être inscrits au patrimoine mondial de l'humanité, il y a des hommes (peut-être aussi quelques femmes, mais ce n'est pas sûr) qui méritent d'être reconnus comme de véritables "catastrophes mondiales de l'humanité", une sorte d'anti-Nobel de la paix. Leurs méfaits auront durablement embrasé le monde, provoquant des dizaines de millions de morts et d'exilés, allumant ici et là un terrorisme rémanent, sans qu'à aucun moment ils ne dévient de leurs erreurs. La mémoire humaine ne doit pas oublier ces hommes du désastre et leur sinistre exemple mérite pour ne pas se renouveler d'être enseigné partout. Mais, comme pour les crimes de guerre, le malheur est qu'ils n'appartiennent pas toujours au camp des vaincus et qu'ils survivent généralement très bien aux cataclysmes qu'ils ont causés.

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Yannick Mireur

Yannick Mireur est l’auteur de deux essais sur la société et la politique américaines (Après Bush: Pourquoi l'Amérique ne changera pas, 2008, préface de Hubert Védrine, Le monde d’Obama, 2011). Il fut le fondateur et rédacteur en chef de Politique Américaine, revue française de référence sur les Etats-Unis, et intervient régulièrement dans les médias sur les questions américaines. Son dernier ouvrage, Hausser le ton !, porte sur le débat public français (2014).

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