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Invisibles ? Mon œil ! Pourquoi les autres nous scrutent beaucoup plus que ce que nous croyons

Des scientifiques de l'Université de Yale ont étudié les regards que des jeunes peuvent avoir les uns entre les autres en les interrogeant à la sortie d'un self. Si nous regardons beaucoup les autres, les autres nous regardent également mais nous ne le savons pas.

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Invisibles ? Mon œil ! Pourquoi les autres nous scrutent beaucoup plus que ce que nous croyons

Atlantico : Des chercheurs de l’université de Yale ont réalisé des travaux sur le regard parmi des étudiants sortant d'un réfectoire. Ils déclarent regarder les autres sans avoir une idée s'ils sont regardés. Pourtant, ils sont bien regardés, voir plus que ce qu'ils imaginent. Quelle est l'importance d'observer et de se savoir observé ? 

Pascal Neveu : La question du regard est fondamentale chez l’être humain. Car le regard nous renvoie au ressenti essentiel d’existence. Observer, se sentir observer, se voir observer, s’imaginer être observé… nous rassure et nous dit que nous sommes vivants. D’ailleurs des études menées auprès de sans domiciles fixes, dormant et mendiant dans la rue, montrent que leur état psychologique se détériore avec le temps. En effet, les gens ne les regardant plus, fuyant leur regard… provoquent un sentiment de déshumanisation, de non-être. Tout cela s’explique par les étapes de notre développement. Lorsqu’un enfant naît, il n’a pas conscience de son Moi propre.

C’est ce que nous appelons la phase de non différenciation entre lui et sa mère : la mère et le bébé ne sont qu’un (c’est la dyade mère/nourrisson, continuité de la matrice utérine). Le développement dans un environnement composé d’interactions diverses et multiples (positives, angoissantes, éveillantes…) fait que le nouveau-né va, au fil des mois, commencer à appréhender et construire son Moi. C’est en 1931 qu’Henry Wallon décrit le fameux stade du miroir. C’est seulement à partir de 7-9 mois que l’enfant peut enfin se reconnaître dans un miroir, unifier son corps, se différencier de l’autre et devenir un sujet, le futur "Je" qu’il prononcera. Auparavant, comme le dit Lacan "J’ai été pensé, nommé et dit avant que d’être", autrement dit, c’est à travers le regard de l’autre qu’est d’abord liée notre prime existence. Nous sommes donc structurellement amenés à vivre une relation au sens visuel majeur. Mais c’est avant tout le socle existentiel qui l’emporte : il nous faut regarder l’autre en priorité, afin de nous reconnaître comme un être à part entière… Cette étude est intéressante car tout comme le regard est social, le repas est également un acte social. Cela nous rappelle le sein nourricier où mère et bébé se regardent, se reconnaissent, et se parlent, se sourient… Un bébé est capable d’identifier et regarder sa mère, qui n’est pas celle lui donnant le biberon, placée à distance… et la suivre du regard. N’oublions pas le rôle de la communication non verbale. N’oublions pas non plus l’héritage ancestral où pour survivre, il fallait observer et maîtriser son environnement hostile, afin d’agir en conséquence. Pour autant, se savoir observé relève d’une position plus paranoïde… nous renvoyant au regard des parents qui forgent un idéal du Moi, plus précisément la façon dont nous devons être… donc en opposition avec la façon dont nous souhaitons laisser exprimer notre Moi naissant. Se savoir observé n’est donc pas la "position" la plus facile à vivre, sauf dans certains cas narcissiques.

 
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Pascal Neveu

Pascal Neveu est directeur de l'Institut Français de la Psychanalyse Active (IFPA) et secrétaire général du Conseil Supérieur de la Psychanalyse Active (CSDPA). Il est responsable national de la cellule de soutien psychologique au sein de l’Œuvre des Pupilles Orphelins des Sapeurs-Pompiers de France (ODP).

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