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Une intervention au Mali ? Totalement irréalisable...

Si le ministre de la Défense français Jean-Yves Le Drian promet une intervention militaire au premier semestre 2013, le déploiement de la force africaine Afisma et de l’EUTM-Mali autorisé sur le papier, n’en n’est pas moins effectif, loin de là, à l’instant précis.

International

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Atlantico : Jean-Yves Le Drian promet une intervention militaire au premier semestre 2013. De quoi parle-t-on exactement ici ?

Emmanuel Dupuy : Suivant le vote au sein du Conseil de sécurité de l'ONU de la résolution 2085, votée jeudi dernier à l'unanimité et à l'initiative de la France, le ministre de la Défense français a, en effet, « promis » que le déploiement d'une force africaine baptisée Afisma (African Led International Support Mission in Africa) serait effectif d'ici la fin du premier semestre de l'année 2013. Cette dernière, composée de forces africaines venant de pays de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) serait déployée pour une période initiale d'une année et pourrait compter jusqu'à 3300 hommes.

Sa mission consisterait à permettre au Mali de recouvrer son intégrité territoriale, perdue à la suite de la conquête - dans la foulée du coup d’Etat du 22 mars dernier à Bamako - des trois régions du Nord du pays (Gao, Tombouctou, Kidal). Il est utile de rappeler qu’il n’aura fallu que quelques jours pour le mouvement rebelle touareg - sous la bannière du Mouvement National de Libération de l’Azawad (MNLA) - doublé de mouvements fondamentalistes - communément rangés sous l’appellation « générique » de narco-terroristes (Al-Qaeda au Maghreb Islamique - AQMI, Mouvement Unicité et Jihad en Afrique de l’Ouest - MUJOA, Ansar Dine) de conquérir près de la moitié du pays. Ces mouvements terroristes ne peuvent néanmoins réunir plus d’un petit millier d’hommes.

En parallèle, un contingent européen de 400 militaires principalement français - dont potentiellement des forces spéciales français opérant déjà sur place dans le cadre de l’opération Sabre du Commandement des Opérations Spéciales (COS) - sera placé sous le commandement du général français des troupes de marine, François Lecointre. Cette mission européenne de formation des troupes maliennes - European Union Training Mission (EUTM-Mali) viserait à aider le déploiement de l’Afisma (génération de force, entrainement, transport, renseignement).

Néanmoins le déploiement de l’Afisma et de l’EUTM-Mali autorisé sur le papier, n’en n’est pas moins effectif, loin de là, à l’instant précis.

Plusieurs écueils à son déploiement sur le terrain sont, en effet, encore à dépasser : d’ordre politiques tout d’abord, eu égard à l’instabilité gouvernementale chronique à Bamako ; diplomatiques, compte-tenu des médiations actuellement en cours tant à Ouagadougou qu’à Alger ; financiers, eu égard au coût d’une telle mission (approximativement 600 millions d’euros) ; opérationnels, en prenant en compte que la saison estivale est peu propice à une telle opération et ce jusqu’à la fin de la saison sèche, soit en septembre prochain.

 

Les pays de la Cédéao qui ont promis des troupes sont-ils en mesure de fournir les effectifs en question dans les délais évoqués par Le Drian ? Quelles sont les capacités des troupes en question ?

Comme indiqué précédemment, les 15 Etats membres de la Cédéao, dont les pays limitrophes du Mali (Sénégal, Guinée, Côte d’Ivoire, Burkina-Faso, Niger) et les « Etats pivots » régionaux que sont le Bénin et le Nigéria, disposent - depuis sa création en 1990 - de l’Economic Community of West African States Cease-Fire Monitoring Group (ECOMOG), groupe militaire d’intervention – au niveau d’une brigade (7000-8000 hommes) devenu permanent en 1999. Ces troupes sont souvent appelées « Casques Blancs » en référence aux « Casques Bleus » de l’ONU. Cependant, depuis son déploiement dans plusieurs conflits armés d’Afrique de l’Ouest (Libéria, Sierra Leone, Guinée-Bissau) et compte-tenu du « poids » militaire du Nigéria, qui y a souvent fourni la majorité de ses hommes, sa capacité opérationnelle est souvent remise en cause.

 
Commentaires

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  • Par géodith - 26/12/2012 - 11:37 - Signaler un abus Ah ! oui !

    il fallait sortir rapidement de l'afganistan...

  • Par Bleimor - 26/12/2012 - 14:07 - Signaler un abus Irréalisable? dans les années

    Irréalisable? dans les années 70, nous n'hésitions pas à réduire les rebelles "à l'ancienne"!... les militaires étaient commandés par des militaires (pas par des civils!) qui avaient eux-aussi fait du terrain. Évidemment, les "politiques" de l'époque n'étaient pas ceux d'aujourd'ui: ils n'étaient pas des couards, eux!... Notre chef, c'était Messmer, un ancien légionnaire ancien Français libre. Et en plus on avait des moyens .

  • Par kettle - 26/12/2012 - 16:11 - Signaler un abus Deja vu

    http://www.atlantico.fr/decryptage/intervention-au-mali-totalement-irrealisable-emmanuel-dupuy-588667.html

  • Par bp50lecture - 26/12/2012 - 16:44 - Signaler un abus Intervention au Mali?

    Mou 1er voudrait son aventure militaire, histoire de distraire le bon peuple de France? N'avons-nous pas des problèmes internes urgent à régler? Incurie et inconscience risquent de coûter cher à la France qui ferait mieux de se limiter à livrer des armes et de former les peuples locaux à se défendre par eux-même. La France devrait acter à couper tous les approvisionnements aux rebelles. Comment? Ben en détruisant par frappes aériennes tout ce qui vient par air-mer-terre et bloquer les flux financiers venant sûrement d'Arabie Saoudite par la Suisse ou les Caïman: C'est le boulot des S.R. et celui des drones. Faire la guerre de destruction totale règlerait le problème mais la presse et les groupes de pression l'empêcheront, alors ne rêvons pas.

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Emmanuel Dupuy

Emmanuel Dupuy est président de l'IPSE (Institut Prospective et Sécurité en Europe). Spécialiste des questions de sécurité européenne et de relations internationales, il a notamment été conseiller politique auprès des forces françaises en Afghanistan. Délégué général des Centristes chargé des questions internationales et de sécurité. 

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