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Internet : qui sont les personnes déconnectées aujourd'hui ?

15% des Français, des Allemands et des Belges ne surfent pas sur le Web. Mais contrairement à ce qu'on pourrait croire, ces déconnectés ne sont pas uniquement des personnes âgées isolées.

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Internet : qui sont les personnes déconnectées aujourd'hui ?

15% des Français déclarent ne jamais utiliser Internet. Crédit Reuters

Atlantico : Selon des chiffres publiés par Eurostat, 15% des Français déclarent ne jamais utiliser Internet. Existe-t-il un profil type de ces personnes déconnectées ?

Dominique Boullier : Le critère de l’âge est très important, il reste le principal critère discriminant dans l’usage de ces technologies. D’une part, pour des raisons cognitives, à un certain âge il est difficile de réapprendre. D’autre part, pour cette population là, internet ne présente pas d’intérêt particulier dans leur façon de vivre.

Au quotidien, ils ont un certain nombre d’habitudes, ils sont sédentaires, ont un réseau relationnel stable, et internet  n’est pas essentiel à leur activité.

A noter que lorsqu’on mentionne la déconnexion d’internet, il ne s’agit pas d’une déconnexion totale. Le téléphone reste un outil que même les personnes âgées ont appris à utiliser, y compris le mobile. La connexion internet va rester secondaire pour un certain type de population. La plupart des études montre un milieu plutôt rural et populaire. Les déconnectés sont des personnes qui disposent d’une communauté d’interconnaissance et d’une activité qui ne nécessite pas l’usage d’internet.

Certains souhaitent vivre selon un mode traditionnel et d’autres se déconnectent volontairement.

Est-ce par choix ou par obligation que ces déconnectés n'utilisent pas internet ? Toute la population française a-t-elle désormais un accès à internet simple ? 

Il faut distinguer internet et le haut débit. Toutes les zones n’ont pas l’ADSL, mais avec une ligne téléphonique traditionnelle on peut avoir accès à un internet, même si c'est à un débit très lent. Pour l’accès mobile c’est différent, il existe des zones blanches pour des raisons essentiellement techniques.

Internet reste dans un cycle de diffusion assez classique de la technologie : l’amélioration des choses progressive. Ceux qui sont dans des zones difficiles doivent contracter des contrats spécifiques. On peut classer les déconnectés en trois catégories :

  • ceux qui ne voient pas le sens d’être connectés : internet ne fait pas parti de leur monde. Cependant, ils disposent d’autres technologies : télévision, téléphone fixe et mobile. 
  • ceux qui sont contraints : accès internet limité et débit très lent
  • ceux qui ont choisi de se déconnecter : ils ont la possibilité technique d’accès à internet, mais ne le font pas : soit par overdose, soit parce qu’il ne se retrouve pas.

On observe d’ailleurs, une petite tendance à se déconnecter, même temporairement, mais cela reste marginal.

Dans ces 15 %, avons-nous une idée du nombre de personnes atteintes d'illectronisme ? Est-ce un handicap dans la vie courante ?

Il y a entre 5 et 10 % de personnes atteintes d’illectronisme. Ce sont des gens qui, pour des raisons d’âge et/ou de niveau d’instruction ont des difficultés, des blocages à utiliser internet. Internet c’est essentiellement des techniques de lecture, mais si la vidéo est de plus en plus présente. L’invasion des images peut paradoxalement faciliter les accès pour certains, tout comme la technologie tactile. La photo est un vecteur de diffusion populaire, car on surmonte la barrière de l’illettrisme classique.

Cependant, il ne faut pas surestimer l’illectronisme, car beaucoup vivent dans des mondes où l’usage d’internet peut être modéré voir quasi nul. Il y a une connexion entre illettrisme et illectronisme car l’ordinateur mobilise un gros bagage scolaire contrairement au téléphone qui a des applications beaucoup plus simples.

Etre déconnecté signifie-t-il forcément être coupé du monde ?

Etre déconnecté c’est vivre dans un monde où la connexion n’est pas devenue la valeur suprême, et il reste des mondes dans lesquels c’est le cas. Il y a des milieux où la déconnexion devient un choix. On voit naître des mouvements culturels, ou des moments de la vie où les personnes choisissent de « partir » d’internet.

La pression sociale est très forte sur l’hyper-connexion. La connexion n’est pas la clé absolue du bonheur ou du progrès personnel, même si on a tendance à nous faire croire l’inverse. La préoccupation primordiale doit être de comprendre l’illectronisme, car ces technologies renvoient à un échec de la formation de base dans nos écoles, tout cela est évidemment très lié à l’illétrisme. 

Propos recueillis par Manon Hombourger

 
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Dominique Boullier

Dominique Boullier est professeur de sociologie à SciencesPo. Il est également coordinateur scientifique pour le MédiaLab et possède son propre site dominiqueboullier.com . Il est également l'auteur de "l'urbanité numérique.Essai sur la troisième ville en 2100" (L'harmattan 1999.)

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