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Internet, la 3ème révolution industrielle... mais sommes-nous sortis de l'âge de pierre du numérique ?

François Hollande se rendra ce mercredi dans le Puy-de-Dôme où il devrait développer sa stratégie sur l'économie numérique.

Hasta la victoria siempre

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Internet, la 3ème révolution industrielle... mais sommes-nous sortis de l'âge de pierre du numérique ?

L'AFDEL, une association qui regroupe "plus de 300 entreprises, start-ups, PME, grands groupes", estime que le numérique "contribue au quart de la croissance nationale". Crédit DR

Atlantico : L'AFDEL, une association qui regroupe "plus de 300 entreprises, start-ups, PME, grands groupes", estime que "le numérique est devenu le principal moteur de croissance de l’économie, en tant que secteur, mais aussi comme inducteur de nombreux secteurs économiques" et qu'il "contribue au quart de la croissance nationale". Où en est la révolution numérique en France ? Est-elle de même ampleur que la révolution industrielle à son époque ?

Jean-Pierre Corniou : La révolution Internet est de nature différente des révolutions industrielles qui ont précédé. En effet, elle a comme caractéristique majeure de ne pas s’appuyer sur quelques axes techniques dominants - comme la vapeur, les chemins de fer ou  l’électricité - mais de remettre en cause chacune des techniques existantes et de les transformer.

Elle est différente de la révolution informatique du XXe siècle qui visait l’optimisation des processus existants et a permis des gains de productivité majeurs dans tous les métiers sans en changer la nature verticale.

Or, il ne s’agit plus seulement d’orienter l’investissement vers quelques secteurs structurants, mais de rapprocher des techniques, des métiers, des connaissances qui s’ignoraient. Ce sont tous les métiers et tous les secteurs qui doivent redéfinir leurs processus et leurs produits. En passant d’une économie qui cherchait à utiliser au mieux la main-d’œuvre en exploitant sans limite les ressources naturelles à une économie qui va exploiter les connaissances de tous, nous entrons dans l’ère du cerveau-d’œuvre. Nous pouvons qualifier cette transformation " d'iconomie" car elle met l'innovation, l'intelligence collective et l'internet au cœur de l'économie du futur. C’est une révolution puissante qui ne laisse à l’écart aucun secteur et provoque des bouleversements difficilement prédictibles. Que dire de l’impact d’un séquencement du génome humain à 400 $ sur toutes les pratiques médicales ? Que dire des avantages sociétaux d’une gestion optimisée de l’énergie décentralisée  ou de systèmes de transports intelligents multi-modaux  en termes de création de valeur ?

Nous sommes donc à l’aube d’un changement majeur qui est indispensable pour protéger les ressources naturelles et ouvrir des perspectives nouvelles à l’humanité en s’appuyant sur l’intelligence collective.

Benoît Thieulin : Nous vivons à la fois une révolution numérique - qui est probablement plus forte que la révolution industrielle du 19e siècle - et une révolution cognitive et culturelle que nous avions connu avec l'imprimerie. Nos outils et manières de penser évoluent en même temps que les business models et les cycles de croissance se transforment. En réalité, il est probable que la révolution numérique ait déjà été faite et que la vague que nous percevons ne se soit que l'onde de choc qui continue de se propager et n'épargne aucun secteur. Il y a actuellement un grand débat aux Etats-Unis sur cette question. Les industries du loisir - et plus particulièrement celle de la musique - ont été les premières touchées au point que toutes les cartes ont été rabattues avec parfois un manque de clarté sur les nouveaux modèles proposés. Il en est de même désormais avec le cinéma, la télévision (qui devient sociale et connectée)... il n'y a plus de limitation aux secteurs. Preuve en est, nous parlons beaucoup de l'automobile avec PSA Peugeot Citroën et Renault... mais la plupart ignorent qu'il y a aujourd'hui plus de lignes de code dans une voiture que sur Windows.

La révolution numérique est une révolution de l'empowerment, le phénomène qui consiste à donner de nouveaux moyens, de l'autonomie et de nouvelles capacités aux individus. Lorsqu'un patient consulte son médecin, il a déjà été se renseigner en amont sur des sites comme Doctissimo. Il vont voir le médecin pour obtenir plus d'informations et de compréhension. Dans le champ de la consommation, les clients ne pouvaient que difficilement se regrouper, surtout dans les pays sans class action comme la France. Aujourd'hui, ils peuvent se regrouper très rapidement pour relayer une information relative à une entreprise. Dernier exemple en date, Instagram (une application ayant séduit plus de 90 millions d'utilisateurs permettant d'appliquer des filtres sur ses photos et de les partager par la suite, ndlr) a du faire face au mécontentement de ses utilisateurs suite à une modification des conditions d'utilisation. Tous les acteurs gagnent en pouvoir avec cette révolution numérique.

David Fayon : L’AFDEL ne fait que reprendre un chiffre issu d’une étude du cabinet McKinsey menée en 2011. Effectivement, il s’agit d’un quart de la croissance mais ce sera plus de la moitié demain. Dans ce contexte, la révolution numérique a lieu en France mais nous n’en profitons pas avec une croissance atone du fait d’acteurs qui créent de la valeur et qui ne sont que très rarement français ou européens. Nous restons très dépendants d’une géopolitique du numérique dont le double cœur est située aux États-Unis et en Asie. Pour autant, cette révolution du numérique est d’une ampleur tout aussi importante que le furent les révolutions agricoles puis industrielles en leurs temps.

La matière première de cette révolution est constituée par les données qui sont retraitées dans un contexte donné pour produire de la valeur. Cette révolution change le rapport au temps, à l’espace, à autrui et à l’économie. Chaque homo numericus souhaite avoir tout à portée de clic ou de son smartphone, y compris son réseau, être géolocalisable et n’a pas toujours conscience de l’importance de la valeur des données personnelles. Nous assistons à la fois à l’économie du don et de la participation (blogs, réseaux sociaux, Wikipédia, journalisme citoyen) mais aussi du modèle freemium où les applications Web phares sont souvent déclinées en une version basique et gratuite pour tous d’une part, et d’autre part une version enrichie et payante pour un petit nombre de clients.

La France dispose t-elle d'une véritable stratégie du numérique ? Y a-t-il une incompréhension des politiques quant à ce secteur particulier ?

Benoît Thieulin : Le secteur du numérique est suffisamment présent dans l'actualité. De fait, il n'est plus négligé par les politiques. Mais il y a souvent une incompréhension car il est question de phénomènes assez complexes, techniques, qui relèvent de nouveaux concepts encore mal connus et qui posent de nouvelles questions. Par conséquent, le niveau des débats sur le numérique en France n'a pas toujours été à la hauteur. Ils sont à la fois "hyper techniques", "hyper juridiques" et "hyper économiques". Rares sont ceux qui maîtrisent ces trois enjeux en même temps que se soit chez les politiques ou les grands chefs d'entreprise. De son côté, le secteur doit être capable de s'exprimer et parler de manière pédagogique au grand public.

David Fayon : Malheureusement, non. D’une part nous sommes une puissance moyenne esseulée qui, comme ses partenaires européens, a du mal à imposer une politique numérique européenne, tant dans les projets (par exemple, Quaero ou Galileo), l’innovation et la R&D que dans la formation. D’autre part, l’attractivité du territoire est mauvaise comparé aux États-Unis, que ce soit fiscalement ou dans la reconnaissance de l’entrepreneur. Aussi, il s’agit davantage d’opérations ponctuelles qui sont menées avec des bouts de chandelle. Nous sommes très loin du Plan Calcul qui avait été impulsé par le Général de Gaulle et avait permis l’éclosion des SSII en France. Nous vivons sur ces acquis qui se tarissent. 

L’incompréhension ou l’indifférence des politiques est réelle. Nous n’avons qu’une dizaine de parlementaires qui sont assez au fait des enjeux du numérique même si un consensus dans ce domaine est plutôt observé entre la gauche et la droite. C’est très maigre pour des sujets complexes comme, par exemple, l’industrie des biens culturels qui a pour corolaire téléchargement et streaming. De même, des lobbies d’un monde ancien font pression (par exemple, Hadopi ou licence globale) pour sauver des dinosaures alors que nous observons en particulier au sein des générations Y et Z la transition de la détention d’un bien à celle de l’usage. En étant provocateur, nous pourrions constater qu’en féminisant le Gouvernement, la proportion d’énarques a augmenté… mais pas celle des politiques qui ont une âme d’entrepreneurs et qui veulent changer le monde comme en rêvent les fondateurs de Google, Facebook ou Apple.

 
Commentaires

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  • Par carredas - 20/02/2013 - 07:48 - Signaler un abus F.H. en Auvergne

    " François Hollande se rendra ce mercredi dans le Puy-de-Dôme où il devrait développer sa stratégie sur l'économie numérique. " - Le Puy-de-Dôme, la silicon valley française...

  • Par campaillou - 20/02/2013 - 08:36 - Signaler un abus c'est une blague de mr petite blague!!!

    c'est simple, notre chef (si si depuis 6 mois....hélas) n'a qu'une vision a court terme sur tous les sujets stratégiques, c'est à pleurer....

  • Par Eschyle 49 - 20/02/2013 - 11:22 - Signaler un abus ANGERS, mercredi 20 février 2013, 11'23'' : Napoléon III .

    ANGERS, mercredi 20 février 2013, 11'23'' : Napoléon III . Regardez nos ordinateurs, ils n'ont pas significativement changé depuis Napoléon III . Un ingénieur français a voulu changer tout celà, il a obtenu brevets, normes Afnor, référencement des services de renseignements, mais il est mort dans la misère, ignorés de tous. Et pendant ce temps, Camp Williams entre en service en septembre 2013 : vous avez compris ce que celà signifie ?

  • Par walküre - 20/02/2013 - 13:06 - Signaler un abus Guignols

    Quand on pense que dans certaines grandes surfaces (par exemple intermarché) ils ne sont pas foutus de scanner le prix des packs d'eau dans le caddy, obligeant les vieux et handicapés à trimballer des kilos, on se dit que l'informatique n'a pas encore pénétré les esprits des dirigeants de ces boîtes. L'esprit d'entreprise en France c'est toujours et encore l'esprit fonctionnaire. No future.

  • Par Salvatore Migondis - 20/02/2013 - 22:54 - Signaler un abus Il connait mal la géographie..

    Lourdes, c'est un peu plus au sud et légèrement plus à l'Ouest..

  • Par Salvatore Migondis - 20/02/2013 - 23:12 - Signaler un abus Les U.S. régnent en maître sur le logiciel...?

    Ne confondons pas logiciel et bureautique..   http://www.linuxinsider.com/story/31855.html

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Jean-Pierre Corniou Benoît Thieulin et David Fayon

Jean-Pierre Corniou est directeur général adjoint du cabinet de conseil Sia Partners.

Spécialiste des technologies, de l'innovation et de l'économie de la connaissance, il est l'auteur de "1,2 milliards d’automobiles, 7 milliards de terriens, la cohabitation est-elle possible ?" (2012).


Benoît Thieulin est le fondateur de l'agence La Netscouade.

En 2006-2007, il a participé à la campagne Internet de Ségolène Royal, notamment à travers la création du site Désirs d'Avenir.


David Fayon est directeur de projets SI au sein du groupe La Poste et membre de l'association Renaissance Numérique. Il est l'auteur de Web 2.0 et au-delà (Economica, 2è éd., 2010) et Facebook, Twitter et les autres... (avec Christine Balagué, Pearson, 2010), de Réseaux sociaux et entreprise : les bonnes pratiques (avec Christine Balagué Pearson, 2011) et de Développer sa présence sur Internet (avec Camille Alloing Dunod, 2012).

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