Interdit aux pauvres ? Quand passer le permis en ville devient un luxe
Des écoles de conduite proposent des cours "en accéléré" pour les candidats de zones où les délais s'allongent. Un service qui a un prix : de 3000 à 5000 euros.
Des écoles de conduite proposent des cours "en accéléré" pour les candidats de zones où les délais s'allongent. Un service qui a un prix : de 3000 à 5000 euros.
Patrice Bessone : Certaines régions souffrent d'une différence entre l'offre et la demande. De plus en plus de gens souhaitent obtenir le permis. Or, si certains secteurs disposent du nombre d'inspecteurs nécessaires pour organiser le nombre de journées d'examen qu'il faut, ce n'est pas le cas ailleurs. Tout le travail, qui se fait depuis des années, est donc de mettre l'offre et la demande en adéquation et de trouver des examinateurs supplémentaires.
Or, la crise systémique que nous vivons fait que les budgets sont mis ailleurs, ce qui ne permet pas d'embaucher un nombre suffisant d'examinateurs. Pour y remédier, on tâche de jouer sur ce maillage territorial et de rajouter des dates d'examen, par exemple le samedi, ce qui ne se faisait jamais avant. Cela ne suffit pas : il y a toujours des secteurs en pénurie par rapport à d'autres. On a donc mis en place un système de réserve : les départements qui ont beaucoup d'inspecteurs envoient des journées aux départements les plus pauvres, pour éviter qu'il y ait une escalade des prix et que certains surfent sur ce problème lié aux places d'examens.
Cette pénurie peut donc s'expliquer et n'est pas constante dans le temps, ni dans la durée. Souvent, elle intervient quand quelques inspecteurs partent en arrêt maladie ou en formation. Une des solutions pourrait donc être qu'en cas de pénurie, on puisse faire passer l'épreuve théorique générale – c'est-à-dire le code – par d'autres agents que les inspecteurs du permis de conduire, et qu'on concentre les inspecteurs sur l'épreuve pratique.
J'en souris parce que ça paraît simple, mais on n'arrive pas à le faire admettre ou le faire comprendre aux syndicats du permis de conduire, qui pensent qu'ils vont perdre la possibilité d'inspecter l'épreuve théorique. Mais ça ne serait mis en place que de manière ponctuelle, pour qu'il n'y ait plus besoin de 6, 7, 8 mois pour passer son permis de conduire. C'est pragmatique, et on sait que ça fonctionnerait.
Oui, le CNPA œuvre depuis 2 ans sur le fait de recentrer l'inspecteur du permis de conduire sur l'examen en lui-même. Aujourd'hui, un inspecteur passe 50% de son temps de travail à faire passer des permis. Si on faisait passer ce chiffre à 70 ou 80%, cela réglerait le problème. Le système n'est pas malade, on a tout pour qu'il puisse fonctionner. Il suffit qu'il soit regardé avec une vue plus pragmatique.
Je ne pense pas que quelqu'un trouve cela normal. Comme vous me l'avez dit, cela fait suite à un dysfonctionnement dans d'autres départements. Cette auto-école surfe sur cette situation en disant qu'elle a la possibilité d'être rapide. Si on ne veut pas arriver, au fil du temps, à des exagérations, il faut qu'on règle la question de l'accès à l'examen, qui est le problème principal, l'accès à la formation se faisant simplement. Régler ce problème de durée réglera ce problème de coût.
Mots-clés: auto-écoles | cours de conduite | jeunes | luxe | Mini Cooper | permis de conduire | voiture
Patrice Bessone est président du Conseil national des professions de l'automobile (CNPA), branche formation des conducteurs.
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Il suffit à l'Etat de baisser les exigences du permis de conduire
Les professionnels qui pratiquent des prix "qui appauvrissent" leurs contemporains ont toujours de "bonnes excuses".
Mon permis m'a coûté 500,00 francs (75,00 euros), c'est à dire même pas la moitié d'un mois de salaire d'une personne payée au smic de cette année-là. Aujourd'hui le permis coûte un mois et demi de salaire payé au smic et pour certaines personnes beaucoup plus, jusqu'à trois fois le smic mensuel.