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Interdiction de manifestations à géométrie variable : l'état d'urgence finira-t-il en quasi dictature ?

L’état d’urgence est une parfaite illustration de la façon dont les démocraties finissent: par glissements quotidiens, à coup de dénis et de protestations officielles de bonne foi et de forfaitures ahurissantes. La réaction des pouvoirs publics, aux abois sur un plan politique, face à des manifestations d’opposants, constitue une étape sur ce chemin de la dictature.

Trouble jeu

Publié le - Mis à jour le 12 Février 2016
Interdiction de manifestations à géométrie variable : l'état d'urgence finira-t-il en quasi dictature ?

Ce week-end, la préfète du département avait interdit la manifestation de Pegida qui a tout de même rassemblé quelques dizaines de personnes. Crédit Reuters

L’état d’urgence à Calais

Alors que les pouvoirs publics, obsédés par les problèmes parisiens et totalement indifférents aux difficultés des Français ordinaires, ont laissé s’installer une situation de non-droit à Calais, l’état d’urgence est désormais mobilisé pour mater les oppositions. Le 23 janvier, la préfecture autorisait une manifestation de migrants, qui a dégénéré. Voici ce qu’en disait la maire de Calais:

Le 23 janvier, lors d’une manifestation qui n’aurait jamais dû être autorisée, un groupe important de migrants a pu envahir le port et une partie d’entre eux ont même accédé à un ferry. Cet événement a montré la fragilité du dispositif de sécurisation du port, et démontré que la lande était hors de contrôle. Comme je ne peux accepter qu’une partie du territoire de ma ville ne soit pas sous contrôle, je demande au ministre de l’intérieur qu’on en sorte les gens qui n’ont rien à y faire et qui incitent les migrants à ce type d’action.

La maire faisait évidemment allusion aux militants no-borders qui ont infiltré les camps de réfugiés et y incitent à l’agitation. L’Etat ne cherche manifestement pas à les contrôler.

Ce week-end, la préfète du département avait en revanche interdit la manifestation de Pegida qui a rassemblé quelques dizaines de manifestants. Le leader du groupe, le général de la Légion Etrangère Piquemal, y a été arrêté et sera jugé en urgence ce lundi.

Il ne s’agit pas ici de défendre Pegida France, mais de pointer du doigt la partialité de l’Etat dans cette affaire, dont il ne sortira rien de bon.

L’état d’urgence à Marseille

Vendredi, une autre manifestation était interdite. Il s’agissait du rassemblement de l’Action Française sur la tombe de Charles Maurras dans le village de Roquevaire. On le voit: on est loin, ici, des logiques de manifestation dans des zones sensibles. Malgré tout, la préfète locale a invoqué l’état d’urgence pour restreindre la liberté de manifester:

« Ce rassemblement a suscité un appel à la contre- manifestation lancé par plusieurs associations et fédérations locales », précise la préfecture de police dans un communiqué.

Elle souligne que la « proximité des deux rassemblements » et une « récente série de heurts et agressions » impliquant des individus se réclamant de l’Action française font courir un « risque avéré de confrontation ».

Cette situation est, selon elle, « de nature à troubler gravement l’ordre public ».

« Par ailleurs, la forte mobilisation des forces de l’ordre sur l’ensemble des missions de l’état d’urgence ne permet pas d’encadrer ces rassemblements, ni même de contenir tout débordement », indique-t-elle.

Là encore, il ne s’agit pas de défendre l’Action Française, mais de constater le glissement par lequel l’état d’urgence est désormais invoquer pour justifier de sévères entailles à la liberté de manifester.

L’état d’urgence glisse vers la dictature

Peu à peu, l’état d’urgence révèle donc sa vraie nature. Alors qu’il était mis en avant comme le moyen le plus sûr de lutter contre la menace terroriste, il se transforme peu à peu en arme ordinaire pour contenir les divergences d’opinion dans un contexte où les tensions politiques se durcissent fortement.

La prorogation de l’état d’urgence envoie un signal supplémentaire de cette dangereuse dérive: la règle de droit devient l’exception, et l’exception au droit la règle.

Reste à voir quel trouble sera créé par le passage du général Piquemal devant la justice.

 
Commentaires

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  • Par Deudeuche - 08/02/2016 - 08:45 - Signaler un abus Pouvoirs publics obsédés

    par les problèmes parisiens. Tout est dit "fluctuat nec mergitur" le reste ils s'en balancent. Fondamentalement il s'agit d'un gouvernement parisien qui se paie sur la bête; la France. Sentinelle par exemple consiste à mettre 10000 hommes ...dont 9000 sur Paris comme dit hors de Panam le reste ils s'en br.....!

  • Par Deneziere - 08/02/2016 - 08:50 - Signaler un abus Finement observé, mais...

    ... ce n'est pas si grave de ne pas pouvoir descendre dans la rue. Les idées de droite progressent sans manifester. Et inversement, les syndicats s'enfoncent lentement en dépit d'être toujours en traine de brailler avec des drapeaux à la main. C'est sur internet que ça se joue. C'est là qu'il faut être vigilant.

  • Par cloette - 08/02/2016 - 08:58 - Signaler un abus c'est tout à fait vrai

    Un pouvoir aux abois sur la pente glissante !

  • Par superliberal - 08/02/2016 - 10:03 - Signaler un abus Ca ne durera qu'un temps....

    On en reparlera en 2017...à la vitesse ou les choses se dégradent le retour du boomerang devrait faire très mal.

  • Par langue de pivert - 08/02/2016 - 10:57 - Signaler un abus BRAVO M. Verhaeghe ! ☺

    §§§ Peu à peu, l’état d’urgence révèle donc sa vraie nature. Alors qu’il était mis en avant comme le moyen le plus sûr de lutter contre la menace terroriste, il se transforme peu à peu en arme ordinaire pour contenir les divergences d’opinion dans un contexte où les tensions politiques se durcissent fortement. §§§ Personnellement "la vraie nature" de l'état d'urgence m'est apparue comme une évidence dès sa mise en place ! Elle n'a probablement pas échappé à l'auteur de cet excellent...qui n'a pas la même "liberté" qu'un "commentateur" anonyme pour attribuer à cet exécutif de merde un "délit d'intention"...avant que les faits ne donnent raisons aux hypothèses ! Je ne suis pas journaliste lui si ! J'ai le droit de me tromper pas lui ! 100 % d'accord avec cet article ! Et pourtant combien de représentant (élus) de la droite vont se précipiter dans le piège de la gauche en donnant leur voix à une modification de la constitution inutile et frelatée ? Trop sans doute ! Ont-ils pourtant le droit de se tromper ? De tromper leurs électeurs ? Il faudra en faire une liste noire pour les "zapper" de tout mandat représentatif pour toujours !

  • Par langue de pivert - 08/02/2016 - 11:01 - Signaler un abus grrrr désolé !

    de cet excellent....(article bien sûr) !

  • Par Djib - 08/02/2016 - 11:09 - Signaler un abus L'Etat complice des groupuscule fascistes d'extrême gauche.

    Non seulement les nervis de ces groupuscules bénéficient d'une quasi immunité lors de manifestations organisées par la gauche "présentable" qui elles sont bien évidemment autorisées. En revanche, des manifestations pacifiques connotées à droite sont interdites au motif que les mêmes fascistes de gauche provoqueraient des incidents. Ils sont à vomir.

  • Par goethe379 - 08/02/2016 - 11:41 - Signaler un abus Equité

    Je ne suis pas contre le respect de la loi. L'état d'urgence ne se prête pas à des manifestions en effet. Mais, il faut être ferme pour toutes les manifestations, et c'est là le scandale à dénoncer.

  • Par 2bout - 08/02/2016 - 13:37 - Signaler un abus Classé X, le spectacle médiatique de ce début d'année !

    Au-delà des pratiques politiques censurées, la Daeshéchance est le film binational franco-français : tu retires franco, il restera encore un peu français. Le pitch ? Devedjian, Taubira, Toubon, Duflot, Fillon, Mamère, Amara, Hidalgo, Badinter, les autres … et même NKM, le disent tous, le disent comme ils le peuvent : 2016 la bissextile sera également bisexuelle. Une binationalité pliée, malgré les sondages. Un film de la presse subventionnée, et c'est tant mieux !

  • Par 2bout - 08/02/2016 - 13:38 - Signaler un abus Et donc, la suite ...

     La « M-Gégène » présente ... bientôt sur nos écrans, Etat d'urgence ! Et dans le rôle de Diego (Diego, mal dans sa tête, même sans les barreaux), la révélation masculine du week-end, le Colonel Piquedur. A Calais, Piquedur et Piquemou vont à a plage ou veulent prendre le bateau. Piquedur et Piquemou tombent à l'eau. Que reste-t-il ? Le sceau, celui de la Constitution. Encore trois mois d'un suspense insoutenable, de perquisitions spectaculaires, d'assignations émouvantes. Dans le rôle de l'Autorité judiciaire, Personne. Cazeneuve dans celui du sheriff. Un produit issu de l'exception culturelle française.

  • Par Gré - 08/02/2016 - 13:54 - Signaler un abus Il y a un gros problème au

    Il y a un gros problème au Royaume de François Hollande.

  • Par ALAIN B - 08/02/2016 - 14:03 - Signaler un abus DICTATURE.

    C'est une honte ce qui se passe en FRANCE.

  • Par Septentrionale - 08/02/2016 - 16:30 - Signaler un abus Le mode répressif de l'Irrésolu 1er a point très tôt.

    Le Mou compense par une face sournoise arbitraire dure. Lors de la tournée de communication rabibocharde avec l'Hexagone des sans-dent, via Dijon, par l'Imposteur tôt débusqué, un homme très poliment s'est permis d'apostropher le Merlinpinpin "monsieur Hollande elle sont où vos promesses?" Tant d'affront envers le Bouffon méritait bien de se faire embarquer dans un silence de mort, sans ménagement comme un malpropre, pour se faire fouiller au corps par une police politiK en civil. Les merdias, clientèle subventionnée, entretenue avec l'argent public, n'en n'ont pas fait cas. Le "casse-toi pauv'con" de N.Sarkozy, avec son caractère fort et direct, qui n'a jamais eu de déviance liberticide, est une tout autre histoire. Là pardon, les cris offusqués, indignés, comme des vierges au bord des pâmoisons compulsives à n'en plus finir. MonDieuMonDieuLeStatutPrésidentielDévoyéAbaisséDégradé.~~~~Mais Bref, voilà où l'Incompétent Hollande a amené, lui, la France: au bord des violences du chaos où le pouvoir de l'arbitraire règle vite fait le compte du délit d'une opinion non autorisée. 2017 demande de déchéance du socialisme dans ce pays où la population est méprisée, maltraitée et racketté

  • Par hibernato - 08/02/2016 - 21:12 - Signaler un abus comité de salut public de 1958

    L'histoire va bégayer si Hollande ne prend pas la mesure de ce qui s'annonce

  • Par Texas - 08/02/2016 - 21:54 - Signaler un abus Illégalité à Calais...?

    Pour une manifestation ? . Parler d' illégalité à Calais confine de l' absurde depuis déjà un moment ! .

  • Par lafronde - 09/02/2016 - 13:57 - Signaler un abus L'Etat partisan

    Après le "Mur des cons" du Syndicat de la Magistrature, les medias publics militant à Gauche, la loi SRU pour diffuser les choix de société collectivistes dans les villes qui s'y refusent, voici les répressions policières ad hominem. Manif pour tous, Riposte Laïque... La répression judiciaire pour les rares medias qui ne communient pas dans l'ouverture des frontières aux migrants. A ce niveau d'Etat-partisan, qu'est-ce qui différencie la République française d'aujourd'hui, de la République de Weimar d'hier ? Eh bien les hitlériens menaient leur propagande en assassinant leurs opposants syndicalistes ou journalistes. Ceci avec l'impunité de la justice du Reich de Weimar, de celle de Bavière ou de Prusse. Et dans tous les cas avec la complicité de la Reichwehr. Nous n'en sommes pas là, mais les grandes compagnies des faux réfugiés (mais vrais migrants) sont sur notre sol. A Calais notamment ! Une précision pour Eric. Je doute fort que le Général Piquemal soit lié à un quelconque mouvement politique. Il a répondu présent à l'appel au secours des calaisiens. J'ai entendu le témoignage poignant d'une calaisienne lors du meeting de Riposte Laïque. Honneur au Général !

  • Par mymi - 09/02/2016 - 15:10 - Signaler un abus À septentrionale

    Merci, vous m'economisez mon commentaire. J'aurai écris le même

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Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr
 

Diplômé de l'ENA (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un DEA d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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