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Intelligence artificielle : la pénurie de cerveaux fait s’envoler les salaires... et s’effondrer les envies de souverainetés nationales

Selon le New York Times, seules 22 000 personnes dans le monde seraient compétentes pour mener des recherches sérieuses sur l'intelligence artificielle.

Des chercheurs qui trouvent, on en cherche

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Intelligence artificielle : la pénurie de cerveaux  fait s’envoler les salaires... et s’effondrer les envies de souverainetés nationales

 Crédit Pixabay

Atlantico : En s'appuyant sur les données fournies par un laboratoire indépendant canadien, le New York Times indique que seules 22 000 personnes dans le monde seraient compétentes pour mener des recherches sérieuses sur l'intelligence artificielle. Constatez-vous également cette pénurie de chercheurs dans le domaine ? Le secteur de l'IA est relativement récent, mais y a-t-il d'autres raisons à cette rareté de chercheurs ?

Bernard Benhamou : Qu'il y ait peu de gens véritablement pointus sur la question est une chose. Qu'il y ait peu de gens qui, potentiellement, pourraient rejoindre ce secteur parce qu'ils en ont la formation et qu'ils pourraient s'adapter à des équipes de recherche dans ce domaine, en est une autre. C'était un peu l'objet du rapport Villani, qui souhaite développer une filière autonome dans ce domaine en France et en Europe. C'est effectivement l’une des questions qui se posent et il nous faut développer un effort par rapport à cela. Mais je dirais que, plus important encore que le nombre actuel de chercheurs dans ce domaine, l'important c'est de savoir si nous articulons une véritable politique industrielle sur ces questions. Or, pour l'instant, c'est très loin d'être le cas. Parce que, pour l'essentiel, les chercheurs intéressés par ces questions en Europe trouvent à se faire embaucher par des entreprises non-européennes, y compris à Paris pour Facebook. Et c'est là la vraie question : sommes-nous capables de renverser ce mouvement pour faire en sorte que des gens puissent développer un écosystème en France dans ce domaine ?

Or nous en sommes très loin.

À chaque fois qu'il est question d'avancées technologiques, les gens qui s'y intéressent sont en petit nombre, au départ. Le secteur de l'intelligence artificielle pose question parce qu'il s'agit ici de technologies qui correspondent à des évolutions des technologies existantes plus que de révolutions. Le terme d’intelligence artificielle est d'ailleurs devenu un outil marketing : le but est de trouver et de faire évoluer des technologies autour des nouveaux besoins et des nouvelles capacités qu'auront les ordinateurs et les systèmes connectés dans les temps à venir. Le terme "intelligence artificielle" est une expression fourre-tout que les spécialistes n'aiment pas, parce qu'elle induit une image presque de science-fiction, très éloignée de la réalité industrielle aujourd'hui. Et on a tendance à penser que tous les systèmes d'intelligence artificielle sont des systèmes futuristes. En réalité, non : il y a beaucoup de systèmes qui portent le nom d'intelligence artificielle aujourd'hui et qui s’inscrivent dans la continuité de ce qu'on a pu connaître, mais les ordinateurs sont plus puissants, ils receuillent et analysent plus de données et les systèmes se perfectionnent. On les utilise pour la voiture connectée – et bientôt la voiture sans pilote -, la régulation des systèmes embarqués dans la plupart des appareils militaires, la ville intelligente et les systèmes de régulation environnementale, etc. Ce terme d’intelligence artificielle est gênant parce qu'on a tendance à le surinvestir.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 12/05/2018 - 13:16 - Signaler un abus L’avenir s’anticipe à l’avance!

    C’est le principe du libéralisme intelligent! Comme pour les medecins, les gauchistes n’ont pas anticipé les besoins actuels de la France, qui tombe, après plusieurs gouvernements socialistes (Macrouille y était déjà...) dans un un gap de compétences...il faudra une génération entière pour réparer ces erreurs fatales- et l’arrivée duF ront National, pour redonner un élan de compétences à la France...pas avant!

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Bernard Benhamou

Bernard Benhamou est secrétaire général de l’Institut de la Souveraineté Numérique (ISN). Il est aussi enseignant sur la gouvernance de l’Internet à l’Université Paris I-Panthéon Sorbonne. Il a exercé les fonctions de délégué interministériel aux usages de l’Internet auprès du ministère de la Recherche et du ministère de l’Économie numérique (2007-2013). Il y a fondé le portail Proxima Mobile, premier portail européen de services mobiles pour les citoyens. Il a coordonné la première conférence ministérielle européenne sur l’Internet des objets lors de la Présidence Française de l’Union européenne de 2008. Il a été le conseiller de la Délégation Française au Sommet des Nations unies sur la Société de l’Information (2003-2006). Il a aussi créé les premières conférences sur l’impact des technologies sur les administrations à l’Ena en 1998. Enfin, il a été le concepteur de « Passeport pour le Cybermonde », la première exposition entièrement en réseau créée à la Cité des Sciences et de l’Industrie en 1997.

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