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L’insoutenable omniprésence médiatique des grands partis pendant les primaires (et les solutions à prendre pour permettre une réelle équité entre les tous les candidats à l’élection présidentielle…)

Les primaires tendent à renforcer encore plus une loi des dernières élections présidentielles. Selon que vous soyez puissants ou misérables, les médias vous rendront éligibles ou non.

Deux poids, deux mesures

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L’insoutenable omniprésence médiatique des grands partis pendant les primaires (et les solutions à prendre pour permettre une réelle équité entre les tous les candidats à l’élection présidentielle…)

Les primaires ont encore accentué l'omniprésence médiatique des deux grands partis.

Les primaires ont offert une surreprésentation médiatique aux Républicains et au PS. Elle n’a d’ailleurs pas eu que des avantages en termes d’image. Faut-il corriger cette disproportion dans le traitement des candidats selon qu’ils participent ou non aux primaires ?

Dominique Jamet : Les primaires ne sont pas prévues dans la Constitution. Ce n’est pas un mécanisme officiel ou une institution. Les Républicains et le Parti socialiste ont cru devoir organiser des primaires en raison de l’absence de candidature de François Hollande et de leadership « naturel » qui émerge à droite. En conséquence de quoi, on a pu constater que pendant une longue période de trois mois le PS et les Républicains ont monopolisé la couverture médiatique, sans compter les mois qui ont précédé la primaire de la droite !

C’est un avantage considérable qui est ainsi donné aux grands partis. Les autres candidats, à l’inverse, sont peu ou pas entendus au point que certains électeurs demandent aux « petits » candidats s’ils ont abandonné leur candidature ! Les médias n’ont pas assez de largeur de vue.

Dominique Wolton : Il faut bien sûr corriger cette disproportion ! Ce n’est pas un problème de loi. Ce sont les médias qui sont en cause ! Pour des raisons d’audience, ils font une sélection qui est contestable dans la mesure où les « petits » candidats ont des choses à dire, et qui sont peut-être même plus intéressantes parfois que ce que disent les candidats des deux grands partis ! Il y aura toujours une inégalité dans le traitement des candidats, mais il y a des limites à cette inégalité de traitement. A cela s’ajoute autre chose : les « petits » candidats n’ont pas seulement peu de temps de parole, ils sont traités avec condescendance !

Derrière une indépendance des médias qui reste théorique avant tout, ceux-ci ont également tendance à favoriser tel ou tel candidat. Comment faire pour concilier la liberté de la presse et une juste représentation des différents candidats ?

Dominique Jamet : La dictature fait taire toute opinion dissidente et hétérodoxe. Au contraire, dans la démocratie prévaut la liberté d’opinion. Mais ce principe n’a pas de sens s’il n’est pas appliqué ! Dans les faits, tel ou tel candidat n’a pas les mêmes chances qu’un autre de l’emporter ! Rien dans les textes ne s’oppose à un bon fonctionnement mais dans la réalité ce n’est pas appliqué ! Les médias ne sont pas représentatifs de l’ensemble de l’opinion. C’est lié à la concentration de la presse et à la concentration de l’opinion. Pendant le référendum de 2005 et même les primaires de la droite, les médias ont eu une nette préférence pour les grands partis représentés au parlement, ce qui correspond à un éventail  qui va du centre-gauche au centre-droit. 50% d’opinions au maximum sont donc représentées par 90% des parlementaires et des médias. Ce n’est pas normal ! Il manque un mécanisme compensatoire pour assurer l’équité du temps de parole. Il faut soit un mouvement spontané des médias soit créer une nouvelle haute autorité pour que toutes les opinions aient des tribunes. On est passé d’un système relativement démocratique où tous les partis avaient leurs propres journaux, des communistes jusqu’aux royalistes, à une  situation où les candidats ne peuvent pas tous s’exprimer à voix égales ! Il faut changer cela !

 
Commentaires

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  • Par totor101 - 31/01/2017 - 12:05 - Signaler un abus Les grands partis

    Les grands partis ont le pouvoir ! le système des 500 signatures les protège !

  • Par vangog - 31/01/2017 - 17:17 - Signaler un abus C'est qui les "petits candidats" sous-médiatisés?

    Marine Le Pen? ...35% quand même...

  • Par HdH - 01/02/2017 - 09:59 - Signaler un abus Indigence intellectuelle

    Les "grands" médias sont avides des "productions" que seules les grosses structures politiques peuvent "offrir", là est la rançon de la rareté de journalistes dignes de ce nom.

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Dominique Jamet

Dominique Jamet est journaliste et écrivain français.

Il a présidé la Bibliothèque de France et a publié plus d'une vingtaine de romans et d'essais.

Parmi eux : Un traître (Flammarion, 2008), Le Roi est mort, vive la République (Balland, 2009) et Jean-Jaurès, le rêve et l'action (Bayard, 2009)

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Dominique Wolton

Dominique Wolton a fondé en 2007 l’Institut des sciences de la communication du CNRS (ISCC). Il a également créé et dirige la Revue internationale Hermès depuis 1988 (CNRS Éditions). Elle a pour objectif d’étudier de manière interdisciplinaire la communication, dans ses rapports avec les individus, les techniques, les cultures, les sociétés. Il dirige aussi la collection de livres de poche Les Essentiels d’Hermès et la collection d’ouvrages CNRS Communication (CNRS Éditions).

Il est aussi l'auteur de nombreux ouvrages dont Avis à la pub (Cherche Midi, 2015), La communication, les hommes et la politique (CNRS Éditions, 2015), Demain la francophonie - Pour une autre mondialisation (Flammarion, 2006).

Il vient de publier Communiquer c'est vivre (Cherche Midi, 2016). 

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