Zone franche
La France au travail : tous flippés, tous drogués ?
L’INPS confirme que travailler est à la limite du supportable et stimule les addictions mais qu’être au chômage, c’est pire. On ne va pas en sortir.

Les médias sont l'un des secteurs les plus touchés par la consommation de drogues dans la vie professionnelle : "Bon, un p'tit fix puis je retourne finir mon article" Crédit Albeiro Lopera / Reuters
C’est dingue le nombre de gens qui souffrent d’une addiction ou d’une autre, dans notre pays de flippés. Et je ne parle pas des antidépresseurs dont nous sommes les champions incontestés de la consommation avec autorisation médicale (et bénédiction du trou de la Sécu) mais bien d’accoutumance pathologique à une « substance psychoactive » ― comme on dit dans le jargon des épidémiologistes.
L’INPS (Institut National de Prévention et d’Éducation à la Santé), parce que c’est sa mission mais aussi parce que ça donne matière à des chroniques désabusées dans les journaux, évalue d'ailleurs à 19% la proportion des Gaulois « actifs » ayant du mal à se passer d’un petit remontant liquide pour supporter la vie au boulot (six verres ou plus en une seule occasion) !
Et ça n’est pas une estimation au doigt mouillé mais le fruit d’une étude portant sur 27 654 personnes (autant dire tout le monde à l’heure où le chômage est au plus haut).
Notez que la grosse trouvaille de l’INPS, ce n’est pas tant la proportion d’addicts dans le monde du travail mais plutôt la prévalence des addictions par secteurs d’activité. Cinq branches spécifiques (bâtiment, information-communication, restauration, arts et spectacle, agriculture) trustent en effet toutes les premières places, qu’il s’agisse de la consommation excessive d’alcool et de tabac mais également de cannabis, de cocaïne, d’ecstasy, d’amphétamines, de poppers ou de champignons hallucinogènes.
Dans le même temps, c’est chez les enseignants, les fonctionnaires administratifs et les personnels de ménage que l’on repère les comportements les plus vertueux. Hum, un cynique qui n’aurait pas repéré les employés de nettoyage dans la liste suggérerait sans doute que ce sont aussi les travailleurs moins stressés par nature…
Autre indication remarquable : les femmes restent largement sous-représentées chez les addicts, y compris dans les professions où les paradis artificiels sont particulièrement populaires. On suppose qu'elles doivent avoir besoin de garder la tête sur les épaules pour leur boulot d’après le boulot.
Mais si le travail est à ce point insupportable, en être privé pourrait apparaître comme un formidable tremplin vers la désintoxication (après tout, tout le monde ne peut pas être prof ou agent de préfecture). Que nenni, répond l’INPS qui constate que la perte de son job renforce au contraire les conduites addictives.
La semaine prochaine, nous aborderons la question des tentatives de suicide et pensées suicidaires (200 000 tentatives en 2010, 10 000 succès). Après tout, c'est peut-être la seule issue.
Hugues Serraf
Hugues Serraf est journaliste, écrivain et blogueur.
Aujourd'hui, éditorialiste à Atlantico, il est l'auteur de Petites exceptions françaises (Albin Michel, 2008) et de L'anti-manuel du cycliste urbain (Berg International, 2010).


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Je n'avais jamais autant ris de ma vie. Quel humour !
Des blagues innovantes sur les fonctionnaires qui ne travaillent pas, un peu d'humour sur les suicidés. J'ai passé 5 minutes du lecture inoubliables !
Merci monsieur d'avoir lu le paragraphe conclusif d'un rapport et pris 5 minutes de votre temps que j'imagine précieux et très stressé pour nous livrer ce monument d'analyse et de perspicacité.
C'est en effet très dur d'habiter un pays avec une telle histoire et dont on a l'évidence jour après jour qu'il se délite, et qu'il est INTERDIT de le constater, même pas d'y penser.
Mais nul doute que nos politiques sauront ramener le chiffre des suicides réussis au niveau de celui des morts sur la route.
Lorsque je travaillais pour la direction de la communication à la Présidence de la SNCF, il y a presque 30 ans, j'avais remarqué qu'il était strictement interdit de donner la moindre information sur les dégâts de l'alcoolisme chez les cheminots...
Le Français est hypocondriaque (on ne dit pas peuple de râleurs pour rien), que ce soit au travail ou dans la vie privée, rien de bien nouveau.