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L’innovation ne se résume pas à la technologie

"The Economist" montrait récemment en couverture "Le Penseur" de Rodin assis sur des toilettes et se demandant "N"allons-nous plus jamais inventer quelque chose d"aussi utile ?". Dans une tribune publiée sur son site internet le quotidien Le Monde se demande quant à lui : "Sommes-nous arrivés au bout de l'innovation technologique ?"

Contre les idées reçues

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L’innovation ne se résume pas à la technologie

Innovation et compétitivité sont des mots très à la mode en ces temps de crise, véritable psalmodie incantatoire dans la bouche de certains dirigeants.  Tout le monde envie le succès des innovateurs qui ont réussi, chaque commune de France rêve d’avoir sa propre Silicon Valley, toutes les classes politiques se pressent à rendre hommage à Steve Jobs, pourtant le chantre du capitalisme libéral… mais au final on ne sait pas très bien pourquoi et comment ces innovateurs ont réussi, ni vraiment ce qu’est l’innovation !

Il est vrai que l’innovation est un concept très multiforme : innovation de rupture, radicale, innovation incrémentale, innovation d’usage… une « véritable auberge espagnole », permettant à chacun d’apporter ce qu’il veut, y compris ses propres fantasmes.  Ainsi la première formulation de la politique des pôles de compétitivité, relaie de la Stratégie de Lisbonne : « Par la mise en réseau des acteurs de l’innovation, elle a comme objectifs finaux (…) le développement de l’emploi dans les territoires ». Formulation à laquelle on aimerait souscrire, en théorie, mais qui est une véritable aberration sur le plan de la mise en œuvre opérationnelle (mise en réseau = innovation = emploi MAIS limité au territoire !).

Sans faire ici un cours sur l’innovation, attardons nous un moment sur quelques grandes fausses idées, très persistantes dans notre culture française, qui font tant de mal à l’innovation. 

 

  1. 1.      Focalisation trop forte sur la technologie

L’innovation ne se limite pas à la technologie : 80% des innovations sont de nature sociale, financière, marketing, solidaire... Citons en vrac : -le succès planétaire de Jean-Claude Decaux, avec le mobilier urbain, -le microcrédit, un machin associatif qui représente un encours de plus de 30 milliards d’euros ! ou encore -une marque de  fringues fondée dans une baraque de plage par une bande de surfeurs hippies et qui réalise un CA de plus d’un milliard de dollars (QuickSilver)…  Les exemples comme cela sont innombrables, tout autour de vous.

Pendant que nos yeux (et les enquêtes) sont systématiquement braqués sur nos secteurs high-tech  du spatial, de l’aéronautique, du nucléaire et du numérique… nos fleurons de la compétitivité se cachent dans des entreprises provinciales au capitalisme familial (Michelin, Auchan, Sodexo …) et dans des secteurs comme le tourisme, l’agroalimentaire, la distribution, le luxe et la mode, les services à la personne… d’ailleurs excédentaires dans la balance commerciale.

 

  1. 2.      Une politique fiscale qui n’a rien compris à l’entrepreneuriat

Malheureusement ce modèle de « capitalisme familial », qui nous est envié dans le monde car il est garant de la stabilité de l’actionnariat, de l’investissement sur le long-terme, d’une capacité de prise de risque, et d’un modèle certes « paternaliste », mais social… ne survivra pas longtemps aux attaques intérieures incessantes d’une fiscalité confiscatoire et aux convoitises extérieures des prédateurs étrangers, fonds de pension en tête. De même, la récente révolte des « pigeons » a mis en lumière le fossé d’incompréhension entre nos politiques et la classe des « entrepreneurs ». Nul ne semble s’émouvoir que Londres soit devenue la 6e ville française ! Plus que la fuite des « vieux » capitaux, c’est la fuite des « jeunes » cerveaux qu’il faut redouter.

 

 
Commentaires

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  • Par Gengis - 30/01/2013 - 12:37 - Signaler un abus Du génie français ...

    En effet, il aura tant été dit et répété que le Français innove, crée et qu'ensuite la distribution lui échappe, comme la toile d'un peintre qui serait acheté trois sous pour se retrouver en fond de quelque panneau publicitaire ... Il faut de tout en économie, mais enfin ! il s'agit et d'encourager (du moins de ne pas décourager) l'esprit de créativité, d'inventivité si français (le système "D" aussi !), puis d'avoir les atouts pour éviter que le relais (la mise sur marché) ne soit au bénéfice de là-bas ou d'ailleurs qu'en... France ! ... Je crois qu'il est impératif : 1- Changement d'une culture française si inconsciemment collective qui fait la moue au mieux face à l'enthousiasme du succès ; 2- Un pouvoir publique qui n'entrave pas cet enthousiasme ; 3- Un pouvoir privé, banques, investissements, qui comprenne que le risque sain est celui du financement et non celui de la finance. ... Ainsi, on avancera. On applaudira bien un jour une success-story dans notre beau pays, n'est-ce pas ?

  • Par Laurent H - 05/02/2013 - 01:08 - Signaler un abus Distinguons Innovation et Recherche

    Bonjour Jean-Yves, Vous avez raison : on a trop souvent tendance à confondre Innovation et Recherche. J'ai d'ailleurs écrit un billet sur le sujet il y a quelques temps (http://laurent.hausermann.org/archive/2012/11/11/rapport-gallois-distinguons-la-recherche-et-l-innovation.html) Combien de fois avez-vous entendu dans les médias que les entreprises qui innovaient etaient celles qui s'en sortait le mieux ? Ils enchainent souvent en flattant notre cerveau jacobin et centralisateur : cela serait la responsabilité des pouvoirs publics que de donner les moyens d'opter pour une demarche innovante. En favorisant par exemple son département R&D, cette équipe mystérieuse qui aurait des idées neuves sur tout. Il suffirait alors de créer de nouveaux produits ou services et de les commercialiser pour atteindre un succès immédiat ; "over the night" disent les américains. Ces nouveaux produits seraient pour plusieurs années, voir plusieurs décennies des succès commerciaux assurant alors des centaines d'emplois autour de l'innovation ainsi créée. Bref, essayons tous de faire changer cet état d'esprit trop ancien. Les temps ont changé. Laurent

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Jean-Yves Prax

Jean-Yves Prax est spécialiste en management de la connaissance et de l'innovation, fondateur de Polia Consulting.

Il intervient en accompagnement des entreprises dans leurs mutations organisationnelles, culturelles, managériales, stratégiques provoquées par l’arrivée des TIC et l’avènement de la Société du Savoir.

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