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Innocents aujourd'hui, coupables demain ? Pourquoi tout ce que vous faites, dites, ou pensez en ligne aujourd’hui sera utilisé demain contre vous

Dans une tribune, l'entrepreneur suédois Rick Falkvinge fait la distinction entre la surveillance analogique du « veux monde » et celle du monde numérique, qui conserve et stocke toutes nos données. Avec le risque de devenir coupables dans le futur pour des propos et des comportements admis aujourd’hui.

Répercutions

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Innocents aujourd'hui, coupables demain ? Pourquoi tout ce que vous faites, dites, ou pensez en ligne aujourd’hui sera utilisé demain contre vous

 Crédit Pixabay

Atlantico : Dans un monde où les propos sont conservés, des conversations téléphoniques aux tweets en passant par les mails, Rick Falkvinge souligne que des propos tenus aujourd'hui et socialement acceptés pourront être utilisés dans le futur contre leur auteur. Est-ce réellement quelque chose à craindre ?

Dominique Wolton : Il y a plusieurs contradictions entre la démocratie et les nouvelles technologiques : la concurrence entre les médias (chaînes d'information, etc) et les réseaux fait que tout le monde est en train de chercher de l'information sur n'importe quoi : c'est la peopolisation, la course à tout ce qu'on veut. Ensuite, les réseaux sociaux augmentent la visibilité de tout parce que tout le monde raconte quelque chose. Et les nouvelles technologies ont aussi une mémoire infinie et entraînent une traçabilité.

Et, nouvelle maladie de la démocratie : tout le monde raconte quelque chose. On est dans une logique du direct, dans l'utopie de la démocratie directe : on va supprimer tous les intermédiaires inutiles (journalistes, médias, hommes politiques, etc.). La vitesse et l'illusion de la démocratie accentuent encore le phénomène.

Est considéré comme démocratique le fait de s'exprimer. Mais ce qui coince, c'est que tout le monde s'exprime. Et qu'on considère qu'il est démocratique de s'exprimer. Donc cette expression, plus la concurrence, plus la logique du direct, plus la visibilité, plus la mémoire technique, tout cela se retourne à un moment. Ce qui est grave, c'est l'idée que la démocratie représentative est vieille, corrompue, dépassée et que grâce à la technologie, on va avoir une démocratie directe, interactive. Ça, c'est complètement démagogique, mais ça marche très bien. Alors que les intermédiaires, dans une démocratie, jouent un rôle fondamental. Et de ce point de vue-là, le président Macron n'arrête pas de vouloir supprimer les intermédiaires. Il est seul face au peuple. Et ça, c'est prodigieusement dangereux, c'est ce qu'il y a plus de démagogique.

Pierre-Marie Coupry : L'analyse de Rick Falkvinge commence d'abord  par pointer les conséquences immédiates de la surveillance numérique des citoyens par les agences d'état. Aux Etats-Unis, le FBI s'est basé sur un message Facebook mal interprété pour accuser l'activiste noir Raken Balogun, le mettre en examen et l'incarcérer plusieurs mois avant d'abandonner les charges. Il montre comment le stockage croissant de données personnelles peut nous rendre immédiatement coupables, avant même de parler de "culpabilité différée". Nous contribuons toutefois volontairement, de façon consciente, ou même  inconsciente, au stockage digital de nos vies, et ceci depuis bientôt 20 ans déjà. En effet l'exploitation des données personnelles est au coeur du business model de Google depuis le lancement de sa régie publicitaire AdWords, en octobre 2000. Une course à la data qui s'est intensifiée avec l'apparition des réseaux sociaux, et en particulier de Facebook en 2004. L'ensemble de nos appareils connectés traquent en permanence nos faits et gestes et les stockent sur le long terme. Les outils existent pour gérer ses données, mais les gens n'y pensent pas, ou ne savent pas. Il suffit de faire un tour sur Google map pour voir que tous vos déplacements et lieux visités, avouables ou non, sont stockés…Le risque de devenir coupable demain parce que les mœurs auront évolué est là. Je conseille de les effacer car elles ne sont pas utiles par ailleurs. Tout en espérant que ces suppressions ne se retournent pas un jour contre nous, en étant interprétées comme "quelque chose à cacher" !

Outre la gestion des paramètres de comptes sur les applications et mails, il faut rappeler que la loi pour une République numérique du 7 octobre 2016 permet également de mieux gérer leurs données. Elle affirme le principe de la maîtrise, par chacun, de ses données, et instaure le droit à l'oubli pour les mineurs. Enfin, elle permet d'anticiper la gestion des données personnelles après son décès. En ce sens, les données détenues par les acteurs privés sont moins dangereuses si chacun prend le temps de les gérer.

 
Commentaires

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  • Par Citoyen-libre - 20/05/2018 - 10:54 - Signaler un abus La "Zombisation"

    Nous n'en sommes qu'au début. Ce n'est pas qu'on communique partout et sur tout qui dangereux, c'est que certains géants étrangers se sont arrogés le droit de tout surveiller et de tout conserver. C'est encore une histoire de fric. Toutes ces données vaudront bientôt de l'or quand elles seront revendues à des assureurs, banquiers, employeurs, police. Le plus terrible sera la dictature qui va se mettre en place. Celui qui voudra se protéger apparaîtra comme suspect. Des profils de société vont s'établir, des influences, des courants de pensée, etc et à la main de puissances étrangères comme nos pires amis : les américains. Là encore, l'Etat français ne voit rien venir. Il devrait investir en urgence, l'équivalent de Google, de Facebook, de Twitter, Youtube, etc, cryptés et sécurisés. La dernière loi, sera vite contourner.

  • Par kelenborn - 20/05/2018 - 18:08 - Signaler un abus oui enfin

    faut arrêter les conneries car, la plupart de ceux qui écrivent ici (moi le premier)sont déjà coupables ( au regard des normes existantes du politiquement correct) ..Alors les innocents d'aujourd'hui qui pourraient être coupables demain, si c'est Plenel, Joffrin-Mouchard, Mettout, Ruquié et autres merdes ben tant mieux! Manifestement, les deux auteurs devraient ajuster leurs binocles et d'informer sur ce qui est arrivé à Zemmour! Quant aux leçons de Wolton sur les bienfaits de la démocratie représentative, qu'il aille raffraichir son bréviaire

  • Par edac44 - 20/05/2018 - 19:59 - Signaler un abus Il est interdit d'interdire ou mort de la liberté d'expression ?

    Souriez, vous êtes filmés !... mais si ce slogan des années 70 "ce n'est pas parce qu'on a rien à dire qu'il faut fermer sa gueule" avait cours dans toutes les facs et les réunions branchées du quartier latin, ce n'est plus tout à fait vrai aujourd'hui !... Pas sûr qu'un Pierre Desproges avec son célèbre sketch sur les juifs, aurait encore le droit de citer https://www.youtube.com/watch?v=Ts7H0swNz0g Mais outre le respect de la vie privée dont les GAFA se foutent comme de leur première chemise, le principal fléau qui guette aujourd'hui toutes les démocraties déclinantes est sans doute la censure aveugle vis-à-vis de celles et ceux qui crient à la mort de la liberté d'expression et au lissage de la bien bien-pensance des moutons. Perso, je viens de me faire virer de "Twitter" au motif d'apologie à la haine et la violence pour avoir osé écrire suite aux récents attentats survenus en France : "Aux armes citoyens, formez vos bataillons, qu'un sang impur abreuve nos sillons" Mais il est vrai que "l'origine du monde" de Gustave Courbet, a aussi été censuré sur "fesse bouc" pour pornographie, par nos censeurs illettrés et incultes originaires des Etats Unis.

  • Par cloette - 20/05/2018 - 20:05 - Signaler un abus 1984 (Orwell)

    va ressortir, nouvelle édition . C'est le moment de le lire ou le relire .

  • Par vangog - 21/05/2018 - 21:48 - Signaler un abus La liberté et le pluralisme sont menacés...

    par le nouveau fascisme-facebook-twitter...

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Dominique Wolton

Dominique Wolton a fondé en 2007 l’Institut des sciences de la communication du CNRS (ISCC). Il a également créé et dirige la Revue internationale Hermès depuis 1988 (CNRS Éditions). Elle a pour objectif d’étudier de manière interdisciplinaire la communication, dans ses rapports avec les individus, les techniques, les cultures, les sociétés. Il dirige aussi la collection de livres de poche Les Essentiels d’Hermès et la collection d’ouvrages CNRS Communication (CNRS Éditions).

Il est aussi l'auteur de nombreux ouvrages dont Avis à la pub (Cherche Midi, 2015), La communication, les hommes et la politique (CNRS Éditions, 2015), Demain la francophonie - Pour une autre mondialisation (Flammarion, 2006).

Il vient de publier Communiquer c'est vivre (Cherche Midi, 2016). 

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Pierre-Marie Coupry

Pierre-Marie Coupry est un spécialiste du web et l'expérience utilisateur. 
 
Entrepreneur et consultant en communication digitale,  il conseille des  grands groupes et start-ups dans l'optimisation de leur présence en ligne.

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