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Inertie européenne sur le marché des changes : la mort par la hausse de l'euro ?

"L'euro est trop haut par rapport à ce que l'économie européenne est en droit d'attendre", selon le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg. Cela arrange bien nos partenaires américains et asiatiques qui veulent faire baisser leurs devises afin de revigorer leur économie.

Pente ascendante

Publié le 1 février 2013 - Mis à jour le 2 février 2013
 

Le site américain Finviz.com spécialisé dans l'actualité financière a publié un graphique soulignant la hausse de la valeur de l'euro ces derniers mois.

 

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(Cliquer pour agrandir)

Gérard Dussillol : L’euro s'est apprécié contre le dollar US de près de 10% depuis le début de l’été dernier, que peut-on en penser ? Cette tendance va-t-elle se poursuivre, avec quelles conséquences ? « On ne joue jamais contre la banque centrale » dit l’adage américain. Cela signifie que les marchés financiers se gardent bien de prendre des positions qui seraient contraires à la politique qu’entend mener la FED, quand celle-ci est clairement établie. Ainsi par exemple, lorsqu’elle affiche une volonté de maintenir des taux d’intérêt faibles, il y a peu de téméraires qui vont spéculer à leur hausse.

Ce n'est pas par civisme… mais simplement parce qu’une banque centrale a des moyens d’actions extrêmement puissants, entre autres celui d’émettre de la monnaie de façon illimitée : il est toujours dangereux d’affronter un adversaire fort et déterminé.

Et lorsque qu’en Europe M. Draghi annonce enfin en juillet, et confirme en septembre, sa détermination de sauver la monnaie unique, les investisseurs qui avaient joué à l’éclatement de l’euro comprennent que le pari est perdu et qu’ils doivent se dépêcher de déboucler leurs positions (c'est-à-dire acheter de la dette, au lieu de la vendre à découvert), s’ils ne veulent pas perdre encore plus. Certains fonds y ont quand même laissé
plusieurs milliards au cours du deuxième semestre 2012.

On a alors assisté à un spectaculaire et bénéfique retournement de marché : le taux moyen pondéré de la dette souveraine à 10 ans de la zone euro est passé de 5,8% à 3% en 6 mois… Cela a permis de soulager les fortes contraintes qui pesaient sur les économies des Etats périphériques et réamorcer un cycle de confiance ; mais qui a eu pour contrepartie… de faire monter l’euro.

C'est le mouvement inverse de ce qui se passait à chaque moment de forte tension au sein de la zone, où l’euro baissait. Le problème est que cette remonté de l’euro pénalise nos exportations et peut avoir un impact négatif très fort sur la croissance déjà famélique de nos économies. Mais cela arrange bien nos partenaires américains et asiatiques qui veulent faire baisser leurs devises afin de revigorer leurs économies par les exportations, notamment vers l’Europe : En termes réels le dollar US s'est déprécié de 20% depuis 2001, et la parité du Renminbi est une cause de tension permanente entre les Etats-Unis et la Chine.

La livre sterling a fortement baissé face à l’euro. Même le Japon a décidé de sortir de sa torpeur devant les effets catastrophiques d’un yen fort : baisse de 17% des exportations japonaises entre 2007 et 2011, notamment en raison d’une baisse du Won coréen de plus de… 50% contre le Yen (d’où croissance des exportations coréennes de +33%).

La zone euro se présente alors comme la seule zone monétaire qui « ne dise rien » quant à sa politique de change, et pour cause : les traités empêchent la BCE d’en avoir une. C'est le maillon faible du système global, les marchés le savent et jouent donc… la hausse de l’euro.

M. Draghi a montré avec quels dextérité, subtilité et talent, il avait pu, nonobstant les traités, faire évoluer le rôle de la BCE, et ainsi donner un répit à l’euro : voudra-t-il, et pourra-t-il, franchir une nouvelle étape ?

 


Commentaires

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  • Par crisemajeure.fr - 03/02/2013 - 20:25 - Signaler un abus L'origine du Fondement de l'Europe

    En étudiant l’origine de la structuration de l’Europe des nations, preuves historiques à l’appui, il n’y a aucun doute de l’influence directe du cartel mondialiste sur la formation de l’Union européenne et sur l’organisme discret qui domine et manipule la Commission européenne.
    L’objectif premier du cartel consistait à prendre toutes les nations de tous les continents dans la nasse de la mondialisation. À ce sujet, le cas de la Chine et de la Russie est flagrant, mais il est aussi passé inaperçu.
    Pour le continent européen, tous les économistes s’accordent à dire qu’il était pratiquement irréaliste d’organiser un marché économique commun comprenant des économies si différentes d’un pays à un autre.
    Cela avec l’obligation 1- de ne plus pouvoir emprunter à la Banque centrale nationale, 2- d’emprunter obligatoirement sur les marchés financiers, 3 – d’utiliser une monnaie unique qui dans des circonstances économiques difficiles sans faire l’objet de la moindre dévaluation, 4 – de se soumettre à une série ininterrompue de règles budgétaires induisant la rigueur et à des règles technocratiques élaborées pour être favorables au milieu du lobbying, 5 – de soutenir le
    MES

  • Par nervall - 01/02/2013 - 13:37 - Signaler un abus c`est beaucoup plus simple

    l`euro deja s`ajuste mecaniquement contre toutes les politiques monetaires devaluatives mondiales , il est apolitique . en plus les puissances exportatrices impriment electroniquement , prennent meme plus la peine de payer le papier , et achetent des euros en masse et les deposent dans les banques UE , remuneres genereusement a 0,50% pour se faire detruire economiquement , l`euro est une abomination structurelle

  • Par sicenetoi - 01/02/2013 - 13:13 - Signaler un abus Inertie de l'europe sur le marché des changes ?

    Trés franchement, avoir sur ce point, l'avis d'un ancien de Goldman Sachs ça fout les jetons lorsque l'on connait le palmarès de ces malfaisants !

  • Par DAVIGNON - 01/02/2013 - 12:37 - Signaler un abus Hausse de l'EURO ! Les Banques privées se frottent les mains !

    Il n'y a pas si longtemps, tout le monde se lamentait ! L'Euro est en chute libre, les pays empruntent à des taux importants et s'endettent encore plus.
    Pourtant, personnes ne semblaient s'étonner que malgré les "grandes inquiétudes affichées des marchés" les pays n'aient aucune peine à trouver des prêteurs, avec souvent une offre supérieure à ce qu'ils souhaitaient emprunter !
    Les Banques privées recevaient de la BCE des sommes considérables en milliards d'EUROS à taux voisin de "0" afin de doper (quelle mascarade") l'économie de la zone. C'est cet argent qui leur a permis ENSUITE de prêter aux pays emprunteurs...mais pas à taux voisin de "0". Magnifique politique monétaire de la zone € !!!
    Ces prêts avaient à cette époque pas si lontaine un équivalent en US$.
    Avec la hausse de l'Euro, cette équivalence en US$ devient pactole en plus des intérêts. JOLI COUP SPECULATIF....
    Tout le monde s'est "grassement" servi.Je te prête, tu me prêtes et on tient les citoyens par la barbichette !
    Quant à doper l'économie et faciliter l'accès au crédit des PME, et des citoyens (plus on consomme, plus on paie de TVA !). ..une farce dont on connaît aujourd'hui le dindon... mais on s'en doutait

  • Par DAVIGNON - 01/02/2013 - 12:19 - Signaler un abus L'Euro est trop haut ???

    Décidemment, nos politiques sont impayables !! Le ministre du développement durable s'insurge contre cette hausse de l'EURO. NEFASTE pour nos exportations!! Vraiment ?? C'est ça l'argument ???
    C'est oublier que :
    - il y a quelques mois, les mêmes se lamentaient sur la chute de l'Euro facteur HORRIBLE de tous nos maux économiques
    - La monnaie unique met tous les européens sur le même pied d'égalité en terme de change à l'exportation. A "monnaie/taux" identique, les Allemands semblent pourtant bien mieux gérer le dossier (surtout dans l'automobile ) que les Français.
    - Notre balance commerciale est DEFICITITAIRE !! L'a-t-on oublié dans les hautes sphères?? L'euro fort c'est à coup sûr une baisse du coup des importations en attendant une hausse "hypothétique" des exportations liées à bien d'autres facteurs.
    MAIS C'est SUR !!! Il va bien falloir que cette incidence €/$ se répercute sur le prix des carburants !!!
    ET LA BIEN SUR, une perte fiscale au niveau des taxes sur les carburants....et un budget 2013 qui pourrait bien (!!) en pâtir.
    Il apparaît donc que ce type de budget "facile" qui fait la part belle à une fiscalité démoniaque voit aujourd'hui ses limites dans la réalité..

  • Par Equilibre - 01/02/2013 - 11:08 - Signaler un abus La guerre monétaire

    Bravo l'UE, bien joué.
    Bon, quand est-ce que cette zone explose, que les choses puissent reprendre leur cours normal?

Gérard Dussillol

Gérard Dussillol a fait carrière dans le monde de la finance en France et à l'international, d'abord chez Paribas puis au sein du groupe Goldman Sachs.

Il fonde ensuite sa propre société financière. Il est aujourd'hui conseil de plusieurs sociétés d'investissements. Il est également président de la commission de finances publiques de l'Institut Thomas More (Paris et Bruxelles).

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