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L’industrie allemande commence à redouter l’obstination des négociateurs européens sur le Brexit

Lettre de Londres mise en forme par Edouard Husson. Nous recevons régulièrement des textes rédigés par un certain Benjamin Disraëli, homonyme du grand homme politique britannique du XIXe siècle.

Disraeli Scanner

Publié le
L’industrie allemande commence à redouter l’obstination des négociateurs européens sur le Brexit

 Crédit Chris J Ratcliffe / POOL / AFP

Londres, 
Le 11 octobre 2018
 

Mon cher ami, 

 

Quelques chiffres

 
Il se peut que nous autres Britanniques ayons eu raison de ne pas perdre complètement les nerfs. L’un des cinq grands instituts allemands d’économie vient de publier une étude selon laquelle, dans le cas d’une absence d’accord sur le Brexit, le commerce entre l’Allemagne et la Grande-Bretagne pourrait diminuer de 60%. L’industrie allemande serait particulièrement touchée, en particulier l’industrie automobile, qui devrait s’acquitter de deux milliards de droits de douane.
Dans le pire des scénarios, les analystes de l’Institut der Deutschen Wirtschaft de Cologne prévoient que le commerce entre la Grande-Bretagne et l’Union Européenne pourrait diminuer de 50% - et même 60% dans le cas de la Belgique, comme pour l’Allemagne. Cela voudrait dire 40 000 suppressions d’emploi pour la seule Flandre. 
 
D’autres rapports parus ces jours-ci vont dans le même sens. La France pourrait voir manger son excédent commercial, actuellement de 4 milliards, vis-à-vis de la Grande-Bretagne par les tarifs douaniers. L’ensemble de l’Union Européenne perdrait au moins 1,5 % de croissance. Pour l’Irlande, ce serait une catastrophe: 4% de récession. Les exportations agricoles espagnoles et italiennes seraient profondément atteintes: la seule Murcie envoie les trois quarts de ses exportations agricoles en Grande-Bretagne. L’Italie pourrait avoir à verser 900 millions d’euros de plus au budget européen. 
 

Et pendant ce temps-là, Michel Barnier.....

 
Le patron des patrons allemands (Joachim Lang, président du BDI) demande aux deux parties de faire un compromis dans la négociation. Eh bien, Michel Barnier a expliqué hier que les négociations n’ont avancé qu’à 80% et qu’il ne pourra pas y avoir d’accord avec la Grande-Bretagne sans que cette dernière que l’Irlande du Nord reste, de facto, dans l’Union Européenne. S’il s’agissait de machiavélisme, pour faire tomber la majorité de Theresa May, qui dépend du DUP irlandais, j’imagine que le négociateur en chef de l’Union serait un peu plus subtil. Mais je ne crois pas qu’il s’agisse de cela. Nous avons affaire à une génération d’enfants gâtés de l’après-Seconde Guerre mondiale, qui ne sait pas vraiment à quel prix a été obtenue la stabilité de l’Europe, à travers les siècles. Que l’appartenance de l’Irlande du Nord au Royaume-Uni ne soit pas négociable, pour des raisons historiques, cela n’effleure pas la conscience technocratique anhistorique du Savoyard. On pourrait penser que les inquiétudes de Joachim Lang aient plus de poids que l’argument de l’histoire. Mais ce n’est pas le cas. L’Union tournera à vide, s’il le faut, pourvu qu’elle continue à tourner. 
 

Comment l’obstination idéologique des Français prépare le malheur de l’Europe

 
Même votre très officiel quotidien vespéral s’en rend compte. Je suis tombé par hasard sur un article, avant-hier, qui soulignait combien les Français étaient les plus obstinés contre la Grande-Bretagne dans les négociations sur le Brexit. Je ne crois pas que la seule technocratie qui soit en jeu. Bien sûr, elle joue, chez Macron comme chez Barnier. Mais on touche une dimension bien plus profonde: c’est une véritable haine de soi que révèlent vos dirigeants, en l’occurrence. Ce qu’ils ne supportent pas, dans le Brexit, c’est l’image qui leur est renvoyée d’eux-mêmes. Ils ont abdiqué leur liberté entre les mains d’institutions technocratiques européennes, qu’ils ont eux-mêmes mises en place parce qu’ils pensent profondément que leur pays n’est pas capable, sans cette prothèse, de contenir la puissance allemande. Les dirigeants français n’aiment pas leur peuple, ne croient pas en lui. Ils envient l’Allemagne d’être aussi efficace, sans imaginer une seconde que cela puisse tenir à la solidarité des dirigeants allemands avec leur peuple. Cela s’appelle le patriotisme! 
 
Je ne veux pas dire que le tableau soit brillant chez nous. Vous avez suffisamment de représentants de nos élites qui n’arrivent pas à digérer la sortie de l’Union Européenne et qui maudissent “l’Angleterre périphérique”, pour reprendre l’expression d’un de vos géographes, Christophe Guilly. Mais la Chambre des Communes a respecté le résultat du référendum. On ne peut pas en dire autant de votre parlement qui a voté le Traité de Lisbonne contre le résultat du référendum de 2005 sur la Constitution Européenne. 
 
Ce qui se passe dans le cadre des négociations du Brexit montre bien, en tout cas, que le blocage actuel de l’Union Européenne aurait vraisemblablement disparu sans l’obstination française. Que vous êtes paradoxaux! Au moment où Angela Merkel est très affaiblie, où les chrétiens-démocrates allemands ont largement envie de redevenir conservateurs, où une majorité de gouvernants de l’Union veulent un accord avec la Grande-Bretagne, voici que votre président met toute son énergie à défendre la conception la plus idéologique que l’on puisse imaginer de l’Europe. Une Europe de la raison pure, aussi parfaite sur le papier que si l’avait assis à la même table un quarteron de polytechniciens et d’énarques. Mais, au fait, n’est-ce pas ce qui vous arrive? Tout ce qui est proposé par Paris est sorti des cerveaux complices d’Emmanuel Macron et Jacques Attali. A propos de ce dernier, savez-vous que c’est dès la campagne présidentielle de 1974 qu’ il avait commencé à insinuer à François Mitterrand qu’il fallait aligner la politique monétaire de la France sur celle de l’Allemagne? Votre président a beau être jeune, il défend un très vieille politique. 
 
Vous savez que j’aime bien citer Maurice Clavel, quand il disait “Le dernier stalinien sera un curé bas-breton”. Eh bien, il est probable que les hauts fonctionnaires français continueront à croire à l’Europe fédérale longtemps après que la Grande-Bretagne aura montré la voie, un peu poussivement au départ, je vous l’accorde, d’une réconciliation de l’économie entrepreneuriale et de la souveraineté nationale. 
 
Bien fidèlement
 
Benjamin Disraëli
 
Commentaires

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  • Par vangog - 12/10/2018 - 09:24 - Signaler un abus Les responsables de ce grand bordel? La CJUE, la CEDH,

    et la grosse commission...si ces trois institutions n’avaient pas provoqué la grande migration musulmane et de bas salaires qui ont déstructuré l’Angletterre, jamais les citoyens du RU n’auraient demandé le Brexit!...et la grosse commission recommence les khommeries, avec Barnier, qui veut provoquer la partition de l’Ile, en excitant l’independance écossaise et irlandaise...comme les socialistes et communistes européens en 1940, ces fous font tout pour engendrer la troisième guerre mondiale...des fous-furieux!

  • Par philippe de commynes - 12/10/2018 - 09:40 - Signaler un abus L'Allemagne

    peut se permettre un tel coup de moins dans ses exportations, après tout elle est dans une situation florissante (sauf qu'elle est mal partagée, mais précisément si les salaires, retraites des Allemands les plus modestes augmentent, ce sont ces derniers qui pourraient acheter les voitures qui ne franchiraient plus la mer du nord), par contre pour les Britanniques, dont l'industrie a pu renaître grâce au choix des industriels Japonais ( et autres) d'en faire leur porte-avion pour exporter vers l'Europe ..., surtout que des relocalisations sur le continent au plus près des marchés se feraient dans des conditions financières idéales, les coûts Hongrois, Polonais ou Roumains sont encore largement inférieurs aux coûts Britanniques, et puisqu'apparemment les Britanniques ne veulent plus des travailleurs est-européens, ce serait l'occasion d'organiser leur retour chez eux ... avec les usines dans lesquelles ils étaient venus travailler ...

  • Par J'accuse - 12/10/2018 - 11:33 - Signaler un abus Le Brexit, virus mortel pour l'UE

    Le but bruxellois (pas seulement français) de ces "négociations" n'est pas d'arriver à un accord, mais de créer le chaos pour en accuser le Brexit, et finir par obtenir son annulation. L'UE joue sa survie: si le RU se retire sans gros problème, plus aucun pays membre n'acceptera les contraintes imposées par la Commission, puisqu'ils pourront s'apercevoir c'est aussi bien et même mieux sans, et l'UE sombrera corps et biens.

  • Par Stargate53 - 12/10/2018 - 13:20 - Signaler un abus Obstination de qui ?

    Pourquoi attribuer l'obstination à l'Europe alors que le brexit est l'oeuvre de certains anglais qui ont manipulé leur opinion. Il n'est pas possible de céder à la volonté anglaise d'obtenir les mêmes conditions que du temps de son appartenance à l'Europe, c'est normal et pas compréhensible par ceux qui prétendent gagner sur tous les tableaux ! Alors plutôt que de chercher des coupables externes, nos "amis" anglais avisés (s'ils en restent !) devrait relancer une consultation de leur peuple sur des éléments factuels et réels avant qu'il ne soit trop tard ! Vérifier avant de faire le grand saut !

  • Par Anouman - 12/10/2018 - 13:33 - Signaler un abus Brexit

    D'accord avec J'accuse. Il ne faudrait surtout pas qu'on s'aperçoive que l'on peut commercer et coopérer sans le bazar idéologique de l'UE. Ca pourrait donner des idées à certains.

  • Par Totor Furibard - 12/10/2018 - 14:03 - Signaler un abus Article bien vu: c'est tout à fait ça.

    Avec un petit bémol: comme le montrent les commentaires ici et ailleurs, nous sommes de plus en plus nombreux, de droite comme de gauche à être parfaitement conscient de la mouise indescriptibles dans laquelle des gens peu inspirés et parfaitement incompétents en macro-économie comme Trichet (le sommet de la bêtise), Attali, et bien sur Macron, et les autres "fanatiques européens" nous ont mis. Nous savons bien que la commission européenne ne travaille pas pour nous, le peuple, et l’Angleterre a mille fois raison de quitter ce radeau en perdition. Nous savons bien qu'il faut continuer à commercer avec l'UK, et que nous n'avons pas besoin de l'UE pour ça: au contraire ! Nous savons bien que le système nous appelle "populiste" alors que nous sommes simplement ... le peuple !

  • Par aristide41 - 12/10/2018 - 14:36 - Signaler un abus Et le contraire n'est pas vrai peut-être?

    Quand on parle de lU.E, on évoque son obstination. Et l'obstination du U.K, alors? Cette lettre de Londres commence vraiment à me gonfler. Arrogance et partialité si coutumière shez les Britanniques. Beurre, argent du beurre et derrière de la crémière! Et puis quoi encore? et Furibard, moi aussi, je suis le "peuple".

  • Par hoche38 - 12/10/2018 - 17:19 - Signaler un abus crétinisme alpin

    Ne résumez pas Michel Barnier à son ascendance savoyarde. Je peux vous assurer que le crétinisme alpin a disparu avec le sel iodé et celui de Michel Barnier n'a donc aucun caractère régional.

  • Par Mahaut - 12/10/2018 - 20:09 - Signaler un abus Le provincialisme de Disraeli est toujours aussi confondant

    Les enterprises allemandes comprennent bien que si le Brexit se passe bien, alors la tentation sera très grande pour d'autres pays européens de quitter l'UE, ce qui compliquera au final leurs exportations vers tous les autres pays européens. Contrairement à ce que pense Disraeli le Royaume Uni ne représente qu'une petite partie des exportations allemandes vers l'Europe.

  • Par alam - 12/10/2018 - 22:54 - Signaler un abus Brexit bon débarras

    Ne plus avoir ce cheval de Troie des intérêts américains en Europe sera salutaire.

  • Par gerint - 12/10/2018 - 23:20 - Signaler un abus Moi c’est le Frexit qui m’excite

    Mais c’est hélas mal parti

  • Par Benvoyons - 13/10/2018 - 16:01 - Signaler un abus Pourquoi Diable cet IRM anti UE ne fait que présenter la

    perte du coté de l'UE alors que l'UE a négocié avec le Canada et l'Amérique du Sud pour justement réduire ce problème. Mais il fait bien attention de ne pas parler des pertes UK qui seront considérables avec la perte du marché unique de l'UE. Car des Usines en UK vont fortement réduire leur voilure car leur marché directe se réduit. D'ailleurs certaines ont d'autres plateformes dans l'UE avec lesquelles ils peuvent après quelques mois de mise en place se repositionner sans gros problème.

  • Par ajm - 13/10/2018 - 16:42 - Signaler un abus Curieuse détestation.

    L'hystérie anti anglo-saxonne ( anti US et anti British, cheval de Troie du premier ) sur ce site est plus forte que l'anti germanisme. S'imaginer que les retraités Allemands, même un peu "augmentés" , vont acheter les Mercedes et les BMW à la place des acheteurs actuels fortunés d'un pays de 65 millions d'habitants qui est la résidence secondaire de nombreux habitants fortunés issus de pays du Commonwealth et d'ailleurs, est pour le moins très optimiste.

  • Par Beredan - 13/10/2018 - 19:50 - Signaler un abus Avis de tempête

    Barnier va se faire savonner les oreilles ....

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Disraeli Scanner

Benjamin Disraeli (1804-1881), fondateur du parti conservateur britannique moderne, a été Premier Ministre de Sa Majesté en 1868 puis entre 1874 et 1880.  Aussi avons-nous été quelque peu surpris de recevoir, depuis quelques semaines, des "lettres de Londres" signées par un homonyme du grand homme d'Etat.  L'intérêt des informations et des analyses a néanmoins convaincus  l'historien Edouard Husson de publier les textes reçus au moment où se dessine, en France et dans le monde, un nouveau clivage politique, entre "conservateurs" et "libéraux". Peut être suivi aussi sur @Disraeli1874

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