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Impôts : de l'importance d'évacuer l'obession égalitariste au profit d'un prisme davantage économique

L'impôt peut-il être juste ? Et peut-il être raisonnable ? La question de la justice fiscale agite la société quand les prélèvements fiscaux et sociaux deviennent si prégnants qu'ils peuvent menacer l'équilibre de la cité et la liberté des citoyens. Mais il ne sert à rien de contester l'importance des charges publiques sans s'interroger sur les raisons qui ont conduit les États à enfler jusqu'à devenir parfois impotents. Extrait de "L'injustice fiscale ou l'abus de bien commun" de Jean-Philippe Delsol, publié aux éditions Desclée de Brouwer 2/2

Bonnes feuilles

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Impôts : de l'importance d'évacuer l'obession égalitariste au profit d'un prisme davantage économique

Bien sûr, il ne s’agit pas de nier les écarts qui existent entre riches et pauvres et l’évolution de tels écarts. À cet égard d’ailleurs, les données recueillies par Piketty sont utiles et intéressantes quand elles ne sont pas tronquées. Mais la question est mal posée parce qu’elle est traduite à des fins partisanes, formulée au travers du prisme d’une obsession égalitariste qui n’a rien à voir avec la science économique. Certes, de trop grands écarts de revenus et de fortune peuvent déstabiliser une société, créer des crispations, des incompréhensions allant parfois jusqu’à la rupture.

Certes, la richesse de certains peut être insupportable, vaniteuse, suffisante. Il s’agit moins pourtant de savoir si les écarts sont moralement justifiés ou non, même si une telle question pourrait avoir sa pertinence, que de s’interroger sur l’effet de tels écarts et sur leur impact dans les relations économiques et sociales. 

Or l’histoire montre que dans les sociétés libres et où l’état de droit est respecté, les écarts de fortunes ne s’accroissent pas à l’infini et sont contributeurs d’une croissance plus grande au profit de tous :

• Là où la concurrence joue de manière transparente et spontanée, les entreprises ne peuvent se développer que sous la pression du marché et dans la limite des prix que les compétiteurs sont capables d’offrir. L’initiative de Free en matière de téléphonie mobile a fait baisser tous les prix de ses concurrents… et leurs profits… au profit de tous les consommateurs.

• Là où les marchés financiers sont évolutifs et complexes, les rentiers incapables disparaissent vite de l’écran. Même les placements en bons d’État sont désormais dangereux et il faut être un veilleur vigilant et perspicace pour faire fructifier un patrimoine.

• Là où l’État n’entretient pas artificiellement en vie des entreprises moribondes, n’institue pas des privilèges inutiles et grassement payés, ne peuvent continue de s’enrichir que ceux qui créent des produits ou des services que les consommateurs achètent librement.

• Là où n’existent pas de filets anormalement protecteurs pour les fainéants et autres profiteurs, ceux qui ne travaillent pas ne mangent pas non plus comme le disait déjà saint Paul.

C’est ailleurs, dans les sociétés collectivisées, là où les administrations se sont appropriées la richesse, que celle-ci s’accumule au profit des donneurs de coups de tampons, de ceux dont l’autorisation incongrue est requise et qu’ils monnayent sans vergogne. Elle s’amasse aussi dans ces pays satellites et soutenus par quelques puissances qui y déversent des milliards captés par le filtre des puissances locales et vaniteuses autant que serviles.

Oui, Piketty a raison de penser que des écarts trop importants et injustifiés peuvent être générateurs de déchirures sociales. Mais lorsque la richesse est le fruit du travail, de l’innovation, du service offert sur un marché libre, et lorsque les capitaux accumulés ne peuvent plus guère survivre à ceux qui sont capables de les générer ou de les conserver dans l’intérêt commun, l’argent a moins de risques de susciter la révolution. C’est là où les écarts de fortunes et de revenus sont indus, là où ils sont le produit de régimes politiques pervertis, mafieux, collectivistes… qu’ils sont insupportables. C’est ce que note par exemple Jia Zhangke, le réalisateur du film A touch of sin :

 
Commentaires

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  • Par Gustave - 14/02/2016 - 20:15 - Signaler un abus Quel intérêt

    La suppression de la totalité du salaire de Carlos Ghosne permettrait d'augmenter chaque salarié de Renault de 10€ par mois et ferait perdre des millions d'impôts à l'état.

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Jean-Philippe Delsol

Jean-Philippe Delsol est avocat fiscaliste et Président de l'IREF (Institut de recherches économiques et sociales).

Son dernier ouvrage : L’injustice fiscale ou l’abus de bien commun (publié en février 2016 chez Desclée de Brouwer)

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