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Impossible changement en République Démocratique du Congo ? De la crise institutionnelle de 2016 à l’impasse politique en 2018

En République Démocratique du Congo, le climat politique, économique, social et sécuritaire se dégrade. La contestation s’amplifie. Chronique d’une chute annoncée.

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Impossible changement en République Démocratique du Congo ?  De la crise institutionnelle de 2016 à l’impasse politique en 2018

Au cœur de l’Afrique Centrale, la République Démocratique du Congo (RD Congo) a une superficie quatre fois et demie la France, 80 millions d’habitants, d’énormes ressources naturelles (cuivre, coltan, diamant, or, cobalt, une grande étendue de forêt en fait le deuxième poumon du monde et le coffre-fort hydro-énergétique de l’Afrique). Avec le soutien des pays voisins, le jeune président Joseph Kabila Kabange prit le pouvoir en 2001 après l’assassinat de son père Laurent Désiré Kabila. Une Constitution taillée sur mesure, le soutien de la Communauté internationale et des élections contestées marquées de violences lui ont permis de conserver le pouvoir en 2006 et en 2011.

A la fin de son dernier mandat, le pays est retourné au Moyen-Âge, mais Kabila réussit à se maintenir au pouvoir grâce aux habiles manœuvres juridiques et politiques : c’est le glissement. Dès lors, commence une crise politique qui s’est muée en pourrissement constitutionnel. Le climat politique, économique, social et sécuritaire du pays se dégrade. La contestation s’amplifie. Comment on en est arrivé là ? Chronique d’une chute annoncée. 

Retour au Moyen-Âge et glissement

Lorsqu’en 1997, Laurent Désiré Kabila avec l’aide du Rwanda et de l’Ouganda chassa le dictateur Mobutu au pouvoir depuis 32 ans, le pays connaissait une mauvaise situation politique, économique et sociale due à une mauvaise gestion. Vingt ans après, la pauvretés’est aggravée, l’indice de développement humain est un des plus bas du monde (176e sur 188), l’espérance de vie a chuté à 59 ans, toutes les infrastructures sont dégradées, le taux de croissance économique est en berne (2,8 % en 2017), l’insécurité s’est généralisée. La dictature est implacable. L’ensemble du pays est retourné au Moyen-Age. Les terribles inondations qui ont fait une quarantaine de morts à Kinshasa dans la nuit du 3 au 4janvier 2018 sont un signe tangible de l’absence totale d’une politique urbanistique. L'intelligentsia congolaise qui a profité des mannes du régime de Joseph Kabila. La fortune de la famille présidentielle est estimée par le rapport Bloomberg 2017 à 15 milliards de dollars. La corruption gangrène la classe politique. Les pays voisins (notamment l’Ouganda et le Rwanda…) profitent de la faiblesse de l’armée congolaise pour piller les richesses de l’est du pays sous la barbe des 18.316 Casques bleus de la Mission de l’ONU pour la stabilisation en RD Congo (Monusco)1. Sur le plan politique, la dictature est implacable. Le Président Kabila a réussi à contourner la Constitution qui l’empêche de briguer un troisième mandant. D’abord par une décision de la Cour constitutionnelle2. Puis par l’Accord de la Saint Sylvestre 2016 signé entre la Majorité présidentielle et l’opposition sous l’égide de la Conférence Episcopale du Congo (CENCO) qui prévoyait des élections en 2017. Or la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) a publié sous la pression internationale, un calendrier pour des élections hypothétiques le 23 décembre 2018. D’où colère de l’Opposition et de l’Episcopat : c’est le début d’une crise protéiforme, dont l’impasse en 2018 semble hélas se confirmer.

 
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Roger N'Gbama

Roger N’Gbama est chercheur, responsable du groupe Afrique Subsaharienne, Afrique Centrale, Région des Grands Lacs de l’Institut prospective et sécurité en Europe (IPSE).

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