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Impopularité : pourquoi Emmanuel Macron devrait vraiment s’alerter des inquiétantes confidences faites par les Français aux sondeurs

Emmanuel Macron poursuit sa chute dans les sondages en cette rentrée chargée sur le plan politique. Le chef de l'Etat ferait bien de prêter attention aux réelles préoccupations des citoyens s'il souhaite retrouver la confiance des électeurs.

Sondages en berne

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Impopularité : pourquoi Emmanuel Macron devrait vraiment s’alerter des inquiétantes confidences faites par les Français aux sondeurs

 Crédit FRED DUFOUR / AFP

La dernière livraison de l’enquête mensuelle BVA RTL pour La Tribune et Orange a de quoi inquiéter Emmanuel Macron : une certaine rupture avec l’opinion semble bien commencer à se manifester.  L’analyse des questions ouvertes sur l’image du Président envoie en effet des signaux de plus en plus forts d’une évolution. Les tendances que nous observions avant les vacances d’été s’accentuent : le vocabulaire et le répertoire des mots utilisés par ceux et celles qui émettent des jugements positifs sur Emmanuel Macron se concentre autour de l’image des promesses de réformes qui sont tenues ; les thèmes du charisme et de la stature présidentielle sont toujours là, mais moins appuyés.

Mais c’est du côté des jugements négatifs que quelque chose de sérieux se passe. Si les verbatim négatifs sont toujours dominés par le thème du « président des riches » et ses diverses expressions, le vocabulaire et les thèmes abordés dans les jugements négatifs gagnent en diversité et en intensité : il est régulièrement reproché au Président sa proximité avec les milieux économiques, parfois même avec les « lobbies ».
 
Plus inquiétant pour l’image présidentielle : par rapport aux verbatim que nous analysions avant l’été, apparait plus nettement ce qui commence à ressembler à un « rejet » dans certaines franges de l’opinion. Cette forme de « rejet » s’exprime au moins autant sur les orientations politiques et économiques qu’il représente que sur son style présidentiel et ce qu’il incarne aux yeux de certains segments de l’électorat. Un florilège d’expressions issues des verbatim négatifs en donne la mesure : « un autocrate », « hâbleur satisfait », « frimeur, beau parleur, du vent en somme », « persuadé que lui seul détient la vérité », « orgueilleux méprisant », « imbu de sa personne, il se prend pour un roi », « menteur, insolent », « c’est un personnage ignoble : il suffit de voir ce qu’il fait subir aux retraités », il « ne respecte pas ceux qui ont travaillé toute leur vie » et même « ressemble beaucoup à Erdogan et Poutine ». On peut dire que certains n’y vont plus avec le dos de la cuillère… !
 
Une retraitée, qui a voté François Fillon puis Marine Le Pen lors de la présidentielle, va même jusqu’à exprimer son aversion anti-Macron en parlant d’un « psychopathe narcissique très dangereux pour la France et les Français »…. Cet exemple ne restreint pas la focale au seul électorat de Marine Le Pen ; c’est à présent dans de nombreuses couches de l’électorat que la contagion a pris. Derrière l’acrimonie des jugements négatifs se cache, pour la première fois exprimée régulièrement, de la déception. Une électrice qui se déclare proche de la France Insoumise mais qui a voté pour le chef de l’Etat aux deux tours de la présidentielle le dit avec des mots qui en disent long : « Je me rends compte de plus, que quoi qu’il en dise, il appartient à l’ancien monde  avec ses magouilles, ce sentiment d’être au-dessus des lois et de ne rendre de comptes à personne : [c’est une] politique qui continue de privilégier les copains, [le] libéralisme à tout prix qui casse les plus pauvres ».
 
Ainsi, contrairement à ce que l’on aurait pu croire, « l’affaire Benalla » n’a pas disparu des radars : elle continue d’être citée comme le symptôme d’une dérive « monarchiste ». Les données ne montrent pas tant un « effet Benalla » direct sur les opinions négatives qu’un effet indirect qui a inoculé un poison lent : la normalisation, la banalisation d’Emmanuel Macron aux yeux de ceux qui sans doute ne l’aimaient déjà pas beaucoup mais aussi aux yeux de ceux qui attendaient de voir. Cet épisode lui a fait mettre un pied dans « l’ancien monde », une sorte de machine à remonter le temps. La tâche semble indélébile car « l’affaire » a donné l’impulsion qui désormais va guider l’interprétation de tout acte ou attitude d’Emmanuel Macron laissant penser qu’il protège, couvre, récompense des proches.
 
Pour Emmanuel Macron, il semble loin le temps euphorique des débuts et des images iconiques du jeune modernisateur à qui rien ne résiste ! Mais il lui reste une carte essentielle : son socle de soutiens s’est rétréci mais au sein de son cœur d’électorat le doute n’a pas encore profondément pénétré. La tâche du doute, de l’impatience devant les résultats qui tardent, de la déception voire du rejet, ne demande néanmoins qu’à s’insinuer dans les interstices des lignes de clivages qui attendent leur heure pour refaire surface. Dans les profondeurs, en eaux troubles, dorment d’un seul œil et d’un faux sommeil, les grands reptiles et les créatures que l’élection de 2017 pense avoir terrassés.
 
Commentaires

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  • Par A M A - 08/09/2018 - 12:59 - Signaler un abus Chute de Macron… Faut-il s

    Chute de Macron… Faut-il s'attendre à un "printemps" français?

  • Par Liberdom - 08/09/2018 - 13:13 - Signaler un abus Chapeau l'accent !

    "La tâche semble indélébile " et "La tâche du doute". Voilà deux taches dans l'article qui portent des chapeaux qui tuent leur sens profond. On s'attendait à plus de rigueur de la part d'un Science Potomane.

  • Par vangog - 08/09/2018 - 13:33 - Signaler un abus En tant que « grand reptile d’eau trouble »...

    Car je suppose que Bruno Cautrès, science pipologue et CNRS biberonné au très vieux marxisme fait allusion aux patriotes RN, je dois écrire que , dès le début, nous avions vu à qui nous avions affaire : un mauvais saltimbanque joueur de bonneteau, un maquignon tricheur qui endort son auditoire avec des mots et des idées creuses , un crieur de marche qui cherche à brader ses produits périmés, avant d’aller plumer les gogos du prochain village...le problème des gogos, c’est qu’apres avoir succombé à la naïveté, et après s'être affranchis de leur pervers narcissique Macrouille, ils peuvent devenir très méchants""’

  • Par assougoudrel - 08/09/2018 - 14:34 - Signaler un abus Macron est un pâtissier qui a vendu

    à ces client des éclairs et des choux, sauf qu'à la place de la crème, il a mis de la moutarde; plus personne ne retournera chez lui. C'est un voleur, un racketteur, un vil personnage qui ne mérite que le mépris. Il est comme Ordogan, mais il n'arrive pas à la cheville de Poutine. Une vache a plus de couilles que lui.

  • Par Pharamond - 08/09/2018 - 15:38 - Signaler un abus Chassez le naturel...

    Les Présidents changent,mais l'attitude de persiflage,de "moi je sais mieux que...",bref, les "dissensions pathologiques des français",comme le disait Georges Pompidou, se confirme sur le temps,long. Le plus amusant, d'un certain point de vue,est l'opinion exprimée sur ce qui touche à l'économie. Comme le rappelait après bien d'autres, un article du figaro du 7/08/18 "entre les français et l'économie,c'est l'incompréhension;85% des français n'ont pas bénéficié d'une éducation budgétaire et financière".Ce qui est critiquable,ce n'est pas la méconnaissance,c'est de réagir comme si.

  • Par Pharamond - 08/09/2018 - 15:47 - Signaler un abus Chassez le naturel...

    Lire :se confirment au lieu de "se confirme"

  • Par J'accuse - 08/09/2018 - 16:00 - Signaler un abus Macron idéologiquement plus bas qu'Hollande

    Si les pro-Macron attendent des résultats (chômage, pouvoir d'achat, sécurité) pour le rester, il va bientôt se sentir très seul. Qui voudra demeurer macronien quand le macronisme aura fait la preuve de son inanité ? Le socialisme existe avec ou sans Hollande, mais le macronisme n'existe pas avec un Macron inefficace, en plus d'être odieux.

  • Par Liberte5 - 08/09/2018 - 19:49 - Signaler un abus Malgrè des médias qui continuent à le défendre bec et ongle...

    Le phénomène Macron s'est vite usé. Tout simplement parce que derrière les apparences , c'est le vide, le vent. Non seulement il ne règle rien , mais il va continuer à détruire le peu qui reste de la France.

  • Par zen-gzr-28 - 08/09/2018 - 23:22 - Signaler un abus Difficile de dissocier son adolescence

    marquée fortement par Brigitte. Ce jeune garçon n'a pu se construire...normalement. Personne jusque là ne l'a aidé pour s'épanouir en dehors de ce contexte pour le moins traumatisant. A t-elle vraiment été une chance pour lui ? La question mérite d'être posée ?

  • Par Olivier62 - 08/09/2018 - 23:42 - Signaler un abus Une bulle de savon après l'autre ?

    De toute façon, même si Macron, à l'instar de Hollande, est trop usé en 2022 pour se représenter, ce qui me paraît probable, le système sortira de son chapeau un autre zozo qu'on présentera comme un "homme nouveau", incarnant "l'espoir et le changement", etc... Le con moyen, une fois de plus, n'y verra que du feu et votera comme le lui disent la TV et les médias. Quelque soit l'homme, c'est toujours la même politique qui est faite, et les mêmes intérêts qu'on défend.

  • Par essentimo - 10/09/2018 - 07:15 - Signaler un abus Mais

    il a pris le temps d'aller au Stade de France voir le match. Personne ne lui a dit qu'il existait la télévision ?

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Bruno Cautrès

Bruno Cautrès est chercheur CNRS et a rejoint le CEVIPOF en janvier 2006. Ses recherches portent sur l’analyse des comportements et des attitudes politiques. Au cours des années récentes, il a participé à différentes recherches françaises ou européennes portant sur la participation politique, le vote et les élections (Panel électoral français de 2002 et Panel électoral français de 2007, Baromètre politique français). Il a développé d’autres directions de recherche mettant en évidence les clivages sociaux et politiques liés à l’Europe et à l’intégration européenne dans les électorats et les opinions publiques.  En 2014 il a publié Les européens aiment-ils (toujours) l'Europe ? aux éditions de La Documentation Française.

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