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Cette minuscule méduse qui montre que les hommes pourraient un jour être immortels

Avant de rêver d’immortalité, pourquoi ne pas penser d’abord à "réussir son vieillissement" ? C’est ce que suggère le docteur Christophe de Jaeger. Extraits de "Nous ne sommes plus faits pour vieillir" (1/2).

Longue vie à vous !

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Lorsque l’on évoque la longévité, on pense immédiatement à sa limite extrême. Pour l’homme, par exemple, on évoque 125 ans. Et immédiatement après, on égrène la liste de toutes les espérances de vie des différentes espèces animales ou végétales, dont voici quelques exemples : souris (1- 3 ans), hamster (2- 4 ans), grenouille (5 ans), lapin (6- 8 ans), renard (8- 10 ans), chien (10- 20 ans), mouton (10 ans), canard (12- 15 ans), chat (15- 20 ans), carpe (20- 50 ans), chimpanzé (20- 35 ans), cheval (25-30 ans), perroquet (35- 60 ans), lion (40 ans), brochet (55 ans), corbeau (60 ans), termite (60 ans), éléphant (70 ans), esturgeon (70 ans), baleine (90 ans), tortue géante (150 ans).

Le règne végétal est riche en longévités extraordinaires : aubépine (1 600 ans), baobab (5 000 ans), cyprès chauve (6 000 ans), if (2 800 ans).

Il existe dans la nature de nombreux exemples d’immortalité. Prenons une petite méduse étonnante dénommée Turritopsis nutricula qui mesure moins de 5 mm et nous vient de la mer des Caraïbes. Cette méduse peut vieillir et rajeunir en inversant son processus de vieillissement. Elle peut donc (théoriquement) indéfiniment vieillir, atteindre sa maturité sexuelle et revenir à sa forme juvénile. Il s’agit d’une trans-différenciation. Cette découverte est passionnante car elle remet en cause le dogme absolu de la mortalité du vivant : « tout ce qui est vivant meurt » ! Immortelle ne veut pas dire éternelle. L’immortalité biologique peut prendre fin brutalement avec la rencontre d’un prédateur ou la survenue d’un accident. L’immortalisation cellulaire est un terme utilisé en biologie cellulaire, qui consiste à « transformer» une culture de cellules par l’adjonction d’un agent oncogène1, afin d’établir une lignée cellulaire au potentiel de divisions cellulaires illimité, c’est- à-dire échappant à la sénescence cellulaire normale. Ce processus de dérèglement du cycle cellulaire est proche de la tumorigenèse que l’on retrouve pour certains cancers.

J’évoque ici rapidement la notion de « vieillissement réussi » ou vieillissement sans handicap. Il s’agit d’une notion propre aux médecins gériatres. On considère que vieillir et mourir sans handicap majeur, en restant autonome le plus longtemps possible, est le modèle du vieillissement réussi. C’est en fait le maximum auquel puisse tendre la médecine, ce qui en soi est déjà bien, mais bien loin des ambitions de la physiologie de la longévité.

Certains auteurs pensent que l’immortalité est à nos portes grâce à l’avènement futur de nouvelles technologies impliquant la génétique et les nanotechnologies. La génétique pourra à terme, lorsqu’elle sera capable de modifier en toute sécurité notre génome par des méthodes de thérapie génique, contribuer à l’amélioration de notre fonctionnement physiologique. Peut- être même corriger les défauts initiaux de notre fonctionnement et permettre ainsi à l’organisme de se réparer parfaitement. Mais l’échéance est à long terme et nous vivons à court terme. Il est donc indispensable d’appliquer dès aujourd’hui les méthodes d’optimisations physiologiques nécessaires au maintien de nos capacités fonctionnelles le plus longtemps possible. Il ne faut donc pas sacrifier notre présent et notre avenir proche, sur des promesses futures… et incertaines dans le temps et dans leur réalisation.

Au- delà de l’augmentation de la longévité existe également un autre chapitre important et qui y contribue : la réparation du corps. Remplacer des parties lésées de notre organisme par de nouveaux organes biologiquement parfaitement compatibles (pas de rejet possible, pas de traitement anti-rejet) permettra de contribuer à cet objectif de longévité en parfaite santé. Les cellules souches, l’ingénierie histologique (cultures de tissus), sont autant de pistes prometteuses. On imagine très bien un patient victime d’une cirrhose (destruction du foie) due à une infection virale (hépatite B ou C) ou à une intoxication alcoolique, qui va pouvoir bénéficier d’une transplantation d’un nouveau foie parfaitement compatible et sain, issu de culture de tissu provenant du patient. Ce patient pourra alors repartir dans sa quête de grande longévité sans avoir les désagréments d’un traitement lourd anti-rejet de greffe. La médecine régénérative est une partie intégrante de la médecine de la longévité.

En cas de pathologie, les nanotechnologies pourront supplanter la chirurgie. Imaginez, vous pourriez dormir chez vous et, en même temps, être opéré par de multiples petits robots microscopiques qui viendraient détruire une tumeur. Pas de choc opératoire, pas d’hospitalisation… un nouveau monde, mais pas pour aujourd’hui. Il faut donc tenir jusqu’au moment où ces promesses pourront entrer dans notre quotidien. Optimiser notre fonctionnement physiologique, quel que soit notre âge, gérer de façon personnalisée et intelligente son capital santé, c’est déjà un très ambitieux programme. Passage obligé aujourd’hui pour pouvoir, demain, bénéficier des atouts des thérapies géniques.

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Extrait de "Nous ne sommes plus faits pour vieillir" aux éditions Grasset (9 mai 2012)

 
Commentaires

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  • Par flogo - 02/08/2012 - 09:39 - Signaler un abus RAPPELEZ-MOI ...

    Combien d'êtres humains la terre peut aujourd'hui et demain pourrait nourrir ?

  • Par carredas - 02/08/2012 - 11:03 - Signaler un abus Déjà...

    il faut rappeler à ce médecin que depuis l'arrivée des socialistes au pouvoir les Hommes ne vieillissent plus, ils "avancent en âge"... nuance ! Ensuite, je n'arrive pas à comprendre comment un scientifique peut considérer l'augmentation significative de la longévité de l'espèce humaine comme une bonne nouvelle... Comme le dit Flogo, combien de milliards sommes nous aujourd'hui ? combien de milliards pourront vivre ensemble et partager les richesses naturelles ? de quoi les Hommes vivront-ils s'ils considèrent que de 60 à 120 ans ils n'ont plus à contribuer à la vie commune ? combien pourront bénéficier de la greffe d'un nouveau foie après avoir détruit le leur à force d'alcool et combien n'y auront pas accès ? Vieillir sans handicap majeur et en restant autonome, voilà une perspective acceptable mais seulement si l'autonomie s'accompagne d'une activité car sinon, qui va prendre la charge financière de tous ces inactifs qui ne meurent plus...?? Certes, on peut toujours imaginer que la rencontre inopportune de la Terre et d'une météorite peut apporter une solution à la surpopulation humaine et laisser place à une autre espèce dominante mais sinon...?

  • Par loph - 02/08/2012 - 17:27 - Signaler un abus @ de JAEGER, 1

    La mort représente-t-elle un danger, ou une finalité ? À mes yeux, une finalité. Et la remettre en cause, sous couvert de confort ("nous ne sommes plus fait pour vieillir") pose de multiples questions, que je ne désire pas détailler. Attendu que chacun aura sa propre vision des choses, ça risque de dégénérer au-delà de ce que nous connaissons aujourd’hui avec les troubles actuels, économiques, militaires, énergétiques, vitaux, démographiques, et touchant finalement les équilibres de fond, environnementaux par exemple. Avivant alors les polémiques sur les droits et les devoirs, comme toujours, mais cette fois-ci avec l’attraction qu’exerce le pouvoir de l’immortalité, on ne sortira plus des interrogations et des équilibrages que tout cela nécessitera. Est-ce vraiment le but de la manœuvre ?

  • Par loph - 02/08/2012 - 17:29 - Signaler un abus @ de JAEGER, 2

    Si déjà le Dalaï Lama prend parti, où cela conduira-t-il quand d’autres plénipotentiaires religieux (par exemple) feront main basse sur ce sujet ? Je considère pour ma part que vivre est intimement associé à vieillir puis à mourir, ce que j’accepte bien volontiers, bien content de mon extraction, et d’en user pour le temps qui m’est donné. Déontologiquement parlant, sortir du cadre régulant la plupart des existences relève à mes yeux de l’introduction d’un déséquilibre au sein du réel ou d’un rééquilibrage créé à dessein, avec des effets aussi tangibles que les avancées pharmaceutiques ou technologiques et industrielles. Si la méduse a telle configuration, c’est qu’elle a évolué naturellement à ce stade. Ou bien a-t-elle bénéficié d’un docteur pour y parvenir ? Et sa capacité affecte-t-elle le reste de l’environnement comme par exemple nos émissions polluantes ? Ça m’étonnerait.

  • Par loph - 02/08/2012 - 17:35 - Signaler un abus @ de JAEGER, 3

    Ni religieux, ni utopiste, je ne m’en pose pas moins des questions sur le principe ayant aboutit à l’univers visible. Mais conscient aussi de la place que j’y tiens, ça m’aide à relativiser, et à me faire accepter la réalité de ma condition temporaire, chose qu’apparemment ce docteur a perdu de vue, peut-être dans le feu de l’action ? Au revoir donc M. de JAEGER, je vous laisse à vos recherches qui, je l’espère, ne viendront pas plus compliquer notre rapport à la vie, et à l’équilibre fluctuant qui réside en toute chose, de la plus petite particule, jusqu’aux étoiles géantes. Éphémèrement vôtre, puisqu’à vue de nez, il me reste au plus une cinquantaine d’année à vivre, si toutefois les conditions naturelles me le permettent. Et bon vent à la vie ! Si minuscule au sein de l'univers, sous la forme que nous lui connaissons, et pourtant là.

  • Par decheval - 02/08/2012 - 21:09 - Signaler un abus ...

    Immortels, c'est vite dit. Serions-nous les mêmes à 50 et 250 ans ? à 250 et 2250 ans ? Déjà que l'on change beaucoup en quelques décennies, je ne pense pas que nous puissions être réellement immortels, autrement qu'en parlant d'une certaine sorte de continuité biologique ; mais la reproduction fait ça très bien aussi. De plus, comme dit dans les commentaires, ce désir d'immortalité pourrait finalement être très nuisible pour l'espèce. On pourrait supprimer la reproduction pour y remédier, d'autant que ce serait devenu inutile. Le problème est de savoir si la vie serait encore intéressante...

  • Par texarkana - 03/08/2012 - 13:01 - Signaler un abus L'Humanité veut vaincre le spatio-temporel

    Recherches pour prolonger la vie, cryogénisation des corps, conquête de l'espace, croyance positiviste en la salvation par les progrés indéfinis de la technologie (on n'ose plus dire la science)l'Hubris de l'Humanité de nos jours ne connaît aucune borne, mais je réponds aux apprentis sorciers, attention bientôt le Peak Oil!

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Christophe de Jaeger

Le docteur Christophe de Jaeger est médecin physiologiste, professeur de physiologie médicale, directeur du département de physiologie de la longévité (IDJ – Paris).

Il est l'auteur de "Nous ne sommes plus faits pour vieillir" aux éditions Grasset.

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