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L’immobilisme, c'est maintenant : Hollande veut-il vraiment recueillir l'héritage Chirac ?

Ce lundi, Jacques Chirac a commenté son entretien en Corrèze avec François Hollande avec ces mots : « très bien, très amicalement ». Pendant la campagne présidentielle, il avait provoqué la surprise générale en déclarant qu'il voterait pour M. Hollande. Issu d’une famille laïque, un temps militant au parti communiste, quelle est la vraie couleur politique de Jacques Chirac ?

Samouraï de Corrèze

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Chirac a certes signé l'appel de Stockholm pour la paix dans le monde et aurait vendu L'Humanité quand il avait dix-neuf ans. Cela ressort plus du vieux proverbe légèrement réac et assez daté : "ne pas être communiste à vingt ans, c'est n'avoir pas de coeur, le rester à quarante, c'est n'avoir pas de tête." Jacques Chirac, si l'on examine son fascinant parcours, s'est montré l'idéologue le plus accompli du pragmatisme à géométrie variable. Il s'est très tôt forgé une réputation méritée de serreur de louches et de culs des vaches, d'amateur de bonne chère et de bonne chair, de Français comme on les aime en politique depuis la IIIème République, voguant sans coup férir de salons de l'agriculture en têtes de veau ravigotes. Mais cela, c'est le décor ; bien avant Hollande, il a su que l'ENA était soluble en Corrèze et que son appartenance à l'élite de la République n'allait jamais, chez lui, empêcher le contact populaire, contrairement à Giscard qui n'arriva jamais à se dépêtrer de d'Estaing.

Mais l'essentiel demeure que chez celui que l'on baptisa dès 1971 de "samouraï de Corrèze" qui fit ses classes chez Georges Pompidou et pour qui Marie-France Garaud et Pierre Juillet, ainsi que pour un temps Charles Pasqua, furent des mentors absolus, l'ambition fût la raison de vivre. Grandi dans le sérail du pouvoir, ses précepteurs s'aperçurent très vite de ses capacités de tueur et surent en user sans modération. Liquider Chaban au profit de Giscard, balayer Giscard au profit de Mitterrand, sans compter quelques autres petits meurtres entre amis : voilà qui montre les qualités d'un guerrier bien appliqué sur la route du pouvoir. Il sut, avec l'aide inconditionnelle de Bernadette, sa statue du Commandeur qui a tout accepté et tout géré, se débarrasser de Juillet et Garaud quand ceux-ci eurent suffisamment servi, et de Charles Pasqua - qui pensait qu'en 1981 Mitterrand n'allait pas durer deux ans - quand celui-ci eut des velléités vaguement présidentielles. 

C'est là que l'on voit les changements d'époque, eu égard aux compagnes des grands fauves de la politique. Du temps de Jacques Chirac, il n'était pas question de divorcer, jamais. Et ni Bernadette, ni Marie-France Garaud, ni aucune autre, ne se serait permis d'émettre même publiquement la moitié du quart de ce que Valérie Trierweiler "twitta" sur La Rochelle. De Madame Chirac à Madame Bruni-Sarkozy, du point de vue du comportement des femmes, il y a beaucoup plus que deux générations d'écart...

Pour Chirac, les notions de gauche et de droite furent beaucoup plus instrumentales qu'idéologiques. Il eut toujours le courage de ne prendre que des mesures populaires et dès que la foule grondait, remettait illico les réformes à demain ou après-demain. Il put ainsi faire semblant de régner pendant douze ans sans fâcher trop de monde, ni heurter qui que ce soit. Comme tous les praticiens de la realpolitik, il sut faire ami-ami avec les dictateurs, fut l'un des meilleurs VRP des produits français à travers le monde, sans pour cela jamais céder, à l'intérieur, sur le racisme et l'anti-sémitisme. Chirac entre 1995 et 2007 ? Un président normal. Mais ce qui pouvait fonctionner il y a une décennie n'est peut-être plus la meilleure manière d'affronter les incendies qui viennent.

 
Commentaires

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  • Par Caroline - 25/07/2012 - 10:06 - Signaler un abus Oui

    De droite pourtant, je n'aime pas Jacques Chirac, un opportuniste. On lui doit l'arrivée de Mitterand en 81 et les coups bas derrrière Sarko en 2012. Un président pas courageux.

  • Par carredas - 25/07/2012 - 10:17 - Signaler un abus Hollande et Chirac

    Sans oublier que Jacques Chirac souffre d'une maladie sur laquelle personne ne s'étend trop mais qui l'a rendu incapable d'assister à son procès; lui faire commenter quelque évènement que ce soit paraît donc une forme de manipulation assez détestable ( cautionnée visiblement par une partie de l'entourage de l'ancien président ) A part un signe de plus d'un anti-sarkozysme qui devient obsessionnel, je ne vois pas quel bénéfice François Hollande espère retirer d'une proximité quelconque avec Jacques Chirac.

  • Par MONEO98 - 25/07/2012 - 11:27 - Signaler un abus le roi fainéant

    comme le surnommait sarkozy , est responsable avec l'UMP de nos problèmes actuels;le manque de courage politique,le refus de l'affrontement avec les syndicats , sa capacité à abandonner en rase campagne ses premiers ministres ,devant la foule ,qu'il considéra comme le Peuple ,son manque de vision du monde, ont réussi avec nous doter d'un Président "normal" qui semble décider à couler ses pas dans ceux son prédécesseur corrézien et avoir pour mission de couler définitivement notre pays Sarkozy ,en paroles s'est présenté comme l'antithèse de chirac .Dans la pratique il a continué trop souvent à faire comme Chirac( A quoi cela sert il de diminuer le nombre de fonctionnaires si la facture continue d'augmenter) on avait besoin d'un équivalent Thatcher .Raté....

  • Par etalors7 - 25/07/2012 - 12:10 - Signaler un abus chirac le pire président de toutes les républiques françaises

    Cet individu n'a strictement rien fait si ce n'est de la démagogie pendant tout le temps où il a été au pouvoir. Un extraordinaire cynique qui a surfé sur une opinion de droite en se conduisant en socialiste. Un traitre à son camp en faisant élire Mitterrand en 81 et en votant FH en 2012. Si nous en sommes là c'est clairement sa responsabilité: ce type n'a engagé aucune réforme structurelle dans ce pays pendant 12 ans et a contribué à l'immobilisme de la classe politique française durant 30 ans.

  • Par mai2012 - 25/07/2012 - 13:54 - Signaler un abus Mise en scène

    La visite de Hollande à Chirac n'est qu'une mise en scène de plus et, encore une fois, un signe de son antisarkozysme obsessionnel comme le dit bien Carredas. On voit mal Chirac refuser une visite à Hollande si ce dernier la lui demande. Et lui faire dire qu'elle s'est bien passée, pourquoi pas, sachant qu'il est, en regard de sa maladie, complètement à l'ouest et que son jugement doit être on ne peut plus altéré. Mais, en même temps, on le voit mal dire que cette visite s'est terminée à coups de poings. C'est vraiment du grand n'importe quoi. Hollande est un mauvais mais un malin (peut-être ?). Attendons la suite.

  • Par Nico Attal - 25/07/2012 - 14:20 - Signaler un abus L'ouverture selon Hollande

    Chirac c'est toute "l'ouverture" de notre président sectaire. Autant dire une ouverture sur le vide...

  • Par AntiDemago - 25/07/2012 - 15:18 - Signaler un abus 56% du PIB engloutis par le Public, c'est le socialisme.

    Si 56% du PIB est englouti par la sphère publique, c'est que la France est un pays socialiste depuis bien longtemps et que Chirac en est un des principaux responsables. Donc Chirac est de gauche. Electeur de Nicolas SARKOZY pour sa réelle compétence, je suis paradoxalement content que hollande soit élu (avec 39% de votes exprimés dont une masse importante d'électeurs de confession musulmane et non de culture française et républicaine). Dans la forme, il a eu tout faux; un chef doit être au-dessus de la mêlée pour piloter, avec une vision d'ensemble et non la tête dans le guidon ! Il y a un prix à payer avant de revenir barre à Droite. La réserve "de Droite" donnera à la prochaine occasion. Les pantins démagos au pouvoir aujourd'hui sont de passage.

  • Par xenophon - 25/07/2012 - 15:46 - Signaler un abus Malin, le bougre

    Chirac a su arriver au pouvoir et le garder. Il n' a rien gouverné et son attitude a été subtilement délétère: on lui doit par exemple la "repentance" qui nous oblige a regarder le monde moderne avec le prisme d' une culpabilité historiquement honteuse alors que les changements en cours devraient nous obliger à nous projeter dans l' avenir, peut-être pour rester dans la course et survivre

  • Par MichelCollin - 25/07/2012 - 17:57 - Signaler un abus Regardez-vous

    Les mêmes qui, ici, se moquent du pseudo-ralliement de Hollande à Chirac sont aussi ceux qui, avant de voter Sarkozy en 2007, on voté Chirac en 2002… N'est-ce pas Mr Bercoff ? Je n'aime pas l'immobilisme et, de ce point de vue, le "règne" de Chirac aura été une catastrophe. mais, à choisir, je préfère encore cette "catastrophe" au "cataclysme sarkozy" dont vous fûtes un chantre, Mr Bercoff…

  • Par Nico Attal - 25/07/2012 - 19:18 - Signaler un abus Jacquot, dresseur de roquets

    Le grand mérite de Jacques Chirac est d'avoir barré la route à Jospin et à Le Pen. Avec lui, la France n'a pas beaucoup avancé mais elle n'a pas non plus reculé; il a tenu sur l'essentiel. Hollande, qui le cite à tort et à travers, pourrait méditer sur ce point.

  • Par mike710 - 25/07/2012 - 21:01 - Signaler un abus Et si Chirac était la cause de nos maux ?

    Perso je pense que Chirac a contribué à mettre la France à genoux ! Après avoir été 2 ans 1er ministre de Giscard (1974/1976) il a claqué la porte car la politique du Président Giscard ne lui plaisait pas ! Puis il a permis à Mitterand d'être élu président en faisant battre Giscard (comme avec Sarko) ce qui nous a valu 14 ans d'immobilisme de gauche et un endettement qui a commencé en 1981 (nous avions subi 2 chocs pétroliers en 1973 et 1977 ce qui avait obligé Giscard et Barre a instaurer la rigueur budgétaire). Nous avons eu aussi des cohabitations... génial ! Puis Chirac est enfin parvenu à se faire élire président et nous avons eu droit de nouveau à 12 ans d'immobilisme avec des cohabitations... Enfin nous avons eu Sarko et manque de bol la crise de 2008 (qui n'est pas terminée) est arrivée et de nouveau notre Chirac qui se permet de dire aux médias qui voterait Hollande (le même truc qu'en 81 contre Giscard). Je pense qu'un jour l'histoire retiendra que si Chirac n'avait pas existé et visé plus ses intérêts personnels que ceux de la France nous aurions connu une autre situation plus à l'image de notre pays.

  • Par Decebal - 26/07/2012 - 03:32 - Signaler un abus CHIRAC MITTERAND INTERCHANGEABLE

    A l'époque on pensait voter pour un homme de droite, mais comme TONTON il n'etait ni de droite ni de gauche mais pour lui même Et il est aussi un des attisants du déclin de ce pays. Et avec F.H Ce pays continu son irrésistible déclin. une fois sous cloche les Chinois viendront visiter les derniers Gaulois qui résisterons encore dans qqs iles Bretonne.

  • Par carredas - 26/07/2012 - 07:39 - Signaler un abus Regardez le...

    Franchement MichelCollin, qu'y a-t-il d'extraordinaire à ce que les électeurs de droite qui ont voté pour Jacques Chirac en 2002 ( sans parler du 2e tour ) aient voté pour N.Sarkozy en 2007...? Et pourquoi ces électeurs seraient-ils mal venus de s'étonner du rapprochement affiché par François Hollande avec Jacques Chirac ? Bien sûr, pour que F.H. s'implante en Corrèze alors qu'il a grandi à Neuilly, il a du chercher à mettre ses pas dans ceux de l'ancien président mais aujourd'hui... quel besoin de faire croire qu'il entretient de cordiales relations avec un homme qui oublie tout d'une minute sur l'autre ? espère-t-il vraiment se rallier les "chiraquiens" ? croit-il vraiment que les "chiraquiens" vieillissants représentent un courant à ménager ? Imagine-t-il ainsi donner l'image d'un machiavélisme mitterrandien ? Au delà de toute considération politicienne, il y a quelque chose de déplaisant dans l'utilisation qui est faite par l'actuel président de ces rencontres avec l'ancien président sévèrement diminué.

  • Par anticip - 26/07/2012 - 08:32 - Signaler un abus il a quand meme ete tres bon

    pour sa carrière personnelle ,pour le reste ,ça a été une véritable cata .il a toujours trompé tout le monde ,mais avec la bénédiction des français . c'est nous qui l'avons mis au pouvoir

  • Par Rhytton - 26/07/2012 - 18:15 - Signaler un abus Chirac, "petits meurtres entre amis": de qui parle-t-on?

    Je n'osais penser à Robert Boulin, M. Bercoff, mais sans doute le sous-entendez-vous dans votre article... Un type qui promettait, ce Robert, n'est-ce pas? Heureusement que l'enquête sur l'ancien ministre de Giscard a rapidement conclu à un suicide, car si vous parlez des capacités de tueur de Chirac, on aurait pu faire un lien.

  • Par ladyactu - 26/07/2012 - 22:04 - Signaler un abus Quand 2 président se rencontrent!

    La présidence assurée par J.Chirac s'est passée dans une période assez spéciale,N.Sarkozy au début de son quinquennat ,il a commis des erreurs,qu'il a payé à la fin de son mandat,en supplément il a du gérer la crise,F.Hollande si la gauche est honnête a surfé sur l'anti-Sarkozisme qui régnait,le malaise crée par la polémique sur certains sujets qui fâchent,l'hypocrisie du PS en opposition systématique sur "tout",F.Hollande reconnait les autres présidents sauf N.Sarkozy,il est au pouvoir,il devra démontrer qu'il gère mieux, trouver les bonnes solutions,et réponde aux attentes des français!

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André Bercoff - Claude Askolovitch

André Bercoff est journaliste et écrivain.

Il est notamment connu pour ses ouvrages publiés sous les pseudonymes Philippe de Commines et Caton.

Il est l'auteur de La chasse au Sarko (Rocher, 2011), de Qui choisir (First editions, 2012) et plus récemment de Moi, Président (First editions, 2013). Son dernier essai  Je suis venu te dire que je m’en vais est paru chez Michalon en novembre 2013.

 

 

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