Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Mercredi 23 Mai 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

Immobilier : pourquoi la hausse des prix ne sera jamais enrayée si les durées de crédits proposées continuent à augmenter

Selon l’Observatoire Crédit Logement, les banques ont allongé la durée des crédits immobiliers au cours de ces dernières années, permettant ainsi aux acheteurs de suivre la hausse des prix. Ainsi, la moyenne d'un tel crédit serait aujourd'hui de 221 mois, soit une progression de 15 mois en quatre ans.

Casse-tête

Publié le
Immobilier : pourquoi la hausse des prix ne sera jamais enrayée si les durées de crédits proposées continuent à augmenter

 Crédit AFP

Atlantico : Dans une logique visant à contenir la hausse des prix de l’immobilier, n’y aurait-il pas intérêt à réguler davantage cette capacité des banques à rallonger la durée des crédits immobiliers ?

Michel Ruimy : En fait, ce n’est pas aussi simple. En effet, les banques ont répondu à la crise financière de 2007 et aux évolutions réglementaires qui l’ont suivie par des transformations profondes de leurs modèles économiques. Elles ont notamment modifié la composition de leurs bilans pour des actifs moins risqués, plus liquides et de nombreux établissements ont replacé la banque de détail au centre de leur réorientation stratégique. La réglementation Bâle 3 leur imposant un rééquilibrage de leur ratio dépôts / crédits, les banques ont besoin qu’un volume de dépôts plus important leur soit confié pour pouvoir continuer à jouer leur rôle de prêteur.

C’est pourquoi elles essaient de développer une relation, longue dans le temps, avec leur clientèle au travers du crédit immobilier, souvent opération unique de la vie d’un ménage, dont la maturité moyenne, en théorie, évolue autour de 18 ans en France contre 30 ans pour Espagne et les Pays-Bas et 31-35 ans pour l’Irlande. Ainsi, si le client n’a pas de problème de solvabilité, la banque peut compter sur la régularité des dépôts. Le client est devenu une cible très recherchée et le prêt immobilier, un produit d’appel.

En allongeant la maturité des crédits, les banques ont répondu, en tenant compte de la capacité d’endettement de leurs clients, à une nécessité économique (hausse du prix de l’immobilier) mais aussi, dans une certaine mesure, à la réglementation en cours (accroissement futur des dépôts). Face à la hausse prévisible, à court terme, des taux, on ne peut pas exclure qu’il y aura une extension de la maturité effective des prêts.

Or, alors que la Banque centrale européenne ramenait le coût de financement des banques à un niveau plancher pour doper l’économie, les particuliers ont été très nombreux à frapper à la porte de leur banque ou à celle d’une agence de la concurrence pour tenter de faire des économies sur leur prêt immobilier (remboursement ou renégociation de leurs conditions de financement). Si bien que la maturité moyenne effective des prêts s’est réduite. Les demandes de réaménagement représenteraient, aujourd’hui, près d’un tiers de l’encours des prêts immobiliers des banques hexagonales. Sachant que les prêts immobiliers représentent, en France, autour de 80% de l’encours des crédits aux particuliers, cette situation est ainsi susceptible d’avoir un impact de long terme sur la profitabilité des portefeuilles de prêts immobiliers.

En définitive, si limiter l’allongement des crédits à l’habitat peut sembler une bonne chose en réduisant les tensions sur le prix de l’immobilier par une baisse de la demande, cette mesure d’une part, exclurait une partie de la population souhaitant accéder à la propriété qui ne pourrait pas supporter un endettement plus élevé sur une durée plus courte et d’autre part, risquerait de mettre en difficulté un acteur essentiel du financement de l’économie : les banques car le faible niveau des taux d’intérêt, la concurrence dans les produits d’assurance et les investissements dans le digital pèsent déjà sur leur rentabilité. Demain, l’écart va donc se creuser entre les banques dépendant fortement de revenus de taux (le crédit) et celles qui se mettent en position de percevoir des commissions (conseil, financements structurés...).

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par ajm - 19/04/2018 - 12:27 - Signaler un abus Fiscalité punitive

    En Belgique par exemple aucun problème pour acheter ou louer dans des conditions décentes et à des prix raisonnables des logements. Dans ce pays la fiscalité et la législation ne sont pas punitifs pour les investisseurs immobiliers, au contraire. On fait le contraire en France.

  • Par moneo - 20/04/2018 - 16:20 - Signaler un abus HUM HUM

    pourquoi les prix montent ???, par interventionnisme massif de l'Etat... solution préconisée? d'autres interveotionnismes notamment quotas sociaux renforcé et impôts musclés sur l'impôt foncier Ben voyons..allez donc demander à des constructeurs qui doivent fournir un quota de logements sociaux comment ils calculent le prix dé vente de autres logements . Toujours la même histoire incomprise de Frederic Bastiat/in fine c'est le consommateur qui paie..apparemment monsieur le Professeur ne sait pas.Autre conséquence induite quel acheteur lambda pour avoir des cas " sociaux" à sa porte ? . Augmenter l'impôt foncier ?depuis quand attire ton des mouches avec du vinaigre? Un oubli sur les normes vertes qui ont fait augmenter le coût de construction de minimum 20%.. là c'est la religion verte qui fait augmenter les prix;Qui i empêche ou réduit la densité des constructions? Par contre est que les banque gardent ces créances dans leur bilans ou saucissonnent ces créances pour les filer à quelqu'un d'autre sur le marché? parce que prêter sur 25 ans ces taux c'est prendre le pari que sur la période il n' y aura pas d'inflation. ....explications? merci

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Michel Ruimy

Michel Ruimy est professeur affilié à l’ESCP, où il enseigne les principes de l’économie monétaire et les caractéristiques fondamentales des marchés de capitaux.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€