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Horreur ! Le Renaudot a osé sélectionner un auteur publié directement sur Amazon

"Cette année et dans le cadre du Prix Renaudot, le jury a donc effectué une première sélection, l’a présentée et a immédiatement déclenché un véritable prurit chez certains libraires. Horreur invraisemblable : dans la sélection, l’un des ouvrages est édité à compte d’auteur… sur Amazon !"

Prix littéraires

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Horreur ! Le Renaudot a osé sélectionner un auteur publié directement sur Amazon

 Crédit David Ryder / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Non alors non vraiment c’en est trop ! Il y a des limites que les bornes ne doivent pas franchir ou sinon c’est la porte ouverte à toutes les fenêtres ! Vraiment, on a ici un casus belli évident, véritable goutte d’eau qui met le feu aux poudres, qui déclenche le chaos dans lequel les chiens couchent avec les chats et les prix littéraires sont malencontreusement attribués à des grandes entreprises américaines ! Et ça, mes petits amis, non, vraiment, c’est impossible !

Bon. Calmons-nous et reprenons à tête reposée.
 
Tout partait pourtant d’une idée simple : tous les ans, on fait un jury pour un prix littéraire, on fait une sélection de réalisations, et on remet un prix au gagnant qui lui permettra, outre de toucher un peu d’argent, de se faire mieux connaître et de favoriser le rayonnement culturel français.
 
Cette année et dans le cadre du Prix Renaudot, le jury a donc effectué une première sélection, l’a présentée et a immédiatement déclenché un véritable prurit chez certains libraires. Horreur invraisemblable : dans la sélection, l’un des ouvrages est édité à compte d’auteur… sur Amazon !
 
Pour ces libraires en pleine crise, pas de doute : il s’agit ni plus ni moins qu’adouber Amazon.
 
L’affront est immense : si le libraire de quartier veut pouvoir vendre le livre édité à compte d’auteur chez Amazon, il va lui falloir acheter chez son concurrent « le plus féroce », autrement dit nourrir la Beuhête Immmonheudeu qui le tue à petit feu ! C’est insupportable ! Donner ainsi à une des GAFA l’opportunité de planter un couteau de plus dans le dos de toutes ces petites boutiques de quartier que ces libraires représentent fièrement, c’est vraiment le comble !
 
Non, le Renaudot ne passera pas par les GAFA.
 
Enfin bon, disons, pas par Amazon. Pour Facebook, on va temporiser puisqu’à l’annonce, les réseaux sociaux ont fait de la combustion spontanée : prenant leurs claviers à deux mains déterminées, voilà que les libraires-internautes tout remontés contre les GAFA se sont empressés de les utiliser pour exprimer leur stupéfaction dans un cri que Google News aura largement contribué à répandre.
 
Relayés par la fine fleur de l’édition journalistique (depuis France24 jusqu’à Libération), le courroux des libraires s’organise : pour eux, aucun doute, c’est une véritable guerre qui se livre à présent et en choisissant ainsi de s’auto-éditer auprès d’Amazon, Marco Koskas a choisi un camp, celui de l’innommable, celui de l’abomination américaine et algorithmique, celui qui détruit du lien social.
 
Il n’est qu’à lire la diatribe d’un libraire dans Libération ou d’une autre sur Facebook pour bien comprendre qu’on a passé un cap et que si les insultes ne fusent pas, le fumet de la haine et l’envie du pénal sont quasiment palpables à chaque ligne.
 
Que voulez-vous : le libraire français moderne est à bout. Lui qui s’est naturellement érigé en défenseur, vaille que vaille et coûte que coûte, du livre, de la culture et du lien social avec ses clients, n’en peut plus de ce pilonnage incessant par le commerçant en ligne ! Il se sait aux abois. Son heure est proche, mais il ne disparaîtra pas sans combattre âprement et si cela doit passer par des hurlements sur les réseaux sociaux, des actions coup de poing lors de la remise du prix Renaudot (si, d’aventure, il devait échoir à cet auteur sulfureux), eh bien, qu’il en soit ainsi ! No pasaran !
 
Bon, bien sûr, il ne s’agira en aucune façon de se remettre en question pour ces libraires en ébullition. Il ne faut pas pousser non plus.
 
Pas question, par exemple, de s’interroger sur les raisons qui ont poussé Marco Koskas à s’auto-éditer ! Pourtant, elles sont croquignolettes, ces raisons.
 
 
Commentaires

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  • Par Ph.L. - 24/09/2018 - 11:04 - Signaler un abus Quelle marge pour le libraire?

    L'article ci-dessus met dans le même sac les éditeurs et les libraires. Erreur. Car pour les libraires il y a un vrai problème avec Amazon. Pas avec les autres maisons d'auto-éditions comme BoD. Le libraire peut commander des livres auto-édités chez BoD (ou autres) à un prix qui lui laisse une marge; pas chez Amazon - en France en tout cas.

  • Par adroitetoutemaintenant - 24/09/2018 - 13:43 - Signaler un abus Quelle rigolade !

    En tant que médecin spécialiste je me suis aperçu il y a plusieurs années que le cercle fermé des grandes publications médicales non seulement m’emmerdait, mais qu’en plus ils me piquaient mes idées et se faisait du pognon sur mon travail et mes idées. Alors j’ai eu l’idée de me passer de ces salauds. J’ai créé mon premier site internet. Aventure passionnante car j’ai dû apprendre de nouvelles techniques et un nouveau langage. Et du coup, au sujet d’une maladie très répandue mais mal connue ou reconnue j’ai créé la plus grande banque de données à ce sujet. Cela m’a permis de me publier moi-même sur internet. J’ai continué avec d’autres publications et, sans aucune publicité en ligne autre que twitter, je vends moi-même mes bouquins. Cela me coûte 4% des ventes et cette année j’en suis déjà à quelques dizaines milliers de dollars. Aucun membre de ma famille ne connait mes publications et je ne suis jamais sorti de mon anonymat complet. Comme me le disait un de mes copains cinéaste avec lequel j’ai produit des films : « j’ai gagné des prix du meilleur… » mais ça ne m’a jamais rien rapporté d’autre qu’un morceau de papier glacé qui n’est même pas utilisable comme PQ de secours!

  • Par Ex abrupto - 24/09/2018 - 17:07 - Signaler un abus Amazon ne pratique aucune censure, aucune restriction et ne cher

    Amazon ne pratique aucune censure, aucune restriction et ne cherche pas à savoir si ce qui est écrit est politiquement correct ou non. Malheureusement ,je n'ai pas la plume d'un écrivain (ou heureusement, c'est selon).Mais imaginons que j'écrive un bouquin homophobe, ou raciste, ou anti muzz ou ce que vous voudrez qui n'entre pas dans le politiquement correct. Je serais étonné de ne pas être censuré par amazon.....

  • Par adroitetoutemaintenant - 24/09/2018 - 18:09 - Signaler un abus @Ex abrupto

    Vous avez tout à fait raison. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je ne publie pas sur Amazon. Non seulement cela me couterait de l’argent mais aussi j’y perdrais mon anonymité et mon libre parler. Amazon c’est le piège à cons. Mieux qu’un éditeur mais loin d’une liberté totale d’expression.

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Il tient à son anonymat. Tout juste sait-on, qu'à 37 ans, cet informaticien à l'humour acerbe habite en Belgique et travaille pour "une grosse boutique qui produit, gère et manipule beaucoup, beaucoup de documents".

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