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Hôpitaux publics en burn out : quel espoir de réussite pour la (énième) réforme gouvernementale ?

Le Premier ministre Edouard Philippe et la ministre de la Santé Agnè​s Buzy​n ont annoncé ce 13 février le lancement prochain d'une réforme de l'ensemble du système de santé.

Dans le dur

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Hôpitaux publics en burn out : quel espoir de réussite pour la (énième) réforme gouvernementale ?

Atlantico : Dans un contexte de mécontentement des personnels, dénonçant des conditions de travail "insupportables" et pointant du doigt les sous-effectifs, l'activité croissante, et un endettement toujours en progression, le Premier ministre Edouard Philippe et la ministre de la Santé Agnè​s Buzy​n ont annoncé ce 13 février le lancement prochain d'une réforme de l'ensemble du système de santé : numerus clausus, 100 millions d'euros par an en plus de l'Ondam,​ incitation à la médecine ambulatoire etc...

Au-delà des propositions faites par le gouvernement, quels sont les défis rencontrés aujourd’hui par l'hôpital ? Quel est le "véritable" diagnostic de la situation de l’hôpital en France ? 

Claude Le Pen  : L’hôpital public ne va pas bien en effet. Et le symptôme de la crise c’est effectivement le mécontentement et la démoralisation du personnel. L’hôpital public a pourtant des moyens : 71,3 Mds d’euros en 2016, pris en charge à 95% par la Sécurité sociale. C’est 44% de l’ensemble des dépenses de cette dernière. Et ces moyens augmentent : + 1,6 Mds entre 2015 et 2016, +1,1 Md entre 2014 et 2015, etc. Et pourtant l’hôpital se sent pauvre, le personnel manque, les locaux sont souvent dégradés, les urgences encombrées, etc. Alors pourquoi ? La réponse est compliquée. D’abord cette manne financière est certainement mal répartie. Il y sans doute trop d’hôpitaux en France même si fermer un établissement relève d’une véritable gageure en démocratie. Nous avons une vieille tradition nationale très hospitalocentriste. Ensuite il y vraisemblablement un problème d’efficience, d’actes et de procédures inutiles qu’on pourrait améliorer par de meilleurs échanges d’informations autour du patient. Il faut ajouter des rigidités de gestion avec des procédures complexes, une tutelle très invasive, des statuts de personnels pénalisant, etc. Il faut toutefois faire la différence entre les soins programmés et les urgences qui concentrent toutes les difficultés. L’hôpital souffre d’un manque de coordination. Coordination entre établissements publics, entre établissements publics et privés, entre médecins hospitaliers et médecins libéraux. Notre système est marqué par la rigidité statutaire. 
 

Nicolas Bouzou : La situation de l’hôpital en France est triplement problématique. Premièrement, les hôpitaux, en moyenne, ont une exploitation déficitaire. Deuxièmement, et c’est la conséquence directe du point précédent, ils investissent de moins en mois. Troisièmement, et cela ramène encore au premier point, les personnels sont mal repartis et peu rémunérés. Il faut comprendre que le secteur de la santé connait une vague d’innovation sans précédent. L’imagerie, la chirurgie et les médicaments connaissent des révolutions industrielles. L’hôpital a donc besoin de capital : capital financier et capital humain. Sinon, demain, notre système aura décroché par rapport aux systèmes suisse ou néerlandais.

​Dans quelle mesure les propositions formulées par le gouvernement peuvent-elles répondre au défi de la situation actuelle ? 

Claude Le Pen  : Le gouvernement a bien identifié les 5 chantiers principaux : la qualité et la pertinence des soins, les modes de financement et de régulation, le virage numérique, la formation et la qualité de vie au travail des professionnels de santé et enfin l’organisation territoriale des soins. Ce sont de vrais chantiers mais qui impliquent des décisions courageuses : l’organisation territoriale nécessite de revoir la carte hospitalière et d’articuler médecine hospitalière et médecins libérale. La pertinence des soins de changer les procédures et le mode d’organisation des établissements. La réforme du financement de renoncer à la politique du « rabot » qui baisse tous les ans les tarifs, cette année encore. C’est la grande contradiction de la régulation: d’un côté à travers la tarification à l’activité (T2A) on pousse les établissements à augmenter cette activité mais de l’autre on baisse les tarifs pour rester dans l’enveloppe budgétaire votée par le parlement : plus de travail payé moins cher : on comprend la fatigue des personnels.     

 
Commentaires

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  • Par walchp - 14/02/2018 - 07:43 - Signaler un abus Dès qu'un établissement (privé) est rentable...

    Les bonnes âmes de gauche l'accuse de "faire de l'argent avec la santé des Français" En dehors d'un bon vieux déficit, tout établissement est donc suspect. Le jours ou les praticiens hospitaliers seront payés selon leur activité réelle.....(c'est a dire jamais)

  • Par vangog - 14/02/2018 - 08:09 - Signaler un abus Ils ne sont pas tous visionnaires les Le Pen..

    Nicolas Bouzou a raison de dire que l’absece de management intelligent et l’abus de réglementations et contraintes gauchistes ont abouti à un système de santé à la soviétique, irréformable et infinançable. Claude Le Pen est fidèle à la politique de rationnement et de découragement de l’offre de soins qui sévit depuis Juppé-la-grande-mosquée...ce système a abouti à un déficit de la branche maladie de cinq milliards et demi, et à une médecine à deux vitesses, pour pauvres sans-dents qui ne se soignent plus, et riches bobos macronistes qui abusent...continuez, les bobos, puisque vous voulez finir la tête au bout d’une pique!

  • Par ifrj - 14/02/2018 - 08:50 - Signaler un abus simple

    Il suffit de privatiser l’hôpital.... Quand les médecins hospitaliers seront payés en fonction de ce qu'ils font je suis sûr que la donne sera totalement changée. Quand on gagne 4000 euros qu'on opère ou pas pourquoi opérer....? Quand aux professeurs de CHU qui font du privé avec les plus gros dépassements d'honoraires connus au lieu de faire leurs cours au étudiants qui osera les dégager de l’hôpital????? Pas Macron et sa clique pour çà il faut des couilles.....

  • Par wanda60 - 14/02/2018 - 08:57 - Signaler un abus Menaces

    Les problèmes qui sont évoqués ici sont réels, mais un a été oublié, l'immense gâchis qui prédomine dans la gestion globale de la santé en France. Les petits laxismes accumulés font bouillir le marmite: gabegie des médicaments boostée par les laboratoires et les pharmaciens, des millions en médicaments oubliés dorment dans les armoires des Français-- HAD, hospitalisation à domicile dont la gestion coute un maximum -- analyses et imagerie médicale dispensées avec une générosité incroyable, pour un oui ou un non...etc; sans compter les largesses accordés aux étrangers venus d'Afrique qui viennent se faire soigner aux frais de la république( voir Bouteflika le président Algérien qui vient se faire soigner par la France et remercie en lui crachant dessus) Tout ça, et le reste, au détriment de la politique salariale du petit personnel, des investissements et bu bien-être des patients. Les excuses avancées ne sont pas valables, on doit gommer les privilèges de tous les parasites qui gravitent autour de notre santé, gommer les abus, les gabegies et gérer sainement, celà évitera de laisser tomber notre Santé dans la médiocrité qui est apparue depuis quelques années.

  • Par tubixray - 14/02/2018 - 08:59 - Signaler un abus Le coup des communautés de communes

    Nous connaissons, elles ont été crées pour rationaliser les dépenses et la conséquence ... Une hausse phénoménales des ressources humaines et donc des dépenses ! ... Les GHT (groupement hospitalier de territoire) hérités de Hollande / Touraine c'est du pareil au même avec une embolisation du management à la prime ..... Que l'on cesse d'écrire que les hôpitaux font plus d'actes pour améliorer leur budget, un directeur d'hôpital n'a aucun pouvoir hiérarchique sur les médecins qui restent libres de leurs prescriptions et de leur activité.

  • Par emem - 14/02/2018 - 09:12 - Signaler un abus Gabegie

    Il y a une chose qui coûte inutilement beaucoup d'argent à la SS (330 euros par patent et par jour), ce sont les centres dits de rééducation. J'ai fait un séjour dans un de ces centres : hostellerie limite, nourriture infâme, rééducation fictive dans un sous-sol mal aménagé. J'étais prêt à faire la grève de la faim. Mon fils m'a heureusement fait sortir de cet établissement

  • Par assougoudrel - 14/02/2018 - 10:03 - Signaler un abus Centre de rééducation.

    Celui de Kerpape dans le Morbihan vaut un 5 étoiles pour l'hébergement et un 3 étoiles pour la nourriture, avec 850 employés qualifiés et sur le bord de mer (cherchez sur le Net). Ce qui a plombé aussi les hôpitaux, ce sont les 35 heures et les RTT. Celui qui a en plus de sa sécurité sociale une bonne mutuelle peut aller dans une clinique où il sera mieux soigné. Il y a 4 ans de cela, ma femme s'était cassée le poignet; un heure et demi après, nous étions de retour à la maison et elle était plâtrée, ce qui est impossible à l'hôpital publique.

  • Par MALOR - 14/02/2018 - 11:53 - Signaler un abus Retour aux 39 heures et il y

    Retour aux 39 heures et il y aura moins de burn out!

  • Par Liberdom - 14/02/2018 - 13:35 - Signaler un abus Bla Bla Bla

    Encore un gouvernement qui a "identifié" les problèmes des hôpitaux. Mon oeil ! Le problème des hôpitaux est le problème français : dans un hôpital il y a plus de bureaucrates et de non soignants qui de personnel soignant (médecins, infirmières et aides soignantes). Dans tous les coins il y a des "administratifs" qui appliquent des règlements de merde qui empêchent les soignants de faire leur boulot. Mais personne des gouvernements aux journaleux, en passant par des myriades "d'experts" ne le dit. Si on virait toutes ces bouches inutiles qui bouffent le budget de l'hôpital on pourrait embaucher des soignants et mieux les payer.

  • Par gerard JOURDAIN - 14/02/2018 - 16:10 - Signaler un abus la France quoi.....

    donnez à gérer une activité aux politiques, et vous aurez toujours ce résultat; le politique décide par démagogie de vote. il n'est pas focalisé sur l'activité et donc de son efficacité. privatisez en libérant le prix et avec concurrence pour maîtriser la tarification; ce sera moins pire et le personnel hospitalier sera mieux payé; donc plus motivé.

  • Par Essen - 14/02/2018 - 19:29 - Signaler un abus Tout à fait Liberdom

    Vous mettez le doigt sur le vrai problème de l'Hôpital aujourd'hui : il est embolisé par une pléthore d'administratifs dont nombreux sont parachutés parce que l'on ne sait pas quoi en faire. On ne compte plus les postes "fantômes" d'adjoints aux cadres, chargé de mission, etc... qui ne savent pas comment occuper leurs journées mais qui sont sur des grilles totalement improbables avec à la clé un salaire conséquent et impossible à justifier dans un budget d'établissement. Ce sont surtout des personnes que l'on ne peut pas virer malgré leur incompétence notoire donc on les récompense pas des jobs fictifs et une augmentation. Cela n'a jamais existé et n'existera jamais dans le privé où l'on ne peut pas se permettre d'avoir des improductifs. Et pendant ce temps, les restrictions se font au détriment des soignants et donc des patients, c'est à dire NOUS ! Mais l'hôpital public (l'Etat) s'en fout royalement

  • Par JG - 14/02/2018 - 20:46 - Signaler un abus Histoire vécue pour faire le pendant à @Liberdom

    Quand je suis arrivé comme Chef de Clinique à l'hôpital Saint Vincent de Paul en 1995 (fermé depuis....les fermetures d'hôpitaux existent, même à Paris !!) , un anesthésiste qui était là depuis 20 ans m'a dit la chose suivante : " Il y a 20 ans dans cet hôpital, il y avait en tout et pour tout 4 administratifs - en comptant le directeur de l'hôpital- et leurs secrétaires ; maintenant, il y en a autant que de praticiens hospitaliers temps plein dans l'hôpital". ILes "administratifs" s'autoreproduisent sans aucun contrôle au détriment des vrais soignants. Virez les inutiles dans l'administration des hôpitaux publics, et le déficit disparaîtra instantanément.....

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Claude Le Pen

Claude Le Pen est un économiste français, professeur à l'université Paris-Dauphine où il dirige le master d’économie de la santé. Il est président du Collège des économistes de la santé.

 

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Nicolas Bouzou

Nicolas Bouzou est économiste et essayiste, fondateur du cabinet de conseil Asterès. Il a publié en septembre 2015 Le Grand Refoulement : stop à la démission démocratique, chez Plon. Il enseigne à l'Université de Paris II Assas et est le fondateur du Cercle de Bélem qui regroupe des intellectuels progressistes et libéraux européens

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