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A Hodeida peut se jouer l’avenir du conflit au Yemen

La guerre du Yémen et la bataille d’Hodeïda sont essentiellement traité sous l’angle humanitaire. Comme si les enjeux géopolitiques de cette guerre étaient de second ordre. Or, c'est l'inverse : cette guerre se mène sur deux fronts géopolitiques, contre les Houthistes, instrumentalisés par Téhéran, et contre Al-Qaida dans la péninsule Arabique (AQPA).

Guerre silencieuse

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A Hodeida peut se jouer l’avenir du conflit au Yemen

 Crédit AFPTV / AFP

Atlantico : La guerre du Yémen et la bataille d’Hodeïda sont essentiellement traité sous l’angle humanitaire. Lors de la conférence internationale sur l’aide humanitaire, réunie à Paris, le 27 juin dernier, l’Elysée a adopté un profil bas. In fine, les représentants des organisations humanitaires auront été plus présents sur les ondes que les diplomates ou les spécialistes de la région. Les enjeux géopolitiques de cette guerre seraient-ils donc de second ordre ?

Jean-Sylvestre Mongrenier : Le plus simple est de revenir aux origines du conflit. Si les conflits internes au Yémen sont incessants, la guerre dont il est question, lorsqu’on évoque le drame humanitaire dans lequel ce pays est plongé, a commencé en septembre 2014. C’est alors que le mouvement des Houthistes, émanation de la minorité zaïdite (une branche du chiisme), s’est emparé de Sanaa, la capitale du Yémen. Confrontés à la rapide progression des rebelles alliés à l’ancien président Ali Abdallah Saleh, chef du GPC (le General People’s Congress), le président Abd Rabbo Mansour Hadi et son gouvernement se sont exilés en Arabie Saoudite. Comprenant l’intérêt d’ouvrir un nouveau front dans le sud de la péninsule Arabique, sur les arrières des monarchies sunnites, Téhéran a tôt fait d’accroître son aide à la rébellion. Régulièrement, des missiles de fabrication iranienne sont lancés par les Houthistes sur le territoire de l’Arabe Saoudite. La chose est bien documentée.

En mars 2015, une coalition arabe emmenée par Riyad et Abou-Dhabi est intervenue au Yémen, afin de contrer les Houthistes et la stratégie irano-chiite de déstabilisation de la région. Schématiquement, l’aviation de l’Arabie Saoudite bombarde les plateaux du nord, tenus par les Houthistes, et les forces terrestres des Emirats arabes unis (EAU), avec le concours des unités loyalistes et de diverses milices, opèrent au sud, dans les régions en bordure du golfe d’Aden et de l’océan Indien. Il semble important de marquer la différence dans les modes opératoires.

La guerre se mène sur deux fronts géopolitiques : contre les Houthistes, instrumentalisés par Téhéran, et contre Al-Qaida dans la péninsule Arabique (AQPA) qui s’installe dans les interstices du chaos yéménite. Certains groupes djihadistes se revendiquent également de l’« Etat islamique ». Dans le détail, la situation est plus complexe encore : plusieurs conflits se superposent. Il importe donc de distinguer différents niveau d’analyse et de prendre en compte les multiples acteurs de cette guerre.

Dans un premier temps, les forces des Emirats arabes unis et les groupes qu’ils soutiennent ont rapidement chassé les Houthistes du port d’Aden, fameux à l’époque de Victoria mais qui n’est plus que l’ombre de  lui-même. Ensuite, le conflit s’est transformé en une longue impasse meurtrière, sans que la coalition arabe ne parvienne à prendre l’ascendant. Le 3 décembre 2017, l’ancien président Ali Abdallah Saleh, a rompu avec les Houthistes en vue de pourparlers avec la coalition arabe. Une voie de sortie semblait s’ouvrir. Le lendemain même, il était assassiné par ses anciens alliés. Par voie de conséquence, ces derniers ont perdule semblant de légitimité que leur apportait le GPC. A l’avenir, le4 décembre 2017 sera peut-être retenu par les historiens comme une date-pivot de cette guerre. Il reste que l’horizon se dérobe encore.

 
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  • Par Alua - 08/07/2018 - 18:11 - Signaler un abus Très curieusement, pas un mot

    Très curieusement, pas un mot sur lArabie saoudite, ses bombardemments de Sanaa, ses milliers de victimes civiles. La soupe est bonne!

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Jean-Sylvestre Mongrenier

Jean-Sylvestre Mongrenier est docteur en géopolitique, professeur agrégé d'Histoire-Géographie, et chercheur à l'Institut français de Géopolitique (Université Paris VIII Vincennes-Saint-Denis).

Il est membre de l'Institut Thomas More.

Jean-Sylvestre Mongrenier a co-écrit, avec Françoise Thom, Géopolitique de la Russie (Puf, 2016). 

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