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Le sondage qui montre que 60% des entrepreneurs sont épuisés : gros plan sur ces travers bien français qui étranglent l'esprit d'entreprise

Il est de plus en plus difficile d'être aujourd'hui entrepreneur en France. Selon une étude publiée par Vistaprint, une large majorité (60%) des entrepreneurs français est émotionnellement et physiquement épuisée.

Sous pression

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Le sondage qui montre que 60% des entrepreneurs sont épuisés : gros plan sur ces travers bien français qui étranglent l'esprit d'entreprise

Atlantico : Comment expliquer ce phénomène? Concrètement, Quelles sont, aujourd'hui, les pressions qui pèsent sur les entrepreneurs?

Hervé Lambel : Il y a les causes conjoncturelles, au nombre de deux, et structurelles.
Dans un contexte qui aurait dû être celui de sortie de crise, comme cela a été le cas pour l’essentiel des pays européens, les entreprises et les Français ont eu à subir les affres de la présidence Hollande, caractérisée par un manque de vision et d’orientation. Cela a tétanisé le pays au point de le mettre complètement à l’arrêt, avant que celui-ci ne change de discours et prenne quelques demi-mesures, mais sans rien réformer, tout en bénéficiant de ressorts de croissances externes (Euro, taux, pétrole et matières premières).

On peut parler de ravages sur le plan de la confiance économique et politique.
Avant cela, une crise sans précédent avait frappé de plein fouet les entrepreneurs, attaquant leur moral et affaiblissant leurs ressources.
Mais cette crise est survenue dans un contexte où les entreprises françaises étaient déjà affaiblies (faiblesse des marges, taux de défaillances d’entreprises plus élevés que dans tous les autres pays comparables, 35 heures, discours anti-entreprises et patrons…).
La fatigue et la lassitude, quand elles sont là, sont profondes.
En fait, peu d’études s’intéressent sérieusement au vécu des patrons : on publie les chiffres des défaillances, sans les commenter ou si peu. Aucune étude ne présente de façon unifiée les revenus des patrons : celui qui cherche bien verra qu’on tourne autour de 2 000€/mois pour plus de 50 h/semaine, que 25% des patrons ne gagnent pas le smic, plus de 10% ne se rémunèrent pas ou remettent des fonds dans l’entreprise, 30% ont des problèmes de financement de trésorerie… pas d’étude à l’heure du compte pénibilité sur les risques psycho-sociaux et sur l’explosion des burn out chez les patrons, les conséquences du stress sur le plan familial (divorces) et de la santé. Par ailleurs, les patrons est la seule catégorie pour laquelle on ne mesure pas le nombre de suicides : un projection empirique à partir des seuls Tribunaux de Commerce permet pourtant de les estimer à au moins un par jour. Mais on peut continuer à se voiler la face et faire comme si tout allait bien dans le monde de l’entrepreneuriat. D’ailleurs, c’est bien ce qu’on demande toujours à un patron d’afficher, non ?
La France est face à un problème structurel.
Certains vous expliqueront un peu vite, que c’est parce que les entreprises françaises sont sous-capitalisées. Qu’elles ont donc peu de marges de manœuvre pour faire face à un imprévu (retard de paiement, panne, baisse d’activité…) et sont donc dépendantes des banques pour se financer. Ce qui n’est pas faux. Mais c’est occulter que l’économie française, la 5ème du monde, s’est forgée aussi grâce à ses myriades de petites entreprises dites « en nom propre », donc sans capital, avec comme garantie le patrimoine de l’exploitant. A cette époque, les marges étaient correctes et la trésorerie « tournait ». En macroéconomie, on dirait que la masse monétaire circulait rapidement et avec elle, le cycle de production de richesses s’opérait. Et il s’opérait parce que cette masse monétaire irriguait tout le système productif : la valeur travail produisait son effet.
Mais voilà, les marges ne sont plus les mêmes. Et c’est ce que personne ne semble avoir analysé. Le volume de la masse monétaire a augmenté, mais les entreprises disposent proportionnellement de moins pour alimenter leur propre cycle de production. Les trésoreries se sont tendues au fil du temps. Alors que s’est-il passé ? Hausse constante du coût du travail (sans lien avec les gains de productivité) ; inflation réglementaire et normative à laquelle  il faut s’adapter (dépenser) sans que cela ne génère plus de rentrées ; des banquiers, devenus commerçants, moins intéressés à accompagner qu’à trouver un peu de gras ou un os à ronger ; des client/donneurs d’ordre qui externalisent leur risque (notamment, dans la sous-traitance, les fluctuations de masse salariale ou des cours des matières premières) tout en captant le maximum de la marge… sans parler de la hausse constante du coût d’un Etat de moins en moins performant.
Alors la préoccupation principale d’un patron est bien de livrer le service promis à son client et de voir le nombre de ses clients augmenter : c’est la reconnaissance de son travail. Mais très vite apparait une tension entre délivrer le service (et avoir suffisamment de clients pour faire face à ses charges fixes – loyers, crédits, salaires), régler ses créanciers et encaisser ses propres factures. Tout ceci, hormis quelques activités, est rarement linéaire. Sachant qu’il survient toujours des imprévus. La cause principale du stress chez les patrons se traduit par cette course à la trésorerie pour assumer leurs échéances. Car ils savent ce qu’il leur en coûte de travail supplémentaire, voire de risque, s’ils n’y parviennent pas.
Dès lors, on comprend mieux, par exemple, leur inquiétude devant un facture non réglée, leur agacement face à une nouvelle norme ou leur réticence accepter une rupture conventionnelle face à un salarié qui souhaite partir. Outre son coût, elle représente un mobilisation de trésorerie. Chaque courrier de l’administration est ouvert avec la crainte latente, moins d’un reproche pour un manquement, que l’impact qu’il aura en terme d’organisation et de trésorerie. A chaque fois, cela conditionne leur capacité à tenir leurs échéances. Et ils sont nombreux chaque mois à se demander si « ça passe »…
Le patron, le plus souvent, coure bien moins après les bénéfices qu’après la trésorerie. C’est souvent une erreur, mais c’est à cela que l’a conditionné la pression extérieure.
Face à tant d’engagement, si peu connu du public, les patrons supportent de moins en moins l’absence d’engagement chez certains collaborateurs. Ils le vivent comme une forme de harcèlement et sont nombreux à ne plus vouloir avoir de salariés et redimensionnent leur activité en conséquence.

 

 
Commentaires

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  • Par vangog - 02/08/2017 - 10:06 - Signaler un abus Article totalement déprimant!

    Tout cela, les Français le savent, messieurs Crevel et Lambel! Ils ont des yeux pour voir et des oreilles pour entendre...nous ne sommes plus au stade des constats réalisés par les plus lucides (les patriotes, pour ne pas les citer), mais au stade des solutions urgentes! Alors que proposez-vous pour sortir de cette merde gauchiste, dans laquelle s'est engluée la France?...

  • Par Anguerrand - 02/08/2017 - 10:49 - Signaler un abus Les pauvres deputés aussi

    Melenchon se plaint comme jamais, le pauvre, même s'il est ensuite en vacances jusqu'au 15 septembre. Vallaud mari Socialiste, haut fonctionnaire, mari de Belkacem , se plaint aussi. On apprend à cette occasion que Valaud est haut fonctionnaire donc ne risque rien pour sa carrière, etait conseiller de Hollande, de la famille de Macron, et c'est donc uniquement le hasard qui a fait de Valaud Belkacem ministre. Les députés et ministres découvrent qu'ils sont la pour travailler !

  • Par tananarive - 02/08/2017 - 12:07 - Signaler un abus Les Français sont aveugles.

    Ou égoïstes, car on voit bien que c’est le socialisme avec ses nombreux fonctionnaires, ses gabegies, ses nouvelles charges sur les entreprises qui bloque la machine, et pourtant les Français continuent à voter pour des socialistes qui leurs promettent tout pour être élu en ne tenant aucun compte de la réalité économique, et qu’ils soient de gauche ou de droite les promesses sont les mêmes.

  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 02/08/2017 - 16:03 - Signaler un abus Les sondages on s'en tape....

    Les sondages on s'en tape...... Les vrais entrepreneurs vont entreprendre ailleurs... Et c'est pour ça qu'il y a tant de chômage !

  • Par Haddock36 - 03/08/2017 - 08:55 - Signaler un abus Toujours les syndicats

    Je pense que les français sont prêts à accepter certaines règles élémentaires d'économie telles que le fait de trop protéger l'emploi est contre-productif sur l'embauche. Tant que le problème du syndicalisme à la française hérité du Front Populaire et des années d'après guerre, n'aura pas été résolu, nous ne pourrons pas avancer. Il suffirait déjà

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Hervé Lambel

Hervé Lambel est candidat à la présidence du Medef et co-fondateur du CERF (Créateurs d'emplois et de richesse en France).

D’une lignée d’entrepreneurs, il est diplômé de l’EPSCI (Essec). Il entre en 2000 à la CGPME, puis fonde en 2003 le CERF, dont il devient Président et porte-parole en 2004. Il fait notamment partie des premiers lanceurs d'alerte sur la crise économique et les problèmes de trésorerie des entreprises. Il est également le créateur d’HLDC, société de service et d’investissement.

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Philippe Crevel

Philippe Crevel est économiste, directeur du Cercle de l’Épargne et directeur associé de Lorello Ecodata, société d'études et de conseils en stratégies économiques.

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