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Henri Guaino : "La démocratie est en train de se dérober sous nos pieds"

Le 28 septembre 1958, les Français se prononçaient sur la nouvelle Constitution fondatrice de la Ve République. Un régime à "l'esprit" bien particulier, mais affaibli par de nombreuses réformes, françaises ou européennes.

Grand entretien

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Henri Guaino :  "La démocratie est en train de se dérober sous nos pieds"

 Crédit LIONEL BONAVENTURE / AFP

Atlantico :  Voici 60 ans, le 28 septembre 1958, les Français approuvaient à 79,2% le texte de loi constitutionnelle qui lui avait été présenté par le général de Gaulle. Que reste-t-il encore de ce qui est si souvent appelé "l'esprit de la Ve" ? 

Henri Guaino : Il faut d'abord s'entendre sur ce que l'on appelle "l'esprit de la Ve".

Cet esprit est le fruit du diagnostic qu'a posé le général de Gaulle sur la succession des heurts et malheurs qu'a subi la France depuis le début de la IIIe République. En particulier le traumatisme de la défaite de 40 et l’effondrement de 58, qui menait le pays au bord de la guerre civile, et plus généralement le désordre constant des institutions depuis l'avènement de la IIIe République.

Les régimes de la IIIe et de la IVe République ne permettaient pas à la France d'être gouvernée. Ils la rendaient même, aux yeux du général, ingouvernables. Il installait le régime des partis en lieu et place de la souveraineté du peuple. C'est pour remédier à cette faiblesse congénitale que de Gaulle développait depuis la libération une vision très différentes des institutions qui permettrait à la France d'être de nouveau gouvernable et gouvernée. En réalité, il avait dans l'esprit d'instaurer ce qu'on a appelé par la suite une "monarchie républicaine". C’est-à-dire un régime qui ferait la synthèse de l'Histoire de France d'avant et d'après la Révolution et qui mettrait fin au régime des partis en rendant sa souveraineté au peuple. C’est cette vision à laquelle il va tenter de donner une réalité.

Cela aboutira au parlementarisme rationalisé dans lequel on va redonner à l'exécutif des pouvoirs importants et dans lequel on borne le pouvoir législatif dans les limites qui doivent être les siennes. Ce dispositif de 1958 est complété par la réforme de 1962 qui instaure l'élection du président de la République au suffrage universel direct de telle façon qu'au sommet de l'État soit incarné une souveraineté qui ne doive rien aux combinaisons de la politique politicienne.

D'une certaine façon l'esprit de la Ve peut se résumer ainsi : l'État (l'exécutif) domine les féodalités, qui ne sont plus dans les donjons mais dans les partis, syndicats, groupes de pression etc.

Et c'est la première Constitution qui donne autant la parole au peuple par l'élection du président et par le referendum.

De la décision du Conseil constitutionnel du 16 juillet 1971 à l'Europe de Maastricht en passant par la mise en place du quinquennat, quelle a été la rupture la plus importante avec la Constitution de 1958 ? 

Il est difficile de faire une hiérarchie.

Plusieurs décisions ont changé assez profondément l'ordre institutionnel établi en 1958 et 1962. La première est celle du conseil constitutionnel en 1971 qui constitutionnalise le préambule de la Constitution. Il permet au juge constitutionnel, créé pour protéger le pouvoir de l’exécutif contre les empiètements du Parlement, de juger les lois au regard des principes énoncés dans le préambule des droits de l'homme et du citoyen de 1789 et le préambule de la Constitution de 1946. C'est un changement profond dont peu d'observateurs à l'époque ont perçu l'importance car le juge allait désormais juger les lois non plus sur le respect des règles du texte constitutionnel proprement dit mais par rapport à son interprétation des grands principes philosophiques des droits de l'Homme et du citoyen. C’était instaurer par rapport au pouvoir exécutif et législatif un nouveau pouvoir qui s'apparente à celui dont dispose les Cours suprêmes dans d'autres démocraties comme les Etats-Unis ou l’Allemagne pour des raisons qui sont propres aux Etats fédéraux, ce que la France n’est pas.

 
Commentaires

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  • Par gilbert perrin - 30/09/2018 - 12:58 - Signaler un abus dictature çà y est ...

    Henri guaino, c'est fait oui, nous sommes en dictature, le peuple est désinformé, trompé… maintenant il ne reste plus qu'à faire tomber MACRION et recréer….il faut des batisseurs

  • Par vangog - 30/09/2018 - 13:13 - Signaler un abus Non! Pas le système américain, mais le système allemand!

    La IV eme République s’est échouée, non pas sur le tripartisme, mais sur les décombres de la colonisation, conjuguée à l'influence néfaste des partis anti-français (notamment le PCF qui a tiré à lui toute la couverture de la résistance de la dernière heure, et s’en est servi pour influencer minoritairement la politique française). Avec la proportionnelle intégrale, le tripartisme était plombé par ces luttes d’influence malsaines. Le diagnostic de De Gaulle était le bon, mais le traitement mauvais...il fallait instaurer une proportionnelle à avantage au parti majoritaire, mais en permettant, toutefois, que les petits partis soient représentés, comme en Allemagne. Dans tous les cas, la cinquième République est morte, engluée dans une impasse economico-politique, dont ne se sortira pas Macron, trop faiblard, et trop peu convaincu par ses propres réformes. 2019 verra les Nations européennes s’éveiller et, probablement, renverser un système lobbyiste-immigrationniste corrompu...la France devrait en profiter pour se réveiller, elle-aussi...si la victoire des populistes est claire et nette, Macron devra en tirer les conséquences, s’il n’est pas trop lâche en plus d'être inefficace!

  • Par gerint - 30/09/2018 - 15:21 - Signaler un abus Vangog

    La victoire des « populistes «  (pour moi pour beaucoup seulement des clairvoyants qui veulent sauver leur nation sans nationalisme exacerbé) est loin d’être acquise et même si elle survient il y a de fortes chances qu’elle soit circonvenue, effacée

  • Par quesako - 30/09/2018 - 15:32 - Signaler un abus Le problème est que l'on a élu un acteur de théâtre !

    Même Hollande était plus apte à être président de la République! Quant à l'Europe mise en place par la gauche socialo-démocrate et dirigée par le "mutipluralisme" libéral venant des démocrates US qui soutiennent et ont fait élire Macron, elle n'est pas adaptée pour les Européens mais pour les US qui peuvent brider nos économies et diriger l' "occident".

  • Par vangog - 30/09/2018 - 15:48 - Signaler un abus @gerint nous sommes d’accord!

    souhaitons la victoire des clairvoyants, sans nationalisme exacerbé...je n’aime pas les idéologies ni les dogmatismes, d’ou qu’ils viennent...Même si cette victoire est faible, elle montrera la voie. Le reste ne sera qu’une question de patience. Les Français en ont eu tellement, déjà...

  • Par moneo - 30/09/2018 - 18:09 - Signaler un abus des juges nommés...?

    de qui parle t on? des "accusateurs publics " on est d'accord ils doivent être nommés par le Pouvoir,à condition qu'ils n'aient pas l'exclusivité du droit de poursuite sinon le Pouvoir est tranquille pour commettre ses exactions des juges du siège ? là ça pose problème et il n'est pas simple à résoudre faut il établir une liste de candidats ?mais par qui ? lePouvoir , ou les syndicats? dans les 2 cas la justice rendue sera bancale, faut il accepter des candidats indépendants ? et un vote secret des magistrats ? Ensuite le problème de la magistrature c'est aussi l'application de mauvaises lois faites par le Pouvoir.Il faut revoir une bonne partie du droit pénal mais là nous sommes profondément divisés ,les un parlent de victimes de la société les autres parlent de saboteurs de notre société/la légitime défense doit revenir aux notions des années 60. sur le conseil constitutionnel , il faut revoir la copie c'est devenu un tribunal d'arbitrage aux décisions politiques enfin il faut absolument sortir de la constitution le principe de Précaution.. supranationalité ? si on veut trouver un modéle commun ;elle est indispensable .quel modèle ?

  • Par A M A - 30/09/2018 - 18:31 - Signaler un abus Cette constitution était formidable, géniale, inégalable,

    Cette constitution était formidable, géniale, inégalable, mais affaibli par de nombreuses réformes, françaises ou européennes au point de tuer la démocratie, ce qui veut dire qu'il était d'une bêtise incommensurable de la promulguer à ce moment là. Le Concorde était un avion formidable, une idée géniale. à ceci près qu'il était inadaptable aux conditions de la circulation aérienne du moment et d'aujourd'hui encore. Cette Constitution, c'est pareil, elle est inadaptée à l'Europe. .

  • Par ajm - 30/09/2018 - 23:00 - Signaler un abus La question nationale.

    Au-delà des discussions sur les mérites réels ou pas de la constitution de la V république, la question c'est l'organisation délibérée par les politiques Français depuis près d'un demi-siècle de l'effacement puis de la disparition progressive de la nation Française, non seulement en tant que corps politique souverain, mais aussi en tant que culture, langue, civilisation et aussi peuple biologique, Gaulois, héritier des personnes qui ont concrètement construit les paysages, les vieux bâtiments, les vielles routes qui quadrillent ce vieux territoire. C'est la chronique d'un suicide qui , il faut bien l'admettre, a été voulu ou accepté par une grande partie du peuple Français , par bêtise, jalousie ( le passé, les "héritiers " ce sont les "nantis" qu'il faut éradiquer ) et par lâcheté ( débandade de mai 1940, abandon pitoyable des Français d'Algérie etc..). Il est trop facile de tout rejeter sur les politiques car, à certains moments decisifs, il s'est trouvé une majorité de Français pour faire le mauvais choix.

  • Par cmavoirin - 01/10/2018 - 15:37 - Signaler un abus Constitution et citoyens

    C'est vrai que l'esprit initial de la Vème république a bien diminué depuis De Gaulle. Et l'état d'esprit des français aussi. La participation aux élections a beaucoup diminué, il me semble, et plus généralement l'intérêt pour ce qu'on appelait jadis le bien public . Comment y remédier ? Franchement, je n'ai pas de recette miracle !

  • Par gilbert perrin - 03/10/2018 - 10:22 - Signaler un abus colomb montre UNE VOIE..

    Tout candidat, ministre ou parlementaire, a une élection territoriale ou européenne, doit au préalable démissionner de son poste au moins 1 an avant l'élection … afin de ne pas jouer les "macron" qui a conduit sa campagne en utilisant les services de ses collègues au gouvernement ?? il est ainsi facile de se procurer tous les documents que l'on veut ? De même, un candidat de double nationalité qui se présente dans une nation dont il a la nationalité doit choisir c'est l'une ou l'autre ou, alors il n'y a pas de risque ???? c'est le cas de WALLS, qui va démissionner de son poste de député, mais pas de conseiller municipal d'EVRY ? il devient espion ?????? C'est ainsi que l'on combattra le système ?? et redonnerons au peuple le gout de s'exprimer !!!!

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Henri Guaino

Henri Guaino est un haut fonctionnaire et homme politique français

Conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, président de la République française, du 16 mai 2007 au 15 mai 2012, il est l'auteur de ses principaux discours pendant tout le quinquennat. Il devient ensuite député de la 3e circonscription des Yvelines.

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