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Hausse record du budget militaire américain : victoire du lobby militaro-industriel ou une décision justifiée par le contexte géopolitique?

Le Sénat américain a approuvé, début août, la loi sur le budget de la défense allouant 69 milliards de dollars pour les opérations extérieures et une augmentation de 2,6% des salaires des membres des forces armées.

Make U.S. Army Great Again

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Hausse record du budget militaire américain : victoire du lobby militaro-industriel ou une décision justifiée par le contexte géopolitique?

 Crédit Brendan Smialowski / AFP

Retour sur ce contexte particulier et cette hausse vertigineuse du budget militaire américain, dans le cadre d'un entretien avec Jean-Sylvestre Mongrenier, publié en février 2018.  

Atlantico : Le Sénat des Etats-Unis ​a finalement accordé une hausse de 80 milliards de dollars pour le budget de la défense, et ce, alors même que ce pays dispose déjà du plus important budget mondial en la matière, près de quatre fois celui de la Chine, pourtant au second rang mondial.

Comment interpréter une telle décision ? Le contexte géopolitique suffit-il à justifier un tel budget, ou faut-il y voir un "cadeau" fait au secteur "militaro-industriel" souvent pointé du doigt ?

Jean-Sylvestre Mongrenier : La question du budget militaire américain doit être appréhendée dans la durée (en dynamique), en intégrant aussi le rôle géopolitique global des Etats-Unis et les positions géostratégiques mondiales de ce pays. De fait, ce budget reste le premier au monde et les ordres de grandeur sont ceux d’un pouvoir sans égal si l’on tient compte des différents compartiments et registres de la puissance (le PIB n’est pas le seul indicateur et il doit être complété par d’autres données). Ces dépenses militaires demeurent supportables si on le rapporte à la richesse nationale produite par l’économie américaine (il est de l’ordre de 4 à 5 % du PIB). Pourtant, une approche quantitative, du type « benchmarking », ne saurait suffire. Ce n’est pas simplement une question de classement au plan mondial. Gardons-nous d’une représentation technocratique du monde et de ses rapports de force.

D’une part, l’écart se réduit avec les puissances émergentes ou ré-émergentes qui se posent en rivales stratégiques de manière ouverte. Si l’on prend le cas de Pékin, il fut un temps pas si lointain où les dépenses militaires américaines étaient dix fois supérieures à celles de la République Populaire de Chine (RPC). Depuis deux décennies, les dépenses militaires de la RPC progressent de 10 % par an, soit un taux bien supérieur à celui du PIB (environ 6-7 % de croissance annuelle), en décalage avec la rhétorique qui était celle du Parti communiste chinois (PCC) jusqu’en 2008. Loin derrière, il est vrai, la Russie a également engagé un important effort militaire, tant sur le plan quantitatif (un budget à 4-5 % du PIB, un programme de réarmement d’une valeur de  600 milliards de dollars, sur la période 2011-2020) que qualitatif (manœuvre opérationnelle et art de la guerre). D’autre part, les Etats-Unis assument des responsabilités globales. Outre la défense du continent nord-américain et de l’« hémisphère occidental », ils sont militairement présents en Europe, au Moyen-Orient et en Asie-Pacifique (Asie orientale et Pacifique occidental). Ils ont des engagements politiques, diplomatiques et militaires à l’égard de leurs alliés.

Nonobstant le jeu des « lobbies » et autres groupes de pression, normal dans le cadre d’un système politique ouvert et libre, le thème du « complexe militaro-industriel » - censé faire la politique étrangère des Etats-Unis et déterminer son budget militaire – relève avant tout de la polémique. Généralement, on cite l’extrait d’un discours de l’ancien président Dwight Eisenhower, appelant justement l’attention sur les dérives possibles, et cela tient d’argument d’autorité. Trop souvent, cette thématique recycle la théorie léniniste de l’« Impérialisme, stade suprême du capitalisme », un opuscule publié en 1916 qui n’explique en rien les tensions internationales de la période dite de « paix armée » (1870-1914), moins encore la Première Guerre mondiale. Les rapports de force sur le plan de la politique intérieure et, surtout, le contexte international sont des explications bien plus convaincantes que les lobbies militaro-industriels. Après la Guerre Froide, les dépenses militaires américaines ont fortement baissé et le pouvoir fédéral a imposé aux industries d’armement de sévères restrictions ainsi qu’un mouvement de concentration. A la suite du « 11 septembre 2001», la « guerre contre la terreur » a entraîné une forte augmentation des dépenses. Sous Barack Obama, convaincu des bienfaits d’une « diplomatie de la main tendue », les dépenses militaires ont marqué le pas. Désormais, les Etats-Unis sont dirigés par une équipe persuadée, non sans raison, que le monde est au bord d’une rupture d’équilibre et qu’il faut rehausser la garde : les dépenses militaires augmentent.

 
Commentaires

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  • Par J'accuse - 15/08/2018 - 14:06 - Signaler un abus Ce sont les Etats-Unis qui créent le "contexte"

    Les engagements internationaux américains n'ont jamais été au service de la paix, mais de la domination américaine, passant par la "protection" (façon proxénète ou racketteur). Le monde n'a pas besoin d'un gendarme, et les seules vraies menaces ont été créées par l'interventionnisme inconséquent des États-Unis (ex: Daech et le "problème" syrien viennent de la guerre contre l'Irak).

  • Par ajm - 15/08/2018 - 23:22 - Signaler un abus Les US toujours incontournables.

    J'accuse: on croirait une réincarnation de Georges Marchais . Heureusement que les USA étaient là pour nous libérer des Allemands et après pour nous empêcher de devenir un satellite soviétique avec une economie en conséquence. A chaque fois que la France a voulu faire quelque chose de serieux militairement depuis cinquante ans il y avait toujours un back-up de logistique , de veille et de surveillance satellitaire ou de drones US.

  • Par ajm - 15/08/2018 - 23:39 - Signaler un abus US responsables de tout.

    J'accuse: oui évidemment l'attaque du 11 septembre c'est aussi les US , Daesh c'est la CIA ...ce sont les petits pays Baltes qui poussés par l'Otan menacent d'envahir la Russie, c'est la CIA qui envoient régulièrement des sous-marins dans les eaux territoriales Suédoises, ce sont les US qui créent des îlots artificiels militarises dans les eaux internationales entre la Chine, les Philippines etc....c'est la Corée du sud alliés des US qui menacent la grande democratie de Corée du nord , ce sont les US qui sont responsables de l'incurie économique de Cuba, du Venezuela etc...ce sont aussi eux avec Soros ( qui incarne à lui seul les US malgré Trump ) qui nous amènent les immigrés Africains avec l'aide des gauchistes Français, du pape François et du Medef. Ce sont eux qui nous ont poussé dans l'euro, monnaie qui se voulait rivale du dollar. Encore eux qui nous empêchent d'utiliser nos bonnes cartes routières pour utiliser leur GPS , sans compter Internet qui est une invention diabolique des amerloques qui en profitent pour espionner nos moindres gestes et pensées.

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Jean-Sylvestre Mongrenier

Jean-Sylvestre Mongrenier est docteur en géopolitique, professeur agrégé d'Histoire-Géographie, et chercheur à l'Institut français de Géopolitique (Université Paris VIII Vincennes-Saint-Denis).

Il est membre de l'Institut Thomas More.

Jean-Sylvestre Mongrenier a co-écrit, avec Françoise Thom, Géopolitique de la Russie (Puf, 2016). 

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