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Hausse du nombre d'emplois industriels : ni une victoire du CICE, ni une tendance forte

Oui, il a augmenté de 19 500 sur un an, grâce à l’intérim. Il y avait en effet 3 139 000 emplois dans l’industrie en juin 2017, soit une baisse de 13 500 sur un an (selon l’Insee). Mais c'est l'intérim qui en profite le plus.

Printemps industriel ?

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Hausse du nombre d'emplois industriels :  ni une victoire du CICE, ni une tendance forte

Oui, il a augmenté de 19 500 sur un an, grâce à l’intérim. Il y avait en effet 3 139 000 emplois dans l’industrie en juin 2017, soit une baisse de 13 500 sur un an (selon l’Insee). Mais, en même temps, le nombre d’intérimaires dans l’industrie a augmenté de 33 000 (selon la Dares). 13 500 emplois perdus dans l’industrie, sans doute en CDI, mais plus du double gagnés en CDD, la situation serait donc en train de se renverser. Par l’intérim. Il y avait en effet 701 000 intérimaires en France en juin 2017 (chiffres arrondis, source DARES), en augmentation régulière, avec 287 000 emplois dans l’industrie, 284 000 dans le tertiaire, 127 000 dans la construction et 3 000 dans l’agriculture.

Sur un an, entre juin 2016 et juin 2017, ce nombre a augmenté de 99 000. Il explique ainsi le tiers de l’augmentation de l’emploi total sur la période. Plus précisément, l’augmentation des intérimaires a été de 33 000 dans l’industrie, 20 000 dans la construction, 46 000 dans le tertiaire et nulle dans l’agriculture. Au total : l’industrie enregistre – 13 500 emplois qu’on peut juger fixes, + 33 000 qu’on peut juger flexibles. Elle remonte la pente. Ainsi se comprennent le regain du moral des entrepreneurs, la lente baisse du chômage et les montées des tensions que l’on commence à ressentir dans le recrutement dans l’industrie.

L’industrie qui perdait des emplois paraissait une forte, et dramatique, tendance française. Au point de disparaître ? Pas encore bien sûr, mais il faut renforcer ce point de retournement. Pour mémoire, il y avait 4 millions d’emplois industriels en 2002 et 5 en 1983. Nous sommes loin du compte, avec l’inflexion en cours. La baisse des emplois industriels obéit d’abord à la perte de compétitivité française, qui combine coûts salariaux élevés et qualité moyenne. De manière caricaturale, l’industrie française est prise en tenaille entre l’Allemagne, côté qualité, et l’Espagne, côté coût. En même temps, les entreprises industrielles françaises accusent une taille réduite par rapport à leurs concurrentes, notamment allemandes, moins de présence à l’exportation, un retard sur les sites internet, moins de robots et, ceci expliquant tout cela, une rentabilité toujours plus faible. Le ratio Excédent Brut d’Exploitation sur Valeur Ajoutée atteint actuellement 31,8%, contre 27% à son point bas, mais contre 35 à 37% en Allemagne. Il ne semble pas que cette remontée soit surtout à attribuer, pour l’industrie, au CICE, mais plutôt à la récente modération salariale. 

Le CICE est la preuve qu’on ne peut atteindre trois objectifs avec un seul outil : l’emploi en subventionnant les bas salaires (lettre E), la compétitivité en subventionnant les salaires plus élevés (lettre C), le tout avec un an de décalage, par crédit d’impôt (CI). Au total, avec 62,2 milliards de réduction de charge depuis sa mise en œuvre, le CICE a surtout bénéficié aux PME qui abritaient des salaires faibles. En ont profité « l’hébergement et la restauration, les activités de services administratifs, les activités pour la santé humaine ou encore la construction : la part de la masse salariale éligible au CICE y est supérieure à 78 %. À l’opposé, les entreprises de secteurs tels que le raffinage et la cokéfaction, la fabrication de produits informatiques, électroniques et optiques, les activités financières et d’assurance, ou encore celles de recherche et développement ont en moyenne moins de 40 % de leur masse salariale totale éligible au CICE » (Source France Stratégie).

 
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Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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