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Hausse de la consommation et baisse du chômage : pourquoi la catastrophe annoncée du Brexit n’a pas (encore ?) eu lieu

Le Brexit devait être une catastrophe économique pour le Royaume-Uni. Pourtant, le chômage est actuellement au plus bas outre-Manche et la consommation est bonne. Des indicateurs qu'il convient, malgré tout, de prendre avec des pincettes.

Fin du monde

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Hausse de la consommation et baisse du chômage : pourquoi la catastrophe annoncée du Brexit n’a pas (encore ?) eu lieu

Atlantico : Alors que le Brexit faisait craindre une crise économique outre-Manche, il n'en est rien pour le moment. Fin juin, le taux de chômage s'établit à 4,9 %, le niveau le plus bas depuis l'été 2005 et le nombre de demandeurs d'emploi a reculé de 207 000 personnes sur trois mois. Dans le même temps, les ventes au détail progressent de 1,4 % en juillet et laissent espérer une consommation des ménages robustes. A quoi tient ce paradoxe ? Le Brexit n'a-t-il finalement aucun effet économique ?

Frédérik Ducrozet : Il est de toute façon trop tôt pour tirer des conclusions de moyen terme.

Tous les indicateurs dits "avancés", comme les indicateurs des directeurs d'achats et les enquêtes de confiance, qui ont un caractère prédictif pour la croissance des trimestres à venir, se sont effondrés. Ils sont compatibles avec un recul du PIB de l'ordre de 0,5% sur le trimestre. D'un autre côté, les indicateurs de données durs ou "retardés", comme ceux que vous avez cités, donnent peu d'indices sur les perspectives de croissance à court terme. C'est surtout le cas pour le marché du travail, qui est l'indicateur retardé par excellence. C'est également le cas, mais dans une moindre mesure, pour les ventes de détail. Cependant, elles donnent à mon avis une information très utile : la consommation n'est pas la composante de la croissance qui sera affectée. C'est une bonne nouvelle, mais ce ne sera pas là qu'il faudra regarder pour évaluer l'impact du Brexit.

Le Brexit a cependant eu un effet sur les prix de l'immobilier, qui ont connu en juillet leur plus faible hausse en trois ans. En outre, le nombre d’acheteurs et les ventes conclues sur le marché ont baissé par rapport au mois précédent. Compte tenu du niveau élevé des prix, est-ce vraiment une mauvaise nouvelle pour la population ?

Nous avons effectivement des signes avant-coureurs de corrections sévères qui s'annoncent sur l'immobilier. Mais c'est trop tôt pour en évaluer l'ampleur. Ce n'est pas une bonne nouvelle pour la richesse des ménages ou pour l'activité au sens large. Nous pouvons cependant faire des estimations sur d'autres composantes de marché, comme la devise ou des flux financiers.

Le Brexit aura-t-il vraiment des effets à long terme sur l'économie anglaise ? Les récentes déclarations de Theresa May et de Mark Carney, gouverneur de la Banque d'Angleterre, sont-elles à même de faire du Brexit un non-événement économique de court, moyen, et long terme ?

Non, cela ne pourra pas être un non-événement. Le scénario qui s'annonce est celui d'un choc très fort, avec plusieurs dimensions. L'ajustement risque d'être très long. D'abord, nous ne savons pas quand les négociations vont démarrer. Ensuite, nous ne savons pas quelles formes elles vont prendre. Pour finir, nous ne savons pas vers quel type d'accord nous allons tendre. Est-ce que nous aurons un arrangement entre l'Union européenne et le Royaume-Uni du même type que celui négocié avec le Canada ? Nous ne pouvons donc pas deviner les effets à terme sur l'activité et la richesse par habitant du pays. Mais nous pouvons imaginer un effet à très long terme négatif et significatif sur l'économie britannique. Mais tout dépendra de la forme que prendront in fine les accords bilatéraux, pas seulement commerciaux, mais dans toutes leurs dimensions.

Il y a un risque de déséquilibre macroéconomique très important, dans la mesure où des déséquilibres dans les grands agrégats macroéconomiques étaient déjà visibles avant le Brexit. Je doute qu'une simple baisse de la devise puisse résoudre le problème. Nous pouvons craindre une baisse du potentiel de croissance et à très court terme, il y a le risque que le gouvernement n'adopte pas la bonne politique économique et que les mesures budgétaires et structurelles ne soient pas à la hauteur.

 
Commentaires

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  • Par Anouman - 21/08/2016 - 11:01 - Signaler un abus brexit

    On ne sait pas... C'est surtout ce qu'a à dire cet article mais à long terme l'effet sera nettement négatif... Et c'est économiste senior, rien que ça! Grave.

  • Par J'accuse - 21/08/2016 - 15:36 - Signaler un abus Ce serait quoi, précisément, une catastrophe ?

    Une hausse du chômage ? Ça ne risque pas d'être pire qu'en France, ni même aussi mauvais ! "Imaginer un effet négatif à très long terme" : bien sûr qu'on peut imaginer tout ce qu'on veut, et personne n'est capable de prédire quoi que ce soit à long terme. Politiciens et "experts" veulent absolument qu'il se passe quelque chose de mauvais au Royaume-Uni, pour trois raisons: d'abord, prouver qu'ils avaient raison de l'annoncer; ensuite punir les Anglais pour ne pas les avoir écoutés; enfin, dissuader d'autres peuples de les imiter. Ce qui les ennuie beaucoup, c'est que l'apocalypse prévu tarde à se produire, d'où l'avertissement : "... à très long terme". Guignols !

  • Par vangog - 21/08/2016 - 16:19 - Signaler un abus Oh m'y good! Le Brexit n'a pas eu lieu...

    C'est l'annonce du Brexit qui a eu lieu, avec maintien du marché unique favorable, grâce à la Pound, dévaluée de 20%, rétablissement des contrôles aux frontières, durcissement de la législation sociale laxiste envers les étrangers, fin du harcèlement par la Cour d'injustice europeiste, contrôlé accentue aux frontières avec l'UE... que du bonheur! Et Hidalgomygod qui attend toujours que la City émigre dans sa capitale poubelle, livrée aux hordes de clandestins...quelle rigolade socialiste!

  • Par vangog - 21/08/2016 - 16:25 - Signaler un abus Je pense que les Englishs vont maintenir ce statu-quo

    très favorable à leur économie, aussi longtemps qu'ils le souhaiteront! Et ces crétins d'europeistes, qui n'ont même pas prévu dans leur traité de Lisbonne, la possibilité d'exclure un pays qui ne satisfait pas à leurs règles, nomes et contraintes débiles! C'est "le pays qui souhaite sortir, qui doit en faire la demande" Ils peuvent attendre jusqu'à la St Glin-glin, les Englishs, car ce statut leur est favorable...l'absurdité de la loi Dufflot au niveau europeiste...

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Frederik Ducrozet

Frederik Ducrozet est économiste senior chez Pictet Wealth Management, en charge de l'Europe, depuis septembre 2015. Auparavant, il était économiste chez Credit Agricole CIB entre 2005 et 2015. Spécialiste de l'économie européenne, et de la politique monétaire de la BCE en particulier, ses travaux portent notamment sur le cycle du crédit, les politiques monétaires non-conventionnelles et leurs conséquences pour les marchés financiers.

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