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Harold James Nicholson, ce ponte de la CIA qui informait les Russes

Il n’est pas une semaine que les services secrets russes ne soient accusés de toutes les turpitudes et, à travers eux, le président Vladimir Poutine lui-même ancien officier du KGB. Il est vrai que ce lignage le pousse à utiliser ses multiples organes de renseignement au maximum de leurs possibilités tant il sait ce qu’il est en droit d’en attendre dans la lutte d’influence mondialisée qui est en train de se jouer. Mais ces services ont aussi leurs faiblesses et parfois des « espions » se font prendre la main dans le pot de confiture. Extrait de "Grand angle sur l'espionnage russe" d'Alain Rodier, publié aux Editions Uppr (1/2).

Bonnes feuilles

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Harold James Nicholson, ce ponte de la CIA qui informait les Russes

Harold James Nicholson est le fonctionnaire de rang le plus élevé dans la hiérarchie de la CIA à avoir été impliqué dans une affaire d’espionnage au profit d’un pays étranger. Né le 17 novembre 1950, il intègre la CIA le 20 octobre 1980 après avoir servi dans des unités de renseignement de l’armée de terre jusqu’au grade de capitaine. Très bien noté, il est affecté dès 1982 à Manille (Philippines) comme adjoint au chef de poste de l’agence. Il enchaîne ensuite les postes à l’étranger : Bangkok (1985-87), Tokyo (1987-89), Bucarest (1990-92 ; il est alors chef de poste), Kuala lumpur (1992-94).

En 1994, il retourne aux Etats-Unis où il affecté comme instructeur au CIA Special Training Center (STC) plus connu sous l’appellation de « la ferme ». Fin 1995, lors de tests de routine au polygraphe que doivent subir régulièrement tous les fonctionnaires de la CIA, il attire l’attention des interrogateurs. L’enquête est alors confiée au FBI. Préférant le mettre dans une position moins sensible, il rejoint en juillet 1996 la section du contre espionnage de la Direction des opérations, à Langley (Virginie). Les doutes sur sa conduite ont bloqué une nouvelle affectation en poste extérieur pour lequel il avait été pressenti. C’est en remontant sa carrière que les enquêteurs découvrent qu’Harold J. Nicholson, recevait des versements d’argent suspects depuis 1994. Il aurait reçu un premier versement de 12 000 dollars le 30 juin 1994, juste après avoir rencontré un OT russe à Kuala lumpur, alors qu’il allait rentrer aux Etats-Unis. De plus, l’enquête démontrera que les contacts officiels qu’il entretenait avec des OT du KGB, puis du SVR, dans le cadre de ses activités professionnelles, ont été complétés par des rencontres à l’insu de sa hiérarchie.

 

Le 16 novembre 1996, il est arrêté par le FBI à l’aéroport international de Dulles, alors qu’il s’apprête à prendre un vol pour Zurich. Il emportait avec lui des documents classifiés qu’il allait vraisemblablement remettre aux Russes. Afin d’échapper à la peine capitale, il accepte de coopérer et révèle qu’il a fourni à Moscou les identités des recrues qu’il encadrait à la ferme, les curriculums des autres instructeurs et le contenu des méthodes de formation pratiquées par la CIA. Il aurait également donné l’identité et le curriculum de membres de la CIA implantés en Russie. Il aurait aussi décrit en détail le fonctionnement du poste de Moscou et l’identité « d’honorables correspondants » (HC) américains. Enfin, il aurait fourni des informations que détenait Langley à propos de la situation en Tchétchénie, ainsi qu’un certain nombre de rapports concernant les renseignements recueillis par la CIA sur la Russie.

 

Harold J. Nicholson était un officier de renseignement de terrain particulièrement compétent, ce qui a expliqué sa brillante carrière au sein de la Company où il a enchaîné les postes à l’étranger et a été promu à un échelon élevé : GS-15. Sa vie privée en a souffert puisque, après avoir eu trois enfants, il a divorcé, ce qui est relativement courant dans les services. Passionné par son métier, il a franchi la ligne jaune alors qu’il était en poste extérieur en ayant des contacts non autorisés avec des OT du KGB puis du SVR. Au départ, peut-être n’y avait-il pas malice à procéder de la sorte car il est connu que pour obtenir des résultats, certains officiers de renseignement s’affranchissent parfois des règlements et de la hiérarchie. Par contre, sachant qu’une fois rentré au pays, sa rémunération serait amputée des primes importantes gagnées à l’étranger, il a décidé de vendre ses services aux Russes qui payent bien leurs agents de premier plan. Cet argent – environ 300 000 dollars – lui a permis de mener grand train et d’aider ses enfants, dont il avait obtenu la garde après son divorce, et pour lesquels il entretenait une profonde affection. Il semble que son ego a également joué un grand rôle. En effet, il considérait que son affectation comme instructeur au sein de la ferme était une voie de garage indigne de ses compétences. A la CIA, un haut rang dans l’indice des salaires des fonctionnaires des services n’implique pas obligatoirement l’attribution d’un poste de responsabilité équivalent. C’est donc pour toutes ces raisons que, juste avant son retour aux Etats-Unis, il aurait décidé de travailler pour le SVR.

 

Malgré son professionnalisme (il pensait ne pas être détecté), il a commis de nombreuses fautes de sécurité qui l’ont perdu. A savoir il n’a pas su passer l’épreuve du polygraphe avec succès, il n’a pas réussi à camoufler efficacement ses gains illégaux et il n’a pas détecté la surveillance dont il a fait l’objet pendant deux ans. 

 

Extrait de "Grand angle sur l'espionnage russe" d'Alain Rodier, publié aux Editions Uppr

 

 

 

 
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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur, en 2017 de Grand angle sur l'espionnage russe chez Uppr et de Proche-Orient : coup de projecteur pour comprendre chez Balland, en 2015, de Grand angle sur les mafias et de Grand angle sur le terrorisme aux éditions Uppr ; en 2013 du livre Le crime organisé du Canada à la Terre de feuen 2012 de l'ouvrage Les triades, la menace occultée (éditions du Rocher); en 2007 de Iran : la prochaine guerre ?; et en 2006 de Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme (éditions Ellipse). Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier, La face cachée des révolutions arabesest paru chez Ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS. 

 

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