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Guerre des sexes : pourquoi les promoteurs d'une grève des femmes contre les inégalités salariales oublient que le sexisme et la misogynie sont loin d'en être les seules raisons

Alors que le collectif "Les Glorieuses" appellent les femmes françaises à se mettre en grève le 7 novembre prochain à partir de 16h34, pour protester contre les inégalités salariales entre hommes et femmes, les racines de cette inégalité semblent plus profondes qu'une "simple" histoire de sexisme.

Pas si simple

Publié le - Mis à jour le 4 Novembre 2016
Guerre des sexes : pourquoi les promoteurs d'une grève des femmes contre les inégalités salariales oublient que le sexisme et la misogynie sont loin d'en être les seules raisons

Atlantico : Le collectif Les Glorieuses vient d'appeler les femmes françaises à faire grève le 7 novembre prochain à partir de 16h34 pour protester contre les inégalités salariales entre hommes et femmes dans le monde du travail. S'il y a évidemment une part de discrimination irrationnelle dans cet écart, quelles sont les autres raisons professionnelles (et plus rationnelles) qui peuvent l'expliquer ?

Cecilia Garcia-Peñalosa : Deux facteurs principaux expliquent cet écart. D’un côté, les femmes travaillent moins que les hommes, que ce soit à cause des arrêts de travail ou car elles ont un nombre d’heures de travail inferieur. Ces différences impliquent moins d’heures payées, mais aussi une pénalité due au fait que les postes à temps partiel ont un salaire horaire inferieur. D’un autre côté, hommes et femmes travaillent dans des secteurs et postes différents. Outre la ségrégation des femmes dans certains métiers, il existe une ségrégation verticale qui les confine en bas de l’échelle des carrières.

In fine, quand nous prenons en compte tous ces facteurs, l’écart salarial entre un homme et une femme qui ont le même poste, avec la même expérience, dans le même secteur est pratiquement inexistant. La discrimination se trouve plutôt dans l’embauche et les promotions qu’au niveau des salaires pour un poste donné.

Par contre, il est difficile de parler de "discrimination irrationnelle" car, malheureusement la plupart des discriminations qu’on voit aujourd’hui sont parfaitement rationnelles. Il s’agit de ce que, nous économistes, on appelle "discrimination statistique". Pour vous donner un exemple, une entreprise veut promouvoir un de ses employés qu’il va devoir former au nouveau poste : rien n’est plus rationnel que de promouvoir un jeune homme qui continuera à travailler après sa formation au lieu d’une jeune femme que, "statistiquement", risque de quitter l’entreprise dans peu de temps pour s’occuper de ses enfants. L’aspect le plus préoccupant de cette situation est que, au sein des ménages, il est aussi rationnel d’attribuer la plus  grande partie du travail domestique à la femme car c’est l’homme qui sera promu. Les anticipations des entreprises s’avèrent ainsi correctes. C’est le serpent qui se mord la queue !

Jean-François Amadieu : Tout d'abord, je ne sais pas s'il faut employer les termes "rationnelles" ou "irrationnelles". Techniquement parlant, on parle plutôt d'écarts de salaire "expliqués" et "inexpliqués", l'inexpliqué pouvant par ailleurs être expliqué par des variables que l'on ne connaît pas.

En France, selon les enquêtes, on considère que l'écart brut de salaire entre hommes et femmes se situe entre 25 et 30%. En réalité, il faut bien sûr raisonner en équivalents temps plein pour neutraliser les effets du temps partiel, ce qui ramène généralement l'écart en-dessous des 20 points. Il faut ensuite tenir compte de la structure d'emploi qui est ici l'élément principal. La moitié de cet écart à temps complet va s'expliquer par les postes occupés par les hommes et les femmes. C'est une explication classique qui joue évidemment un rôle important. Nous pouvons évoquer ici les filières d'études différentes entre hommes et femmes.

À structure d'emploi similaire, à temps de travail identique, à responsabilités similaires, à secteur et taille d'entreprises similaires, on arrive à peu près à un écart de 9% selon les estimations des études du ministère du Travail et de l'Insee. Ce chiffre correspondrait au fameux écart "inexpliqué".

Cet écart inexpliqué peut évidemment résulter d'une discrimination salariale, mais il peut y avoir d'autres explications. Regardez par exemple les ruptures d'activité. Le fait de voir sa carrière connaître des interruptions implique que l'expérience professionnelle n'est pas la même, de même que l'ancienneté dans l'entreprise. Or, les salaires se fixent aussi en fonction de ces deux variables. C'est donc un élément qui compte pour expliquer une partie des fameux 9% dont nous parlons.

Autre facteur explicatif : la négociation. En effet, j'ai pu étudier les écarts de salaire dans des entreprises, et il se trouve que le salaire à l'embauche joue beaucoup. Les femmes ne négociant pas forcément de la même manière à ce moment-là, on constate bien des écarts dès ce stade. Pour le coup, c'est une variable parfaitement "rationnelle".

Une fois dit cela, il y a quelque chose qu'on ne peut jamais savoir, c'est quelle est la productivité comparée des uns et des autres à poste égal.

Enfin, notons que lorsqu'on étudie les bas salaires, il y a peu d'écarts entre hommes et femmes. Les écarts se creusent au fur et à mesure de l'avancée dans la carrière, on le voit bien chez les cadres.

 
Commentaires

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  • Par assougoudrel - 03/11/2016 - 11:29 - Signaler un abus Un métier où les femmes

    touchent deux fois plus que les hommes, pour le même nombre d'heures effectués, c'est la pornographie.

  • Par Deudeuche - 03/11/2016 - 11:42 - Signaler un abus @assougoudrel

    oui car la demande masculine "d'images" féminine est de loin supérieure à la demande féminine "d'images" masculines. Nous savons tous que les hommes veulent voir et les femmes veulent entendre.

  • Par Anguerrand - 04/11/2016 - 07:39 - Signaler un abus Ces organisation féminine ne défendent pas plus grave

    LA ou on ne les entend JAMAIS, c'est sur la defense des femmes musulmanes qui vivent une vie de contrainte sous le joug des hommes ou du frère aîné. Des femmes qui seront à vie des êtres justes bonnes à faire des momes. Ces organisations ont bien trop peur!

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Cecilia García-Peñalosa

Cecilia García-Peñalosa est directrice de recherche Cnrs à l’Ecole d’Economie d’Aix-Marseille (AMSE) et membre du Conseil d’Analyse Economique.

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Jean-François Amadieu

Jean-François Amadieu est sociologue, spécialiste des déterminants physiques de la sélection sociale. Directeur de l'Observatoire de la Discrimination, il est l'auteur de Le Poids des apparences. Beauté, amour et gloire (Odile Jacob, 2002), DRH le livre noir, (éditions du Seuil, janvier 2013) et Odile Jacob, La société du paraitre -les beaux, le jeunes et les autres (septembre 2016, Odile Jacob).

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