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La guerre des gauches : les dix dossiers qui creusent le fossé entre ceux qui veulent gouverner et ceux qui ne le veulent pas vraiment

La guerre entre les candidats de gauche n’a qu’un intérêt : distinguer ceux qui veulent gouverner et ceux qui ne le veulent pas.

L'Edito de Jean-Marc Sylvestre

Publié le - Mis à jour le 8 Janvier 2017
La guerre des gauches : les dix dossiers qui creusent le fossé entre ceux qui veulent gouverner et ceux qui ne le veulent pas vraiment

Pour tous les observateurs, le spectacle des candidats de gauche qui se déchirent à la fois sur le bilan de François Hollande et surtout sur les programmes qu’ils proposent permet de montrer le fossé qui sépare ceux qui veulent véritablement gouverner et ceux qui se drapent dans une posture tellement radicale qu’ils doivent quand même se rendre compte eux-mêmes que la plupart des réformes qu’ils proposent ne sont pas applicables. Donc ils sont dans la course pour y participer, mais ils sont disqualifiés pour la gagner. Ou alors s’ils veulent le pouvoir, ils n’ont pas réalisé qu’il fallait ensuite l’exercer.

La faute de François Hollande a été de faire croire à ses électeurs que le programme qu’il proposait en 2011 était applicable.

Lui même devait quand même en douter.

Le grand changement par rapport à 2011, c’est qu‘il y a une majorité de Français qui n’acceptent plus ce double langage. Même ceux qui ont été attirés par les mouvements extrémistes acceptent mal des promesses dont ils savent qu’elles sont utopiques. A cet égard, la victoire de Trump et le désordre que le Brexit provoque en Grande-Bretagne quant à sa gestion sont très pédagogiques pour les autres peuples. La situation est telle qu’une majorité d'Anglais seraient aujourd’hui d’accord pour troquer cette utopie radicale avec des amendements au système d’intégration européenne. Aux Etats-Unis, on voit bien qu’une partie des électeurs de Trump a compris dès aujourd’hui que beaucoup de ses promesses ne seraient pas appliquées.

Le débat de la primaire de gauche permet de repérer des grandes lignes de fractures et de marquer d’un chiffon rouge les promesses qui paraissent irresponsables. Les dix dossiers qui creusent le fossé entre les deux gauches éclairent la vraie nature du débat politique.

1° Le projet d’annuler en partie les dettes publiques pour alléger le fardeau financier ne passe pas. C’était évidemment dans le programme de Jean-Luc Mélenchon, on l'a retrouvé, un moment, chez Benoît Hamon et même chez Arnaud Montebourg. Ils ont mis tous les deux cette hypothèse en sourdine. Les Français ont compris que l’endettement public était financé en partie par l'épargne des Français (l’assurance vie) et par l'étranger. Menacer d’annuler cette dette, c’est "promettre" aux épargnants de les ruiner. C’est aussi se fermer la porte des financements étrangers. La France a besoin d‘emprunter 250 milliards d’euros par an. La semaine dernière, elle a levé 9,5 milliards d’euros à des conditions de taux très favorables. Annoncer qu’il faut annuler la dette reviendrait à être exclus de tous les marchés financiers. Inimaginable, inapplicable sauf à annoncer aux fonctionnaires et aux retraités qu’on ne versera plus leurs pensions ou leurs rémunérations à compter du 20 de chaque mois.

Il faut donc renoncer à cette promesse utopique et réfléchir à d’autres moyens de réduire la dette ou le poids de la dette. Il y en a bien sûr !!!

Il y a des candidats plus sérieux que d’autres sur la question de la gestion de la dette publique.

2° La banalisation du déficit budgétaire. Dire qu’on peut parfaitement supporter un déficit budgétaire supérieur à 3%, et monter au besoin à 6 ou 8% est un propos politique de plus en plus inaudible. C’est un peu le corolaire de l’annulation de la dette. L’inverse qui consiste a sanctuarisé l’objectif de déficit zéro (un peu comme l’imposent les Allemands) est tout aussi absurde. En revanche, la majorité des Français a parfaitement compris que la politique budgétaire(en gros la gestion du déficit) était un outil important de la régulation conjoncturelle, que cet outil était dans les mains du gouvernement qui devait l’utiliser, non pas pour faire des cadeaux à certaines catégories d’électeurs, mais pour accompagner, ou gérer des aléas de conjoncture.

3° Le protectionnisme n’a plus le caractère de remède miracle que certains hommes politiques veulent lui faire jouer. Se protéger de la concurrence étrangère, c’est évidemment dans beaucoup de secteurs prendre le risque de perdre du pouvoir d’achat et même de priver la consommation de beaucoup d’opportunités. Il y a aujourd hui beaucoup de produits de grande consommation et d’équipement que nous ne saurions plus fabriquer à un prix acceptable.

Ajoutons à cela que tout le monde a compris aussi, que d’élever des barrières douanières tarifaires ou pas, nous faisait prendre le risque de ne plus rien vendre à l’étranger.

Alors l’économie moderne est une économie d’échange, mais à condition de ne pas tomber dans l’angélisme. La France n'est pas obligée de tout accepter, elle pourrait se forcer à négocier des accords de coordination et d’harmonisation, de réciprocité, ce qu’elle ne fait pas assez.

4°La relance de la demande, en voie de désacralisation. Relancer la demande par injection de pouvoir d’achat est au cœur du programme de la gauche, de Mélenchon à Hamon en passant par Montebourg. On comprend pourquoi. Relancer la demande par une distribution de pouvoir d’achat, c’est répondre de façon immédiate et facilement à une demande de la majorité des électeurs qui ont du mal à boucler leur fin de mois, mais pas seulement eux. Personne ne refusera 200 ou 500 euros à dépenser de plus par mois. On est dans la pure tradition d’un keynésianisme qui n’aurait pas compris que les économies étaient ouvertes. En France et compte tenu de notre déficit du commerce extérieur, relancer massivement la demande de consommation, c’est relancer les cadences de production des usines de Shanghai là où sont fabriqués les produits que nous achetons dans les magasins français. Et à ceux qui nous expliquent que cette demande incitera des productions françaises à se développer, ils se trompent. Une fois de plus, l’appareil industriel français pourrait éventuellement présenter une offre de qualité mais jamais au même prix. Trêve d’hypocrisie, le pouvoir d’achat des Français est aussi fabriqué grâce aux bas salaires pratiqués dans les pays émergents. Les Français de plus en plus nombreux le savent de plus en plus  

5° Une réforme fiscale qui reviendrait à fusionner l’impôt sur le revenu et la CSG pour en faire un impôt non plus proportionnel mais progressif va à l’encontre des analyses de cohérence les plus élémentaires, parce qu‘à terme cette fusion dénature et vide l’impôt direct de son contenu et de son rendement. Mieux vaut évidemment un impôt modéré avec une assiette très large, plutôt qu’un impôt lourd concentré sur les plus riches qui n’auront qu’une obsession : y échapper par tous les moyens; et ils ont du talent pour cela.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 07/01/2017 - 13:25 - Signaler un abus "L'adossement à l'Allemagne est un avantage"?????

    Vous avez été plus inspiré, Sylvestre! On sent la panique s'emparer des analystes, même les plus avertis...vous savez parfaitement que la construction européenne est une erreur et que l'Euro est le symbole le plus caractéristique de cette impasse! Non pas parceque c'est "l'Euro", mais parceque les institutions européennes sont mauvaises, écrites par des ideologues attardés...tous les analystes le répètent: il aurait fallu concevoir la BCE avec un objectif de plein emploi, comme la FED, et non de maîtrise de l'inflation. Les gauchistes inversés Mitterrand-Delors-Lamy-Giscard ont voulu l'inverse...et il ne suffirait pas de dire "nous nous sommes trompés", mais il faudrait revoir toutes ces institutions bancales, en les gommant, puis en les remplaçant...la première étape réclame du courage. Les europeistes, dont vous faites partie, n'ont même pas ce courage. Tous vos autres paragraphes découlent de cette absence...

  • Par pathu - 08/01/2017 - 20:13 - Signaler un abus Le protectionnisme n’a plus le caractère de remède miracle que c

    relancer la production francaise en taxant aux frontieres et en augmentant le pouvoir d'achats de 50 millions d'individus , impossible ? pourtant de combien celui de quelques milliers a t'il augmenté ? vas falloir reflechir vite les economistes , ......

  • Par ikaris - 09/01/2017 - 10:52 - Signaler un abus protectionnisme et pouvoir d'achat

    On le sait l'ouverture des frontières aux flux de marchandise est dans l'intérêt des multinationales et de la finance ... car cela permet de faire jouer la concurrence de la main d'oeuvre à l'échelle mondiale. Bizarrement un argument tente de percer : le protectionnisme serait contre le pouvoir d'achat des ménages et donc contre l'intérêt des plus pauvres. Argument repris par papy sylvestre (la voix du grand patronat). Qu'est ce qu'il vaut mieux ? Avoir des chomeurs et donc pas de revenu pour acheter des produits pas cher (sauf à les vendredi pour rien ?) ou avoir des salariés qui vont devoir s'acheter des produits plus cher ? Il faut vraiment nous prendre complètement pour des abrutis pour nous proposer ce choix dont la réponse va de soit. Oui au protectionnisme intelligent, oui à la réindustrialisation, non aux fables mondialistes. Trump en menaçant Ford d'une taxe à l'importation vient de faire annuler un projet de construction d'une usine automobile au Mexique (et donc de délocalisation d'emplois US) ... usine qui devait théoriquement "servir la demande locale" (mensonge classique)

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Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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