Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Dimanche 24 Juin 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

Guerre froide : Quand le KGB infiltrait la police française

Paul-Louis Voger a fait toute sa carrière dans les «services» du ministère de l’Intérieur. Recruté dans les années 1980 au contre- espionnage de la DST (il a même été agent double pour contrer la pénétration de la police française par le KGB), il en dévoile les méthodes, parfois à la limite de la légalité : interrogatoires, visites de domiciles, écoutes, recrutement d’indics, examen de fadettes, manipulation de sources humaines… Extrait de "Je ne pouvais rien dire Contre-espionnage, antiterrorisme : un ancien espion raconte" de Paul-Louis Voger, publié aux éditions de l'Archipel (1/2).

Bonnes feuilles

Publié le
Guerre froide : Quand le KGB infiltrait la police française

J’occupe un F3 de la Petite Couronne, dans un quartier du 9-3 encore préservé à l’époque. Un soir de février 1988, je regarde le JT de 20 heures, à moitié assoupi après une bonne journée de travail à Nélaton. À mes côtés, ma femme, N. Nous n’avons pas encore d’enfants à bientôt trente ans, mais nous y pensons… Sonnerie à l’interphone. Une voix un peu rauque : « C’est Anatole… » Je pense d’abord à un démarcheur à l’accent slave ou allemand. Soudain, le fl ash : Anatole, mon contact perdu de vue depuis dix mois… Le « Soviet », le « C1 » de la ligne KR !

Un officier du KGB en bas de chez moi ? Que veut-il ? Aurait-il fait défection à l’Ouest ? En quelques secondes, les pensées se bousculent. Vite, comment réagir ? « Anatole, je descends. » Avant de dévaler les trois étages, j’avertis mon épouse : « Surtout, pas un mot sur la DST, laisse-moi faire. C’est un contact ancien de boulot, un Soviet. » Stupéfaction de ma conjointe, qui ne savait rien de mes missions et qui ne connaissait que quelques collègues de repas amicaux. L’épouse ne doit rien savoir.

Encore sous le coup de la surprise, incrédule, je descends le chercher. Le revoilà, après un an sans contact. Méfi ance, interrogations. Comment a-t-il trouvé mon adresse, alors que je suis sur liste rouge ? Dois-je lui avouer que je travaille à la DST ? Je l’invite à prendre un verre au salon, feignant la bonne surprise pour masquer mon inquiétude… Mon épouse tombe des nues. Après quelques banalités, vient la question qui tue, alors que le JT de PPDA touche à sa fi n : « Alors, que fais-tu au ministère maintenant, ça te plaît ? » Je dois vite trouver une bonne réponse, sans le braquer car je me dis que s’il reprend contact un an après, c’est qu’il cherche quelque chose. Mais quoi ? L’enjeu est lourd pour moi et la DST. Avec un aplomb qui me surprend moi-même, je lui dis que je suis en charge de questions de documentation et de personnel au cabinet du DGPN (1) , rue Nélaton. Un demi-aveu pour paraître crédible, au cas où j’aurais fait l’objet d’une fi loche des services russes. Ou d’une fi loche à venir. Il se trouve qu’au siège Nélaton, dans le hall, il est indiqué, pour le seizième étage, « DGPN-Cabinet ». Il s’agit en fait de salles de réunion et de bureaux.

Là je sens que la « truite a tourné autour de la bonne mouche de printemps dans la rivière ». Notre petit jeu du chat et de la souris continue. Je lui demande comment il m’a retrouvé. Mon adresse était certes indiquée sur un annuaire de 1985, mais entre-temps j’avais changé de bâtiment et je m’étais mis sur liste rouge. Lui-même ou d’autres à sa solde m’avaient donc cherché. Et la boîte aux lettres avait parlé. Mon lascar, tu n’es pas venu pour rien, me suis-je dit.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par vangog - 23/02/2018 - 21:36 - Signaler un abus « Putain, ils font fort, les popovs! »

    Triste reaction d’un abruti qui ne cherche même pas à comprendre ce qui lui arrive...vu l'état de déliquescence gauchiste et d’infiltration trotskyste des corps intermédiaires de la France des années 80, ce n’est pas le diplomate français qui cherche à Ferrer le russe, mais l’inverse...après un tel entrisme facile dans une nation au beurre rose, le sport favori des russes, c’etait la recherche d’agents-doubles, suffisamment naïfs pour croire au trotsko-léninisme, et suffisamment intelligent pour faire croire le contraire a leurs supérieurs..et ça marchait!

  • Par Anguerrand - 24/02/2018 - 07:59 - Signaler un abus Les musulmans ont pris la place des sovietiques

    Encore qu’il n’est pas certain que notre police ne soit pas encore infiltrée par les russes, il est aussi maintenant démontré que l’armee Française est, elle infiltrée par les musulmans. Un ami proche militaire gradé m’a raconté que les problèmes était fréquents dans nos armées de ces infiltrations, et puis on ne tire pas sur des frères musulmans quand on est musulmans soi même. Allah ou le Prophète promettrait l’enfer. Les musulmans embauchés dans ne sont pas viables, et surveillés alors, à quoi bon en Recruter?

  • Par moneo - 24/02/2018 - 10:12 - Signaler un abus étonnant?

    Quand depuis toujours d'"éminents ministres de la 5eme république furent soupçonnés ou accusés d'être des taupes ( Allemagne aussi) comment penser qu'il n' y en a plus , y aurait des taupes Americaines aussi..

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Paul-Louis Voger

Paul-Louis Voger est le pseudonyme d’un membre de la DGSI, l'ex-DST, qui vient de quitter le service. Cet officier du renseignement a passé 32 années au contre-espionnage.

Je ne pouvais rien dire: Contre-espionnage, antiterrorisme : un ancien espion raconte de Paul-Louis Voger

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€