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"La guerre en 140 caractères" : le livre sur les guerres de demain qui se feront par réseaux sociaux interposés

Dans son livre "War in 140 Characters: How Social Media Is Reshaping Conflict in the Twenty-First Century", David Patrikarakos évoque l'importance prise par les réseaux sociaux dans l'évolution des conflits actuels.

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"La guerre en 140 caractères" : le livre sur les guerres de demain qui se feront par réseaux sociaux interposés

Atlantico : David Patrikarakos à travers son livre "War in 140 Characters: How Social Media Is Reshaping Conflict in the Twenty-First Century" s'est intéressé à la manière dont ont évolué les conflits et les crises à travers le monde et montre l'exemple de certains citoyens qui ont réussi à infléchir le cours de conflits grâce à leur utilisation des réseaux sociaux en modifiant en profondeur l'opinion publique. Que pensez-vous de cette analyse et à quel point les réseaux sociaux sont devenus une arme décisive sur le terrain ?

François-Bernard Huyghe : On a déjà commencé à parler de « Twitter révolution » dès 2009 en Iran quand les iraniens anti-Ahmaninedjab ont répandu les images d’une jeune manifestante tuée par la police. C’était la belle Neda, dont le visage de Madonne mourante photographié sur Smartphone et vite diffusé en ligne a bouleversé le monde. Et pendant le printemps arabe, en 2011, couplé avec un portable dans la poche, Twitter semblait l’outil idéal pour mettre instantanément en relation les manifestants face à la police, envoyer des images de la répression et des informations du mouvement à la diaspora et aux médias occidentaux. D’où l’idée que, désormais, les autocrates, avec leurs « vieilles » télés et radios d’État,  seraient impuissants face aux manifestants jeunes, souvent anglophones et pro-occidentaux, qui, avec un téléphone dans leur poche, montreraient la violence crue et mobiliseraient l’opinion internationale pour leur cause. Twitter (et d’autres plateformes) à chaque citoyen la possibilité de témoigner des horreurs du conflit, mais aussi de se coordonner que ce soit pour défiler ou pour organiser des secours. Le tout en prenant le monde entier à témoin.

Bien entendu, la réalité s’est révélée plus complexe et les armées aussi ont appris à utiliser les réseaux sociaux pour leur influence et leur guerre du sens. Ainsi Tsahal s’est livré à une véritable compétition de l’attention et des « followers » face au Hamas : tweetant dans plusieurs langues, les forces de défense israélienne renvoyaient leurs partisans vers des vidéos favorables, des liens, des informations tendant à démontrer qu’Israël faisait une guerre propre et que c’était l’adversaire qui faisait de la propagande, truquait les photos, etc.

Par la suite, comme le note Patrikarakos, que ce soit en Syrie ou en Ukraine, on a vu que ce n’étaient pas forcément les manifestants ou les ONG pro-occidentales qui gagnaient au jeu qui consiste à montrer ses victimes et à dénoncer les atrocités adverses. Soit avec des réseaux militants ou hackers « patriotes », soit en utilisant des trolls ou des « bots » (des robots qui simulent, l’activité d’un compte en ligne), les pro-Bachar ou les pro-Poutine ont pu montrer des horreurs des deux côtés, stigmatiser la désinformation adverse, contester des photos ou les récits d’atrocités qu’on leur imputait. Entraînant à leur tour la dénonciation sur les réseaux sociaux de « l’arsenalisation de l’information » (weaponization of information) par Poutine et les forces illibérales. Et ainsi de suite.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 13/03/2018 - 23:44 - Signaler un abus Les patriotes sont en train de gagner la guerre Twitter...

    et voilà pourquoi Macron, qui contrôle déjà toute la presse subventionnée (n’est-ce pas, Atlantico qui boote les articles d’alexis Corbière pour faire croire faussement qu’ils intéressent les lecteurs?...), Macron veut contrôler aussi les réseaux sociaux pour garantir sa réélection par une ultra-minorité de bobos passéistes...

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François-Bernard Huyghe

François-Bernard Huyghe est directeur de recherches à l’Iris.
 
Il enseigne notamment au Celsa-Paris IV à l’Iris Sup, et anime le site http://huyghe.fr
 
Spécialiste des stratégies de l'information, il est l'auteur de nombreux ouvrages, dont La Soft-idéologie (Robert Laffont ), L'Ennemi à l'ère numérique (Puf), Comprendre le pouvoir stratégique des médias (Eyrolles), Maîtres du faire croire de la propagande à l'influence (Vuibert), Les terroristes disent toujours ce qu'ils vont faire (avc A. Bauer, Puf), et Terrorismes, Violence et Propagande (Gallimard) 
 

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