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La guerre contre l’Etat islamique se gagnera-t-elle comme la guerre froide ou comme la seconde Guerre mondiale ?

Un rapport du Conseil de Sécurité de l'ONU publié au courant du mois de novembre estimait que l'Etat islamique possédait suffisamment d'argent et d'armes pour se battre pendant deux ans. S'il est politiquement possible de dessiner des parallèles avec la Guerre froide, militairement, il n'en est rien.

L’usure ou les tanks

Publié le - Mis à jour le 16 Décembre 2014

Atlantico : Un rapport du Conseil de Sécurité de l'ONU publié au courant du mois de novembre estimait que l'Etat islamique posséderait suffisamment d'argent et suffisamment d'armes pour se battre pendant deux ans. Au regard des forces en présence vers quels types de scénarios militaires se dirige-t-on ?

Alain Rodier : Daesh a eu des rentrées d'argent très importantes : rançons, vols dans les banques des villes conquises, racket des populations et des trafics, confiscations de biens (chrétiens, yazidis et autres). Il a désormais de grosses dépenses car faire vivre un "Etat" de presque dix millions de personnes coûte cher. Il lui faut payer les "fonctionnaires" placés sous l'autorité des "gouverneurs" qui ont été désignés, approvisionner les marchés, assurer un soutien médical et éducatif (ce dernier étant très religieux) et assurer la solde des personnels combattants.

Si le racket sur les populations poursuit, les revenus des matières premières a tendance à diminuer du fait de la destruction des infrastructures par les bombardements.

Au niveau territorial, Daesh est maintenant bloqué en Irak ne pouvant plus progresser en zones kurde et chiite et il ne semble plus progresser en Syrie. La bataille de Kobané a été son premier échec marquant, au moins sur le plan psychologique. Nous assistons maintenant à une guerre de positions avec des offensives locales qui resteront limitées dans l'espace.

La situation devrait donc pourrir peu à peu. Daesh en tire les conséquences :

- il va intensifier les attentats terroristes dans les zones qu'il ne contrôle pas en Syrie et en Irak;

- il se livre à une intense campagne médiatique via le net pour continuer à attirer des combattants étrangers (il a besoin de personnels et c'est dans ce cadre qu'il forme également des enfants-soldats);

- il appelle tous les mouvements insurrectionnels islamistes radicaux étrangers à lui faire allégeance et à passer à l'action. En sus, il demande à tous les apprentis djihadistes à se livrer à des actions terroristes là où ils le peuvent avec les moyens dont ils disposent (couteaux, pierres, explosifs de fortune, etc.). Il espère ainsi desserrer l'étreinte qui pèse sur ses troupes sur le front syro-rakien.

En résumé : une guerre de positions en Syrie et en Irak et une extension des opérations de type terroriste à l'étranger.

Jean-Bernard Pinatel : Ce type d’évaluation ne vaut pas grand chose. Car dans une confrontation militaire, l’argent est important mais ce qui compte au final c’est le rapport des forces en présence. Adam Smith en 1776 écrivait des mots qui sont toujours valables aujourd’hui : "Dans la guerre moderne, le prix élevé des armes à feu donne un avantage évident à la nation qui peut le mieux supporter cette dépense ; et par la suite à une nation opulente et civilisée sur une nation pauvre et barbare".

En Irak, la durée du conflit sous la forme classique qu’il a actuellement (Daech dispose de chars et d’artillerie) dépend uniquement des moyens que la coalition mettra en face pour en réaliser l’attrition. L’engagement prochain d’hélicoptères Apache en Irak et la présence auprès des forces irakiennes de contrôleurs aériens va accroître l’efficacité des frappes. Il a fallu 6 mois à l’aviation français et britannique pour réduire le potentiel libyen suffisamment et permettre le renversement du régime Kadhafi par les révolutionnaires. Combien de temps faudra-t-il pour rééquiper et former l’armée irakienne pour qu’elle soit en mesure de refouler Daech sous sa forme actuelle hors d’Irak. A mon avis un an au maximum sous deux conditions : 1) que les négociations entreprises par le Premier ministre irakien Hayder Al Ebadi avec les chefs de tribus sunnites aboutissent à en rallier une majorité car Daech n’a pu entrer en Irak que parce que les 3 gouvernorats sunnites étaient déjà en rébellion depuis plus d’un an contre le pouvoir sectaire de Maliki. 2) Que les milices chiites qui ont contribué à stopper l’avancée de Daech, levées et payées par Maliki et qui aujourd’hui ne sont plus rémunérées par le nouveau gouvernement, ne créent pas une telle insécurité à Bagdad et dans le reste du pays que l’effort de guerre contre Daech s’en trouve paralysé.

 
Commentaires

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  • Par Benvoyons - 22/11/2014 - 10:40 - Signaler un abus Pour être djiadiste il faut un profil psychologique particulier.

    Donc plus vous allez en tuer plus vous allez raréfier le profil psychologique. Ce profil psychologique correspond à celui de l’extrême Gauche et celui de l'extrême droite. Cela reste des minorités chez l'être humain et donc en faisant durer un peu la guerre et bien vous allez réduire ces cas.pour enfin vivre en paix. Mais malheureusement la production repartira et dans quelques années vous aurez de nouveau sous une autre forme les mêmes problèmes.

  • Par melenpougne - 22/11/2014 - 11:16 - Signaler un abus La guerre

    L'Islam est en marche,rien ne l'arrétera plus .L'Occident à la montre les Arabes ont le Temps.

  • Par chrisbord - 22/11/2014 - 12:11 - Signaler un abus Comment cela va se terminer

    Moi, je verrais bien se terminer toutes ces horreurs, ce serait a l'image de Nagasaki, avec la bombe a neutrons afin que toutes ces petites frappes se drapant dans la la religion, pour assouvir leurs plus bas instincts soient réduits a néant pour toujours. Que chacun adopte une religion du grand livre, certes. Mais que les adeptes de celles-ci ne soient plus imposées aux autres par le fer et le feu ! Merci de m'avoir lu jusqu'au bout !

  • Par cloette - 22/11/2014 - 12:51 - Signaler un abus La vraie question est

    D'où sortent ces djihadistes ? ( d'un jeu vidéo? Malgré les apparences la réponse est non ) , alors D'OÙ ?

  • Par vangog - 22/11/2014 - 14:19 - Signaler un abus Empêchez-les de revenir dans les pays occidentaux

    ou coupez-leur les accès aux aides sociales (quasiment la même chose), à ces jihadistes dont le nom et le nombre sont parfaitement connus des services de police, et vous verrez la barbarie se tarrir...comme par miracle!

  • Par langue de pivert - 22/11/2014 - 18:57 - Signaler un abus Laissons faire la nature ! ☺

    Laissez les pays musulmans régler leur problème à leur manière est la solution la plus raisonnable, la plus économique, et la plus efficace. Intervenir, c'est rentrer dans un jeu ou il n'y a rien à gagner. Contrôler de manière drastique - l'idéal étant de l'éradiquer - l'influence de cette secte en occident ! Que nous rapporte l'islam ? Si toute l'énergie, l'argent, le temps perdu à faire la guerre dans ces pays étaient mis au service de ce simple objectif nous serions rapidement enfin débarrassé de la peste verte et de ses nuisances !

  • Par Gré - 23/11/2014 - 00:20 - Signaler un abus "Et je vous rappelle que ce

    "Et je vous rappelle que ce sont les musulmans qui en subissent aujourd’hui presque exclusivement le prix du sang"---------------------------------------------------------heureusement qu'il y a le "presque" parce que, dans ce petit mot, cela fait beaucoup de monde qui se bouscule à commencer par les Chrétiens et les Yazédis. Cela ne fait jamais que quelques centaines de milliers de personnes, notez bien. Une paille ...

  • Par brennec - 23/11/2014 - 10:22 - Signaler un abus Gott mit uns

    Gott mit uns n'a rien a voir avec le nazisme et est encore moins leur devise, un simple consultation sur internet aurait appris a l'auteur que cette devise (en latin) était un cri de bataille dans l'empire romain tardif et dans l'empire byzantin, en allemagne il a été utilisé (en allemand) pour la première fois par l'ordre teutonique au 17e siècle. Une erreur bienvenue pour ceux qui ont l'habitude de mettre le nazisme sur le dos du christianisme, contre toute vraisemblance historique et en toute ignorance de ce qu'est le nazisme.

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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur en 2015 de "Grand angle sur les mafias" et de " Grand angle sur le terrorisme" aux éditions UPPR (uniquement en version électronique), en 2013 "le crime organisé du Canada à la Terre de feu", en 2012 "les triades, la menace occultée", ces deux ouvrages parus aux éditions du Rocher, en 2007 de "Iran : la prochaine guerre ?" et en 2006 de "Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme" aux éditions ellipse, Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier "la face cachée des révolutions arabes" est paru chez ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS.

 

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Jean-Bernard Pinatel

Général (2S) et dirigeant d'entreprise, Jean-Bernard Pinatel est un expert reconnu des questions géopolitiques et d'intelligence économique.

Il est l'auteur de Carnet de Guerres et de crises, paru aux éditions Lavauzelle en 2014.

Il anime aussi le blog : www.geopolitique-géostratégie.fr

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