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Guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine : et Trump fonça sur le défi auquel aucune démocratie occidentale libérale n’a encore trouvé de réponse (mais à quel prix ?)

Le système de libre-échange international construit autour de l’OMC repose sur le principe de la confiance et du respect des règles mais comment se comporter face à une nouvelle superpuissance industrielle autoritaire qui ne s’en embarrasse pas ?

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Guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine : et Trump fonça sur le défi auquel aucune démocratie occidentale libérale n’a encore trouvé de réponse (mais à quel prix ?)

 Crédit AFP

Atlantico : Ce 3 avril, le représentant au commerce américain, Robert Lighthizer a publié la liste des 1300 produits chinois qui subiront une taxe à l'importation (jusqu'à 25%), et dont la valeur totale avoisine les 50 milliards de dollars. Et ce, en conformité avec ce qu'avait annoncé Donald Trump. Ne peut-on pas considérer que Donald Trump explore ici un rapport de force entre deux puissances qui peuvent être déséquilibrées dans leur mode de fonctionnement, entre un régime autoritaire et une démocratie libérale ?

Dans le déséquilibre qui a pu être dénoncé par Donald Trump au cours de ces dernières années, sur les restrictions chinoises par exemple, et la non réciprocité du pays, existe-t-il réellement une alternative à l'approche ici développée ? 

Rémi Bourgeot : Ce conflit commercial repose sur un déséquilibre commercial visible depuis plusieurs décennies désormais et lourd de conséquences aussi bien économiques que financières. Naturellement vient s’y greffer une équation politique internationale entre la Chine et les Etats-Unis, et aussi entre tendances idéologiques différentes au sein de l’échiquier politique américain.

Face à ce qui n’était encore qu’une menace, certes claire au vu de la campagne présidentielle de Donald Trump, de mesures douanières, Xi Jinping avait tenté de se présenter, notamment lors de son discours de Davos l’an passé, en grand défenseur de l’ordre libéral mondial et notamment du libre-échange. Naturellement cela ne correspond pas, sur le plan économique, à la réalité de l’approche de la mondialisation sur laquelle a reposé le développement du pays, notamment en ce qui concerne les pratiques de protection poussée, sur les importations comme sur les investissements étrangers.

Aux Etats-Unis, le phénomène Trump survient dans un contexte de crise profonde et de fracture de la société américaine. La pratique politique du milliardaire-star de téléréalité ne s’inscrit naturellement pas dans les coutumes de la démocratie libérale. Face au spectacle de cette inflexion politique, une partie importante de l’élite américaine en vient à glorifier un statu quo pré-Trump idéalisé, en confondant au passage l’approche de Barack Obama avec celle de Hillary Clinton ou de Justin Trudeau plus au nord. Barack Obama, quelles qu’aient été les limites de son action, avait pourtant marqué un tournant réaliste tout à fait important, voire majeur dans la gestion de la crise mondiale, après le vide de l’ère Bush-Clinton-Bush.

Plus en profondeur, si l’on parvient malgré tout à faire abstraction de la trépidation médiatique actuelle, on constate une évolution politique qui dépasse largement le camp Trump, en particulier sur la question du rééquilibrage commercial. La prise de conscience de la gravité du déficit commercial, dans sa dimension aussi bien industrielle que macro-financière, est partagée par de nombreux observateurs et acteurs de la vie politique aux Etats-Unis. Et c’était évidemment déjà le cas de l’équipe Obama qui s’était montrée très préoccupée par les excédents chinois et allemand. Bien que l’on observe actuellement une grande confusion dans les commentaires sur la question commerciale, avec la prévalence chez certains experts de croyances relevant de la « mondialisation heureuse » des années 1990, le désaccord se concentre en fait davantage sur la réponse à apporter au désordre commercial que sur sa négation, option qui devient quelque peu marginale.
 

 
Commentaires

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  • Par vangog - 05/04/2018 - 09:47 - Signaler un abus Forte relocalisation de l’emploi aux USA!

    Au delà des circonvolutions sémantiques pour savoir si « c’est juste » ou « c’est pas juste! », éternel et archaïque débat franchouillard, Donald, lui, agit, et gagne! C’est marrant que dans un combat pour l’emploi et la relocalisation industrielle, l’analyste (biberonné à la pensée unique?...) n’aborde pas les résultats évidents de Donald après ses mesures protectrices?...c’est du à la déconnexion des ànalystes Français avec la réalité qu’un oubli! Le chômage américain (non falsifié par l’INSEE trotskyste...) a encore baissé d’un dixième de point en Mars ( le secteur privé a créé 241.000 nouveaux postes alors que les analystes s'attendaient à 203.000 nouvelles embauches), après avoir fait un score identique en Février, et baisse à 4%! Lorsque la France gauchiste sera à 4% de chômage, elle pourra se réjouir...pas avant!

  • Par assougoudrel - 05/04/2018 - 10:03 - Signaler un abus @Vangog

    J'ai vu sur Arte (pourtant anti-Trump) un reportage où on voit les habitants de l'Amérique profonde, remercier Trump pour avoir gardé leurs emplois dans les mines et autres entreprises que Clinton parlait de fermer. J'ai été très étonné de voir un tel reportage où les gens faisaient l'éloge de Donald sur ce genre de chaîne.

  • Par gerint - 05/04/2018 - 14:10 - Signaler un abus Chez nous aussi une telle politique serait bénéfique

    Mais il faut se débarasser du joug européen

  • Par vangog - 05/04/2018 - 15:32 - Signaler un abus @assougoudrel Les médias gauchistes ont tenté de camoufler

    la vérité le plus longtemps possible. Mais elle se fait jour, petit à petit, pour Donald-le-réaliste, comme pour Macron-le-mystificateur ...

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Rémi Bourgeot

Rémi Bourgeot est économiste, chercheur associé à l’IRIS et spécialiste des marchés de capitaux. Il a poursuivi une double carrière de stratégiste de marché dans le secteur financier et d’expert économique sur la zone euro et les marchés émergents pour divers think tanks.

Sur la zone euro, ses études traitent des divergences économiques, de la BCE, du jeu politique européen, de l’Allemagne et des questions industrielles.

Parallèlement à ses travaux, il enseigne l’économie de l’Union européenne dans le cadre de l’IRIS-Sup. Il est diplômé de l’Institut supérieur de l’aéronautique et de l’espace (SupAéro) et de l’Ecole d’économie de Toulouse.

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