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Guerre d’Algérie : 19 mars 1962, la journée du souvenir qui fâche

Le 18 mars les accords d'Evian étaient signés. Le lendemain devait être marqué par un cessez-le feu définitif. Or ce ne fut pas le cas : entre l'armée française, l'OAS et les différents groupes indépendantistes, attentats, escarmouches et règlements de comptes continuèrent pendant plusieurs mois.

Histoire vs idéologie

Publié le - Mis à jour le 20 Mars 2015
Guerre d’Algérie : 19 mars 1962, la journée du souvenir qui fâche

Atlantico : Aux yeux des personnes marquées par la mémoire de la guerre d'Algérie, la date du 19 mars a un caractère particulier, si ce n'est controversé. Le 8 novembre 2012, sur inspiration des communistes, la majorité a fait voter une loi établissant le 19 mars comme marquant la fin officielle du conflit. Pourquoi le choix de cette date revêt-il une dimension si politique ?

Guy Pervillé : C’est une très longue histoire. L’idée de célébrer le 19 mars 1962 comme fin de la guerre d’Algérie, à l’exemple des commémorations nationales du 11 novembre et du 8 mai, a été a soutenue depuis le 19 mars 1963 par la principale association d’anciens combattants de gauche, qui recrutait surtout parmi les anciens rappelés et appelés, la FNCA (Fédération nationale des Anciens combattants en Algérie), et par de nombreuses municipalités de gauche.

Au contraire tous les gouvernements de 1962 à 1997 avait préféré faire le silence au moyen de lois d’amnistie sur cette guerre qui avait divisé les Français et ne permettait pas de les rassembler, puisque la plupart des associations d’anciens combattants situées plus à droite ne voulaient pas entendre parler de commémorer l’événement qui avait transformé une quasi-victoire militaire en défaite, et ouvert la pire période de la guerre. Mais depuis le procès Papon (1997) qui avait attiré l’attention sur la répression de la manifestation du 17 octobre 1961 à Paris, le principe même de l’amnistie avait cessé d’être compris par les dirigeants politiques de droite et de gauche, et tous les députés et sénateurs avaient voté la loi du 18 octobre 1999 qui reconnaissait officiellement l’existence de la "guerre d’Algérie". Il ne restait plus qu’à se mettre d’accord sur une date commémorative, mais ce fut impossible, parce que la gauche – alors majoritaire – choisit le 19 mars, alors que l’opposition de droite n’en voulait pas. Le projet de loi présenté par le gouvernement de Lionel Jospin avait été adopté par l’Assemblée nationale et allait être présenté au Sénat quand les élections de 2002 arrêtèrent tout en faisant réélire Jacques Chirac contre Jean-Marie Le Pen, Lionel Jospin ayant été classé troisième au premier tour. Le président réélu donna satisfaction à ses partisans en choisissant comme date commémorative de la guerre d’Algérie le 5 décembre, jour de l’inauguration du Mémorial militaire du Quai Branly à Paris ; mais la FNACA persista à réclamer le 19 mars. Dix ans plus tard, après l’élection du président Hollande, la nouvelle majorité de gauche reprit le vote du projet de 2002 là où il s’était arrêté, en faisant comme si rien ne s’était passé entre temps.

François Mitterrand aurait pourtant déclaré que cette date ne devait pas être celle de la fin de la guerre. Pourquoi ce basculement en 2012 parmi les socialistes ?

François Mitterrand, ancien ministre de Pierre Mendès-France et de Guy Mollet, élu en 1981 grâce aux voix de tous les anti-gaullistes, avait promis de faire voter une nouvelle loi d’amnistie qui réhabiliterait les généraux condamnés pour leur participation au "putsch" du 22 avril 1961 et à l’OAS, mais il se heurta dans son propre parti à une telle opposition qu’il dut recourir à l’article 49-3 pour faire adopter son projet en 1982. En 2001, le Parti socialiste avait d’abord hésité avant de déposer le sien, mais il s’y était résolu. Pour presque toute la gauche, à part François Mitterrand, il fallait se démarquer de Guy Mollet sur cette question sensible.

 
Commentaires

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  • Par pale rider - 19/03/2015 - 07:41 - Signaler un abus La guerre d'Algérie , mais elle n'est pas finie , les cendres

    couvent , pour notre plus grand malheur . Et des imbéciles de tous bords soufflent en permanence sur les braises .

  • Par Monteynard - 19/03/2015 - 09:13 - Signaler un abus Un entretien plus qu'utile par un véritable spécialiste.

    Merci pour cette mise au point rigoureuse et compétente,par celui qui est probablement le meilleur connaisseur de cette période...un vrai savant.

  • Par Benvoyons - 19/03/2015 - 09:57 - Signaler un abus Bravo monsieur l'Historien passer sous silence le réferendum

    du 1 juillet 1962. "Les électeurs ont à se prononcer par « oui » ou par « non » sur la question suivante : « Voulez vous que l'Algérie devienne un État indépendant coopérant avec la France dans les conditions définies par les déclarations du 19 mars 1962» Le « oui » l'emporte par 99,72 % des suffrages exprimés.

  • Par phegp - 19/03/2015 - 10:51 - Signaler un abus "Un vrai savant..." dit Monteynard

    Il y en a plein, de vrais savants. Mais le plus illustre est sans conteste Sa Normalité qui, à peine arrivé au pouvoir, s'est empressé d'inscrire le 19 Mars 1962 comme date commémorative du début des horreurs, bien évidemment pour remercier ceux de son électorat qui avait brandi leurs drapeaux au soir de l'élection ! On voit où nous en sommes aujourd'hui.

  • Par hibernato - 19/03/2015 - 10:54 - Signaler un abus Passons à autre chose

    Je suis né 2 ans après les accords d’Evian, le hasard a voulu que je sois dans le peloton d’appelés intégré dans la garde d’honneur à Orly pour la visite de Chadli Bendjedid en 1984 (rôle plus paisible que celui de la génération de mon père) Ma vie professionnelle m’ a conduit aux 4 coins du monde et j’en suis à ma troisième expatriation. Je n’ai aucun maghrébin dans mes connaissances et comme la majorité des français mes affinités culturelles sont à des années lumières de la culture arabo musulmane. je considère l’Algérie comme une terre étrangère et plutôt hostile. Une fois que l’actuelle vieille garde de politiciens encore marqués par un sentiment de repentance aura tiré sa révérence la génération de nos enfants qui est tournée vers l’Europe tournera définitivement cette page.

  • Par vangog - 19/03/2015 - 23:42 - Signaler un abus Rouvrir ces pages du passé n'apporte rien...

    Et, comme l'indique le commentaire ci-dessus, c'est tellement déconnecté des preocupations des Francais, qu'on se demande si ce n'est pas encore un coup fourré des gauchistes pour nous enfumer? Quitte à déterrer les cadavres, qu'ils déterrent les 80 millions de morts des dictatures socialo-communistes, et qu'ils fassent le procès de leurs copains dictateurs, et on les croira peut-être...pour quelques minutes!

  • Par Elen - 31/03/2015 - 07:15 - Signaler un abus Guy Pervillé est un très bon connaisseur

    de la période et contrairement à ce qu'écrit une personne plus haut, il mentionne bien la date du référendum du 1er juillet 1962. Il faut juste apprendre à lire !

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Guy Pervillé

Guy Pervillé est professeur émérite d’histoire contemporaine à l’université de Toulouse Le Mirail, spécialiste de l’histoire de l’Algérie coloniale ainsi que de la guerre d’Algérie. Il a notamment publié Pour une histoire de la guerre d’Algérie (2002), La Guerre d’Algérie (Que sais-je, 2007), Atlas de la guerre d’Algérie (2003), Les Accords d’Evian, succès ou échec de la réconciliation franco-algérienne, 1954-2012 (2012) et, chez Vendémiaire, La France en Algérie, 1830-1954 (2012).

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