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Guantanamo : l’erreur de Donald Trump que tout l’occident finira par payer

Le centre de détention controversé situé à la pointe est de Cuba n’a connu aucun nouvel arrivant depuis 2008.

Pratiques d'un autre âge

Publié le
Guantanamo : l’erreur de Donald Trump que tout l’occident finira par payer

 Crédit Brendan Smialowski / AFP

Atlantico : Des djihadistes de l'EI pourraient bientôt être enfermés à Guantanamo. Un virage politique et un retour à l'ère Bush. Vous avez été vous-même enfermé pour à Guantanamo. Pouvez-vous sommairement nous expliquer ce qui vous y a conduit et ce qu'il vous est arrivé pendant ces deux ans et demi ?

 
Mourad Benchellali : Pour dire les choses simplement à l'âge de 19 ans je pars en Afghanistan à l'instigation d'un de mes proches. Ses motivations étaient plutôt religieuses alors que j'étais un gamin qui voulait partir à l'aventure et sortir de son quartier. En arrivant sur le terrain, les choses se sont vite compliquées à partir du moment où il y avait des combattants étrangers qui voulaient faire de moi une nouvelle recrue et m’ont envoyé dans un camp tenu par Al-Qaida. L’organisation n’était pas aussi connue qu’aujourd’hui car nous étions en juin 2001.
 
On m’a imposé un « entrainement » de deux mois. Je décide de rentrer chez moi mais les attentats des Twin Towers surviennent et le piège se referme très vite sur moi. S’en suivit une fuite au Pakistan où j’ai été capturé et remis aux Américains. Je serais un des premiers détenus de Guantanamo. J’y rentre en janvier 2002 sans savoir que j’y resterai deux ans et demi.
 
Le quotidien à Guantanamo on le connaît un petit peu maintenant. Le premier camp qui s'appelait X-Ray consistait en des cages laissées en extérieur. Il faut comprendre que le site est une base américaine coupée du reste du monde. Un no man’s land juridique dans lequel vous n’avez aucun contact avec le monde extérieur. Ni avec vos familles et sans la possibilité de voir un avocat. Vous ne savez pas combien de temps vous allez y rester. 
 
Je suis vite transféré au Camp Delta et c’est à ce moment-là que les « interrogatoires » menés par la CIA et le FBI ont commencé. Ils ont utilisé ce que l'on appelle communément des « techniques d'interrogatoire musclées ». 
 
A cette époque, les Américains pensaient qu'il fallait en arriver là pour obtenir des informations qu'ils n'auraient pas pu obtenir autrement. On parle là de tortures psychologiques et physiques : privation de sommeil, contention dans des positions douloureuses… J’ai vécu le même système que tous ceux qui s’y sont trouvés.
 
Pour vous empêcher de dormir, vous êtes transféré d’une cellule à l’autre toutes les demi-heures pendant plusieurs jours voire plusieurs semaines. La musique est forte et omniprésente, des flashs lumineux vous sont projeté dessus.
 
L'interrogateur peut aussi demander aux gardiens de vous jeter de l'eau froide dessus pour ensuite allumer la climatisation à fond, vous restez là à geler toute la nuit et tombez malade. Il y a aussi l’isolement perpétuel et l’impossibilité d’obtenir des informations sur votre sort ou sur vos proches Tortures physique et psychologique s’enchaînent et cela se termine par une libération sans procès et un retour vers la France. Après deux ans et demi, je me retrouve à Fleury-Mérogis pour 18 mois et suis jugé pour association de malfaiteurs. Je suis condamné à un an de prison ferme pour ensuite être relaxé en deuxième instance. Le parquet a fait annuler la relaxe, pourvoi en cassation et nous sommes maintenant devant la Cour européenne des droits de l'homme.
 
 
Commentaires

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  • Par assougoudrel - 03/09/2018 - 09:57 - Signaler un abus Si c'est Mourad qui le dit,

    je fais confiance à l'autre.

  • Par Septentrionale - 03/09/2018 - 10:54 - Signaler un abus Donaid Trump

    Un Président lucide et conséquent.

  • Par MIMINE 95 - 03/09/2018 - 12:46 - Signaler un abus T'y jure, j'avais rien fait

    j'étais chez al quaïda ... à l'insu de mon plein gré. Mourad nous dit :" Il y a beaucoup plus de chances de sortir de Guantanamo radicalisé que déradicalisé » et patati et patata. Dans son cas ça semble pourtant avoir refroidi sérieusement ses ardeurs mortifères . Moi, comme assougroudrel... : "si c'est Mourad qui le dit ......."

  • Par LouisArmandCremet - 03/09/2018 - 13:18 - Signaler un abus Juin 2001

    "En arrivant sur le terrain, les choses se sont vite compliquées à partir du moment où il y avait des combattants étrangers qui voulaient faire de moi une nouvelle recrue et m’ont envoyé dans un camp tenu par Al-Qaida. L’organisation n’était pas aussi connue qu’aujourd’hui car nous étions en juin 2001." Il faut arrêter de dire cela : même moi, lycéen puis jeune étudiant à l'époque, je savais parfaitement qui était Ben Laden et ce qu'était La Qaïda, au point même que quand on m'a dit qu'il y avait eu un attentat de grande ampleur aux Etats Unis, j'ai immédiatement sorti le nom de Ben Laden. Quand au régime des mollah en Afghanistan, il ne fallait pas être grand clerc pour avoir une idée même rapide de sa nature : entre les images qui filtraient de femmes en burka, les images hélas célèbres de la destruction des Boudha géant et les scènes de lapidation. On ne va pas me faire croire qu'on va là bas pour jouer aux cartes ou même profiter de l'enseignement. Même sil il avait dit le Pakistan, la crédibilité aurait été réduite. Alors l'Afghanistan....

  • Par Beredan - 03/09/2018 - 17:46 - Signaler un abus On croit rêver ....

    Le procès de Guantanamo par ses pensionnaires , tous innocents ... et menaçants ...

  • Par Liberte5 - 03/09/2018 - 22:20 - Signaler un abus On ne gagne pas une guerre

    avec une politique de l'apaisement, comme l'a fait B. Obama. On la gagne en détruisant l'adversaire.

  • Par vangog - 03/09/2018 - 22:30 - Signaler un abus Merci à Atlantico de nous révéler la perversité des islamistes!

    Le discours est tellement stéréotypé, tellement calqué sur la vieille dialectique gauchiste qui consiste à inverser les responsabilités, qu’il en devient risible pour tous les commentateurs ...si les terroristes de son acabit (mais évidemment, ce n’est pas de sa faute, car il a été entraîné par d’autres...) produisent des attentats, à l’avenir, ça sera à cause du méchant Donald, qui continue d’enfermer les radallas, comme le faisait le méchant Bush. Le gentil Obama, un peu musulman sur les bords, avait promis de tous les libérer, mais s’était fait rattraper par le principe de réalité : on ne libère pas, impunément, des assassins sanguinaires, dopés à la drogue islamiste, et qui ne rêvent que de rallumer des barbecues humains, sitôt libérés...

  • Par lima59 - 03/09/2018 - 23:33 - Signaler un abus On récolte ce qu'on sème

    Sortir de ton quartier partir a l'aventure, c'est ce qu'il donne comme motivation, pour partir en Afghanistan. C'est franchement très léger, je n'en crois rien. Tout ce qui suit, capture de Guantánamo, tu le mérite.

  • Par Atlante13 - 04/09/2018 - 12:00 - Signaler un abus Mais non, rappelez-vous

    un certain Cambadélis du PS qui nous disait, en parlant des tueurs djihadistes : "Ce sont de pauvres enfants égarés qu'il faut prendre par la main pour les ramener sur le bon chemin". Bien sûr, ce brave monsieur n'était pas au Bataclan, ni s

  • Par moneo - 06/09/2018 - 11:09 - Signaler un abus faut demander aux chinois ce qu'il faudrait faire

    c'est à priori plus économique

  • Par Akilès - 06/09/2018 - 14:27 - Signaler un abus Atlantico-Libération, même combat ?

    Il faut nécessairement ouvrir un Guantanamo en Europe. Une sorte de fourre-tout préventif, en ayant à l' esprit les futures victimes qu'il faut sauver des bisounours. La grande majorité des terroristes ont été fichés , ils devraient être triés par une commission ad-hoc et un bon pourcentage retirés du circuit, en attendant mieux. Quant à fermer Guantanamo, les américains viennent de voter clairement son maintien.

  • Par hmrmon - 06/09/2018 - 21:22 - Signaler un abus Guantanamo

    Ah!, ça c'est le bouquet, selon cet ex-prisonnier, il faudrait faire des manières avec cette vermine djihadiste. Voyez-vous ça, si on ne ferme pas cette prison, cela va servir d'argument aux djihadistes pour noircie encore plus l'image de l'Amérique, comme s'ils avaient besoin de ça! En plus, toujours selon cet ex, plus on garde ces terroristes dans cette prison, plus ils vont se radicaliser, donc relâchons-les au plus vite, on aura peut-être ainsi une chance de les voir se déradicaliser d'eux-mêmes, devant tant de bonté de notre part et si c'est pas le cas.....

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Mourad Benchellali

Mourad Benchellali est un ancien détenu de la prison de Guantanamo. Il fut un des premiers incarcérés dans ce centre situé à la pointe est de l’île de Cuba. Il y restera deux ans et demi et subira des tortures aussi bien psychologiques que physiques. Libéré sans procès, il retourne en France et refait sa vie. Il forme des apprentis carreleurs et fonde avec Nicolas Hénin, ex-otage en Syrie, l’institut de recherche et de conseil pour la lutte contre la radicalisation et le terrorisme : Action Résilience.

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