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Gros coup de chaud en Syrie : escalade généralisée en vue ?

Ce dimanche 18 juin, la coalition internationale menée par les Etats Unis a abattu un avion de l'armée syrienne aux alentours de Raqqa, lieu de combats inédits entre les FDS, soutenus par les Etats Unis, et les troupes du pouvoir en place.

Syrie

Publié le

Dans ces deux régions (Raqqa et Al-Tanf), la tension est désormais à son comble.

Les intentions du président Donald Trump quant à son attitude au Proche-Orient étaient relativement mystérieuses jusqu’à son arrivée aux affaires. Ses décisions semblent être dictées par son instinct mais contrebalancées par son entourage, particulièrement militaire.

Pour s’en convaincre, il suffit de voir comme il s’est rangé au début juin du côté de Riyad pour condamner le Qatar accusé de soutien au terrorisme. Cela n’a pas empêché le lobby industriel de vendre dans la foulée une trentaine de F-15 au petit émirat pour une somme de 12 milliards de dollars ! Il est vrai que Trump ne vise pas directement le Qatar mais les bonnes relations qu’entretient cet Etat avec l’Iran qui reste l’objectif numéro un de son courroux encouragé par l’Etat hébreu qui estime que ce pays est pour lui une menace existentielle majeure.

Il est légitime de penser que c’est un peu ce qui se passe maintenant en Syrie : les milices chiites gouvernementales (et internationalistes) soutenues par l’Iran et le régime de Bachar el-Assad par répercussion sont devenus de cibles potentielles bonnes à frapper.

Il faut aussi reconnaître qu’à la différence de son prédécesseur, le président Trump ne tient pas ses généraux « rênes courtes ». Bien au contraire, vraisemblablement conscient de son incompétence dans le domaine militaire, il leur laisse une grande part d’initiative tactique sur le terrain. Il y a fort à parier que le Su-22 a été abattu sans qu’aucune autorisation n’ait été demandée au préalable à la Maison Blanche, ce qui n’aurait jamais été le cas du temps de la présidence Obama.

Il convient d’être conscient qu’à l’image de leurs homologues israéliens, les généraux américains sont fondamentalement anti-iraniens et anti-russes. Pour eux, ces deux pays sont l’« ennemi » qu’il faudra un jour combattre directement.

Tout incident peut maintenant dégénérer sans que l’on puisse dire jusqu’où cela ira. Bien sûr et heureusement, de nombreuses déclarations sont pures tartarinades (Trump avait bien donné trente jours à ses généraux pour concevoir un plan pour « éradiquer » Daech). Il semble que jusqu’à maintenant, le président Poutine savait garder son calme, certes pour privilégier les intérêts de son pays - ce qui bien normal pour tout dirigeant politique avisé -. Ses officiers, eux, n’agissent pas sans son aval et il sait qu’il n’a rien à gagner à un affrontement direct avec l’Occident car il n’en n’a pas les moyens.

Par contre, la question se pose pour Téhéran en espérant que ses dirigeants ne sont pas animés d’un sentiment suicidaire, ce qui ne semble pas être le cas pour le moment.

(Ce qui ne veut pas dire que tout objet volant sera abattu mais « suivi » par la défense antiaérienne. La nuance est importante).

 
Commentaires

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  • Par Shebear88 - 20/06/2017 - 08:45 - Signaler un abus Pas solides sur leurs bases ?

    Merci pour cet article solide et qui permet de faire le point. Les Saoudiens ont démontré depuis quinze ans et continuent à démontrer une capacité de destruction dans la région comparable à celle des anciens Assyriens. Outre les principaux champs de bataille en Irak et en Syrie, je souhaite rappeler lles tristes événements en cours depuis 2 ans maintenant au Yémen, avec l'assistance technique et le concours actif diplomatique et militaire (via les ventes d'armements) des USA et peut-être d'autres puissances occidentales. Par suite de la guerre chaude qui sévit dans ce malheureux pays, je lis aujourd'hui qu'une épidémie de choléra y fait rage depuis plus de 8 mois dans l'indifférence générale. Dans ces conditions, montrer du doigt un Etat voisin au nom de la "lutte contre le terrorisme" me semble de la part des Saoudiens une opération de communication relevant du comportement proverbial du "voleur qui crie au voleur" pour détourner quelque peu l'attention générale.

  • Par vangog - 20/06/2017 - 10:09 - Signaler un abus Donald doit faire le ménage parmi ses militaires!

    Les deux mandats d'Obama ont permis aux gauchistes de gangrèner de nombreuses instances Washingtoniennes et du Pentagone, comme on a pu le voir avec James Comey, ex-directeur du FBI qui avait tenté de déstabiliser Trump en laissant fuiter ses conversations confidentielles avec lui...Parmi les militaires aussi, existent des anti-russes caractériels qu'il faut éjecter d'urgence de la hiérarchie militaire. La stratégie de Trump de réchauffement des relations diplomatiques avec la Russie est la bonne, mais celui-ci ne doit pas se laisser déborder par des généraux gauchistes va-t'en-guerre, qui ne rêvent que d'imposer l'ordre mondial de Goldmann-Sachs-Soros au reste du monde, Russie incluse...

  • Par Marie-E - 20/06/2017 - 13:04 - Signaler un abus Toujours passionnant

    Ce que vous écrivez, Monsieur Rodier. Juste un petit bemol : je pense qu'Israël n'a vraiment rien contre le peuple iranien (d'ailleurs nombreux sont les juifs iraniens en Israël qui en parlent avec nostalgie et qui connaissent toujours le farsi) mais franchement les discours et les actes des ayatollahs sont scandaleux, inadmissibles et dangereux. Quant aux Russes, il y en a eu 1,5Ml qui est arrivé dans les années 90 et beaucoup sont dans l' armée (d'ailleurs certains avions onnt communiqué entre eux en russe). Depuis Obama, Netanyahou a appris à discuter avec Poutine et à se déplacer. ...quand ce n'est pas lui c'est Liberman qui vient de Moldavie et qui parle russe qui s' y colle. Le gouvernement israélien est habitué à gérer ses ennemis et leurs parents en sachant qu'il y a des alliances ou des oppositions éphémères.

  • Par RODIER - 20/06/2017 - 13:52 - Signaler un abus @tous de Rodier

    Merci à tous de bien vouloir me lire et commenter mes écrits. Je ne suis qu'un "chercheur" (et pas un "expert" qui lui, détient LA vérité). Vos avis me sont donc précieux. Quand je parle des Iraniens qui sont plus "solides sur leurs bases" que la famille Saoud, je veux dire que les mollah contrôlent mieux l'Iran, en particulier grâce aux Bassidjis qui encadrent étroitement le pays. Beaucoup d'Iraniens souhaitent un changement de régime mais cela ne semble pas possible pour l'instant dans un pays où tout voisin peut être un informateur des pasdarans. De plus, les élections "démocratiques" en Iran se jouent uniquement entre des candidats choisis par le Guide suprême de la Révolution. Par contre, les Saoud, eux (qui certes n'ont pas été choisis même avec un simulacre d'élection "démocratique"), ne sont pas à l'abri d'un putsch. Cela explique la "fuite en avant" que constitue la guerre qu'ils mènent au Yémen. Elle leur permet de se placer à la tête du monde arabo-sunnite en agitant le "spectre de l'encerclement" par les Iraniens (qui soutiennent effectivement les rebelles al-Houthi). Le rôle de Moscou dans la région est aujourd'hui prépondérant, si Trump ne décide de le saboter.

  • Par Marie-E - 20/06/2017 - 14:10 - Signaler un abus Merci de ce

    Complément d'analyses.

  • Par Liberte5 - 20/06/2017 - 17:15 - Signaler un abus D. Trump veut rebattre les cartes dans cette région.

    Après la calamiteuse présidence d'Obama qui a laissé la situation dégénérer, D. Trump veut créer les conditions pour la création d'un Etat Kurde.

  • Par Anouman - 20/06/2017 - 18:14 - Signaler un abus Coallition

    Je n'ai peut-être pas bien compris ou raté un épisode mais l'intervention militaire en Syrie ne semble pas autorisée par une résolution de l'ONU et encore moins par le gouvernement Syrien. C'est donc à priori illégal mais ça ne dérange personne?

  • Par Daniel Lemaire - 20/06/2017 - 18:47 - Signaler un abus Armée Syrienne Libre n'existe pas / etats unis pro daesh???

    Les états unis sont donc pro daesh ? L'Armée Syrienne Libre n'existe pas, c'est une invention journalistique pour cacher le conglomérat de groupes terroristes qui veulent prendre le pouvoir et l'argent.

  • Par moneo - 21/06/2017 - 09:05 - Signaler un abus roulette Russe?

    A quoi jouent les militaires américains? sont ils à ce point sûrs de leurs technologie militaires? ou se servent ils de la syrie comme d'un laboratoire militaire? c'est un peu con comme exercice avec un adversaire certes inférieur mais qui peut détruire X fois la vie sur terre.Pourvu que Macron ne veuille pas donner une leçon à Poutine au motif de sauvegarder le bons rebelles poseurs de bombes comme avait pu dire Pasqua les bons islamistes connais pas

  • Par Gordion - 21/06/2017 - 10:10 - Signaler un abus @A.Rodier: Moscou en train de déstabiliser...

    ...le Kurdistan irakien, inféodé à Washington et Ankara - hors la zone sud dont l'UPK de Talabani est soutenue par Téhéran et qui est plus proche des kurdes syriens du PYD/YPG - en ayant signé un accord pétrolier via Rosneft avec Barzani du PDK..Moscou a réussi un coup de maître en enfonçant un coin dans la coalition occidentale qui endigue l'Iran.

  • Par Nyko_bzh - 21/06/2017 - 17:29 - Signaler un abus Merci

    J'ai toujours autant de plaisir à lire vos analyses. Merci Mr Rodier

  • Par Leucate - 21/06/2017 - 18:38 - Signaler un abus C'est quand même dangereux

    On n'est pas à l'abri d'un dérapage militaire sur le terrain. Poutine avait gardé son sang-froid quand la Turquie avait abattu un de ses bombardiers SU 22. Je ne suis pas certain que Trump aurait la même attitude si jamais un avion américain était abattu par la chasse ou la DCA syrienne ou russe, même si "juridiquement", ses appareils n'ont rien à faire dans le ciel syrien. Il est toujours dangereux de laisser trop de latitude au commandement opérationnel sur le terrain...

  • Par valencia77 - 22/06/2017 - 05:22 - Signaler un abus Comme on

    Don't be chickens, go for it! The mongols, French and Germans tried it.

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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur, en 2017 de Grand angle sur l'espionnage russe chez Uppr et de Proche-Orient : coup de projecteur pour comprendre chez Balland, en 2015, de Grand angle sur les mafias et de Grand angle sur le terrorisme aux éditions Uppr ; en 2013 du livre Le crime organisé du Canada à la Terre de feuen 2012 de l'ouvrage Les triades, la menace occultée (éditions du Rocher); en 2007 de Iran : la prochaine guerre ?; et en 2006 de Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme (éditions Ellipse). Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier, La face cachée des révolutions arabesest paru chez Ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS. 

 

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