Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Lundi 24 Septembre 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

GroKo ou pas, ces indices ne trompent pas, l’adoucissement allemand espéré par Emmanuel Macron sur le front européen a du plomb dans l’aile

La nomination de Martin Selmayr au poste de secrétaire général de la Commission et le soutien apporté par le SPD à la candidature de Jens Weidmann à la tête de la BCE montrent un renforcement réel de l'Allemagne au plus haut niveau européen.

Achtung

Publié le
GroKo ou pas, ces indices ne trompent pas, l’adoucissement allemand espéré par Emmanuel Macron sur le front européen a du plomb dans l’aile

Jens Weidmann Crédit Reuters

Atlantico : Au cours de la semaine du 19 février, deux faits semblent dévoiler un potentiel renforcement de l'Allemagne au sein des instances européennes, que ce soit la nomination de Martin Selmayr au poste de secrétaire général de la Commission, selon des circonstances qui font aujourd’hui débat, et le soutien apporté par le SPD à la candidature de Jens Weidmann au poste de Président de la BCE. Comment interpréter ces événements, alors que l'Europe est aujourd’hui au centre des attaques de nombreux partis politiques, et quelles en sont les conséquences notamment pour les projets européens d'Emmanuel Macron ? 

Christophe Bouillaud : Les deux événements sont tout de même de nature différente : l’un (la nomination de Martin Selmayr) correspond à des luttes bureaucratiques au sein de la Commission européenne pour les postes les plus intéressants ; et l’autre (l’appui du SPD à une candidature Weidmann à la tête de la BCE) correspond à une profonde divergence de conception entre ce que les conservateurs allemands voient comme une bonne politique monétaire et ce que d’autres acteurs plus pragmatiques ont découvert sur cette dernière au cours de la présente crise économique.

La possible nomination de Jens Weidmann à la tête de la BCE serait un terrible retour en arrière : c’est vraiment quelqu’un qui n’a rien vu, rien compris, rien appris – ou, du moins, il fait comme si la vision de la politique monétaire selon Bundesbank était la seule valable en tout lieu et en tout temps. Je comprends que le SPD ait dû faire des concessions à la CDU-CSU : l’Allemagne connait à la fois un début d’inflation salariale, dangereux pour la compétitivité, et aussi plus qu’un début de bulle immobilière qui déséquilibre en augmentant les prix des logements et les loyers le rapport entre les salaires versés et les dépenses contraintes des ménages. Les taux d’intérêts bas ont aussi le don d’exaspérer les épargnants allemands. Du seul point de vue allemand, il y a donc de bonnes raisons de vouloir une augmentation des taux d’intérêts pour refroidir une conjoncture allemande qui semble dériver du bien (plein emploi) vers le trop bien (surchauffe du marché du travail et bulle immobilière).  Cependant, ce  genre de concessions, qui correspond à une certaine vision conservatrice des nécessités allemandes, n’est guère porteur d’une vision d’une politique économique bonne pour toute l’Union européenne. Il est vrai que ces négociations CDU/CSU/SPD se sont terminées dans un climat de chute politique complète de Martin Schulz. Cet homme qui avait fait toute sa carrière politique jusqu’ici au sein du Parlement européen entendait apporter beaucoup d’Europe dans la politique allemande. Sa dégringolade au fil des dernières semaines traduit le peu de poids de ces considérations européistes à la fois pour l’électorat allemand en général et pour ses propres camarades de parti. 

 
Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud est professeur de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Grenoble depuis 1999. Il est spécialiste à la fois de la vie politique italienne, et de la vie politique européenne, en particulier sous l’angle des partis.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€