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Grogne au congrès des maires de France : ce dont les élus locaux se plaignent

Alors que se réunissent près de 12 000 maires à l'occasion de leur congrès annuel, le mécontentement des élus locaux semble toucher toutes les sensibilités politiques, y compris le PS.

Cahiers de doléances

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Grogne au congrès des maires de France : ce dont les élus locaux se plaignent

Le congrès annuel des maires de France s'ouvre ce mardi. Crédit Reuters

Atlantico : A quelques mois des élections municipales, les maires semblent de plus en plus remontés contre l'exécutif et le climat promet d'être tendu. Quels sont les principaux motifs de cette colère ? Quels sont les doléances des maires ?

Philippe Laurent : D’abord les maires éprouvent le sentiment désagréable que les décideurs nationaux ne leur font pas confiance. Les rapports accusatoires se succèdent, certains ministres se comportent en donneurs de leçons, le ministère des Finances a fait des élus locaux et des maires en particulier de commodes boucs émissaires.

Tout ceci crée un climat effectivement tendu, car les maires n’ont aucunement le sentiment d’avoir démérité ces dernières années. Bien au contraire, ils pensent être le dernier rempart du « vivre ensemble », dans une société en voie de lente désagrégation.

Ensuite, et plus concrètement, il y a le « double discours » national : vous dépensez trop, mais vous devez continuer à développer l’offre de service public et les investissements. Et bien nous disons très clairement : assez d’hypocrisie. Définissons un bonne fois pour toutes, ensemble, le contenu et le niveau des politiques publiques que nous souhaitons, et mettons nous d’accord sur leurs modalités de mise en œuvre. Evitons les faux-fuyants et les faux procès.

Enfin, et encore plus concrètement, il y a les finances. Baisse historique des dotations (que n’aurait-on dit si un gouvernement de droite avait osé…), charges nouvelles avec par exemple les cotisations retraite des agents ou la hausse de la TVA, ou encore la mise en œuvre de la réforme des rythmes scolaires : tout ceci conduit à un effet de ciseau redoutable, dont le pouvoir central ne mesure pas l’effet dévastateur sur l’investissement public local, pourtant facteur de croissance, d’emploi et de préparation de l’avenir du pays.

La réforme des rythmes scolaires de Vincent Peillon promet d'être un dossier chaud à l'heure où seulement 4000 communes l'ont adoptée. Les maires ont-ils été livrés à eux-mêmes sur cette réforme ?

Dès le départ, en 2012, nous avions tiré la sonnette d’alarme sur le financement et les difficultés d’organisation que ne manquerait pas de provoquer la mise en œuvre de la réforme. Nous n’avons pas été écoutés par le ministère. Il y a un an, le président de la République avait accepté, lors de notre congrès, un délai d’un an supplémentaire.

Aujourd’hui, avec les premières expériences, nous voyons d’une part que le coût réel est supérieur à ce que nous avions estimé (de 150 à 300, voire 400 euros par enfant scolarisé, une charge nouvelle pour les communes qui pourrait approcher les 2 milliards d’euros en année pleine !), d’autre part que la mise en œuvre est parfois très complexe par suite notamment du manque d’encadrement compétent des enfants, et enfin que la réforme elle-même, dans ses fondements, n’est pas pertinente dans certaines circonstances et sur certains territoires. Cela fait quand même beaucoup pour une évolution sensée être consensuelle... C’est la raison pour laquelle nous sommes nombreux à proposer un réexamen approfondi des principes et des modalités de cette réforme qui, en outre, ne nous semble pas venir au bon moment : il faut en effet commencer par les programmes et la formation des maîtres, poursuivre par le calendrier annuel, puis terminer par les rythmes hebdomadaires. C’est le bon sens, évidemment.

En l'absence du président de la République, le Premier ministre devra également aborder d'autres thèmes embarrassants comme les plans locaux d'urbanisme, les dotations d'Etat ou encore les deux milliards de charges nouvelles qui grèveront le budget des communes. De manière générale, les maires ont-ils les moyens de répondre aux nouvelles contraintes qui pèsent sur eux ?

S’agissant des plans locaux d’urbanisme, le projet de loi Duflot prévoyait initialement de les rendre obligatoirement intercommunaux. Nous étions totalement opposés à cette obligation, car pour nous l’intercommunalité est un outil au service des communes et doit donc être choisie, tant dans son périmètre que dans ses compétences. Heureusement, un amendement parlementaire a permis que les communes recouvrent la liberté de s’opposer à cette obligation.

S’agissant des finances, les choses sont claires : pour le secteur public local, entre baisse des recettes et hausse des dépenses obligatoires, ce sont 3,5 milliards qui « disparaissent » en quelque sorte, qui ne peuvent pas être affectés au service public. Cela représente 10% de la capacité d’autofinancement. Or, les maires, prudents, ne combleront pas cette diminution de l’autofinancement par une progression de l’endettement. Il y aura donc poursuite de la baisse des investissements publics locaux, avec des suppressions d’emplois à la clé : 3,5 milliards de moins d’investissement, c’est en gros 30 000 emplois supprimés dans le BTP. A moins que les élus locaux ne choisissent de diminuer notablement le niveau de service public : moins de places de crèches, moins de personnel dans les écoles, moins d’auxiliaires de vie chez les personnes âgées… Dans tous les cas, c’est vers un rétrécissement de l’action publique de proximité, utile à la vie quotidienne des gens, que nous nous dirigeons. 

La majorité des maires sont socialistes. Existe-t-il un décalage entre l'exécutif et les élus locaux ? Le pouvoir est-il assez l'écoute ? Tient-il compte des remontées du terrain ?

Non, la majorité des maires est sans étiquette. Seule la majorité des maires de grandes villes est socialiste. Mais oui, il existe un certain décalage entre l’exécutif et les élus locaux, l’affaire des rythmes scolaires le montre parfaitement. 

Cela étant, il me semble que le vrai problème réside dans le système institutionnel que nous connaissons en France, et qui n’est absolument pas adapté à l’époque que nous vivons. Il faut être souple et adaptable, l’administration centrale reste rigide et uniforme. Il faut faire surgir l’innovation dans les territoires, le pouvoir central ne sait pas faire confiance aux acteurs locaux. Il faut mobiliser toutes les énergies locales, l’Etat enferme tout le monde dans un carcan normatif, qui ne fait que donner bonne conscience à quelques hauts fonctionnaires. Le logiciel de l’Etat est grippé. Il n’est plus capable de « sentir » le pays. Si les maires jettent l’éponge, le risque est immense de voir le pays s’enfoncer dans une grave crise morale et sans doute politique.

Comment est interprétée l'absence du président de la République ?

Pour celles et ceux d’entre nous dont c’est le dernier congrès, cette absence est évidemment dommage. La plus haute autorité de la République aurait pu en effet leur rendre un hommage mérité, par sa présence toujours appréciée lors de notre congrès, même si elle n’est pas systématique. Ceci étant, il ne faut pas tirer d’enseignement particulier de cet état de fait. La République sera elle bien présente dans notre congrès, car, en France, elle est tout aussi chez elle à la mairie qu’à l’Elysée. C’est ce qui fonde la relation particulière entre l’Etat et les maires, dont nous devons ensemble veiller à ce que la crise que nous connaissons ne la détruise pas. 

 
Commentaires

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  • Par tubixray - 19/11/2013 - 09:09 - Signaler un abus communes = suppression

    Ce sont désomais les communautés de communes qui gèrent l'essentiel supprimons cette structure administrative ringarde et dépensière, élection du président de com com au suffrage universel. POur les départements idem au profit strict des régions dans leur configuration actuelle.

  • Par Teo1492 - 19/11/2013 - 09:53 - Signaler un abus 12 000 sur 36 000

    Cela veut dire que les 2/3 sont restés chez eux...

  • Par totor101 - 19/11/2013 - 11:19 - Signaler un abus 12000 sur 36000

    Restés chez eux parce qu'ils n'ont pas les moyens de faire la dépense du déplacement ..... De quel budget peut disposer le maire d'une commune de 400 habitants ??

  • Par Jean-Francois Morf - 19/11/2013 - 11:32 - Signaler un abus VGE a déjà coûté 40 millions en privilèges économisables....

    Imaginons: 10'000 maires à la retraite coûtent 10 million chacun en privilèges divers, cela ferait déjà 100 milliards d'économisables... Et si on renvoyait chez eux tous les roms et tous les adorateurs de l'anti-Christ, ont pourrait même cesser d'emprunter...

  • Par CN13 - 19/11/2013 - 13:03 - Signaler un abus Ils peuvent être mécontents !

    Les maires socialistes peuvent être mécontents de leur "moi président". Les Français ne gobent plus les mensonges à la sauce Hollande/Ayrault. Ils peuvent continuer à faire des promesses parce que les élections municipales arrivent. Les Français vont tous les virer.

  • Par fentreti - 19/11/2013 - 14:58 - Signaler un abus Les maires sont là pour cirer les pompes du président

    Les maires ne servent qu'à appliquer les décisions idiotes des ministres . Ce sont des petits lutins qui ne pense qu'à leur réélection , prés de chez moi un maire imbécile , va nous pondre un grand camp de gitans qu 'absolument personne ne veut ! Mais le maire seul l'a décidé alors bon peuple écrasez vous . Virons les tous !

  • Par smiti - 19/11/2013 - 14:58 - Signaler un abus Ils anticipent les résultats des municipales

    Les socialos, fidèles à ce qu'ils sont, des indécrottables manipulateurs, anticipent les résultats des prochaines élections municipales. Alors que jusqu'alors, largement majoritaires aux affaires communales, ils n'ont eut de cesse de demander des subsides à l'Etat, à la veille de quitter massivement les mairies, ils resserrent les subventions et augmentent les besoins ne serait-ce que pour mettre en œuvre la réforme Peillon, afin de mettre en difficulté les futures équipes municipales. Avec de tels procédés, ils démontrent une fois de plus que seuls comptent leurs petits intérêts partisans mais en aucun cas, l'intérêt général. Ils sont décidément les fossoyeurs de la République, ils sont à vomir.

  • Par pidmerd - 19/11/2013 - 17:51 - Signaler un abus LA BASE DE LA PYRAMIDE

    Les maires sont en bas de la pyramide hiérarchique de ce monde pourri qu'est la politique. Comme les élites de Paris, ils ne pensent qu'à se remplir les poches et arranger les affaires de leurs petits copains. Là où j'habite, mes impôts fonciers et taxes d'habitation ont augmenté de 175 % en 11 ans ! Et quand je vois ce que le maire fait avec mon fric il y a de quoi hurler ! Les infrastructures routières changent tous les 6/7 ans. Un coup on installe un dos d'âne qu'on détruit pour le remplacer par un panneau de ralentissement qui sera à son tour remplacé par un changement de priorité lui aussi remplacé par une zône à 30 km/h et puis retour à la case départ on remet le dos d'âne initial etc ... Sans compter les plots très inesthétiques et les bacs en béton installés de façon anarchique sur les routes et qui sont tellement dangereux qu'ils ont tué deux jeunes. La cerise sur le gâteau, les maires de la communauté de communes ont été assez c.... pour fermer 5 écoles qui étaient entièrement restaurées (et que l'on est obligés de continuer à entretenir pour rien puisque ces locaux sont vides) pour faire construire à la place un complexe scolaire de 13 millions d'euros !

  • Par fentreti - 19/11/2013 - 18:36 - Signaler un abus à pidmerd

    Vous avez raison , en 5 ans le rond point près de chez moi à été refait 3 fois c'est pas se foutre de la gu..e du monde ça ?

  • Par zebulon54 - 19/11/2013 - 19:04 - Signaler un abus Une simple question.

    Il en est où l'institut public promis par le locataire de l'Elysée lors de sa visite à Florange?

  • Par vangog - 19/11/2013 - 23:07 - Signaler un abus Quand les maires socialistes rencontrent l'absurdité

    de toute politique socialiste! On pourrait leur dire: Qu'ils assument leurs choix idéologiques, tant pis pour eux..." Mais malheureusement, ce sont encore les citoyens qui trinqueront pour ces mauvais choix...

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Philippe Laurent

Philippe Laurent est maire de Sceaux et, depuis novembre 2014, secrétaire général de l'Association des maires de France.

Il est l'auteur de Décentralisation, pour en finir avec les idées reçues (LGDJ / 2009).

 

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