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Le grand trou de mémoire : ce que nous risquons à déléguer toutes nos connaissances à des machines

En déléguant aux ordinateurs le stockage des informations, de l'Histoire, de nos compétences et de notre savoir, nous pourrions finir par ne plus être capables de les maîtriser ni même de nous les réapproprier.

E-cerveau

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Le grand trou de mémoire : ce que nous risquons à déléguer toutes nos connaissances à des machines

De plus en plus de tâches quotidiennes sont déléguées aux ordinateurs.  Crédit Reuters

Atlantico : La prise en charge des différentes tâches, des plus intellectuelles aux plus ordinaires, sont de plus en plus souvent déléguées à des ordinateurs et des logiciels. Quels sont les risques que court la société à déléguer ainsi ses savoir-faire si longuement acquis au fil de notre histoire ? Risquons-nous un jour de ne plus être capables des nous réapproprier ce que nous stockons dans les ordinateurs ?

Michael Dandrieux : La question n’est pas forcément nouvelle. Avant que nous ayons accès à l’imprimerie, l’art de la mémoire était très important, car il permettait à des orateurs de déclarer de grands discours, ou de raconter de longues histoires, c’est à dire de les multiplier en les passant par la parole, et ainsi que d’autres personnes en retiennent des bouts. Puis l’imprimerie nous a permis de stocker de la connaissance afin de n’avoir à porter avec soi que le stricte nécessaire, le reste étant dans les bibliothèques.

Comme aujourd’hui au sujet des savoir-faire que nous déléguons aux machines, il y eut quelques peurs que notre mémoire soit déléguée au livre, que nous ne soyons plus en état de conserver les choses correctement, et qu’une partie de la connaissance puisse être perdue. En réalité, après Gutenberg comme après la généralisation des ordinateurs, en ayant déplacé certaines actions vers des outils, des media, des programmes, nous nous sommes aussi rendus disponibles à de nouvelles opportunités. La question est plus souvent de savoir quels gestes de la main, ou quelles opérations de l’esprit, sont encore capables de nous donner l’impression que ce que nous faisons a de la valeur.

L'Amérique semble pencher progressivement vers la disparition de l'enseignement de l'écriture cursive "faute d'utilité" dans un monde où tout se fait à l'aide d'un clavier, qu'il soit tactile ou pas. Que penser de cette initiative ? Pourrons-nous encore communiquer ou transmettre de la connaissance en cas d'absence de moyens de communication électronique ?

L’écriture cursive est l’une des occasions pour la langue de s’exprimer, mais pas la seule et pas la première. La langue n’est pas faite pas les académies, mais par les pêcheurs, qui ont besoin de façonner rapidement un mot pour décrire une vague, un vent, un phénomène naturel. Un linguiste américain, John McWhorter, montre d’ailleurs que certains signes, comme le “slash”, qui est un signe typographique de séparation, et que l’on retrouve dans les langages algébriques où il sert à fractionner, ont pénétré la langue quotidienne du “texto” et du “chat”. Le “slash" s’est substitué aux petits signaux faibles que nous pouvons émettre quand nous sommes face à face, pour dire que nous souhaitons changer de sujet. Mais par messagerie, nous ne disposons pas de ces moyens. Ce sont les espaces où ils se déploient qui requièrent qu’on fasse évoluer la langue, comme les téléphones ou les écrans. Les émoticônes et les stickers sont si intégrés à ce mode de la parole qu’ils sont devenus des sources de revenu pour les entreprises.

 
Commentaires

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  • Par Ravidelacreche - 02/01/2014 - 10:07 - Signaler un abus Le grand trou de mémoire

    C'est pas pire que le transmission orale ?! :o)) Un mode d'emploi dans l'ordinateur en panne c'est déjà pas mal!

  • Par GBCKT - 02/01/2014 - 11:40 - Signaler un abus Le mèle indice à méditer.

    Dans mon entreprise , qui n'est pas la seule nous sommes submergés de mèle d'origine interne. les autres sont filtrés ta

  • Par GBCKT - 02/01/2014 - 12:14 - Signaler un abus Le mèle indice à méditer. suite

    tant bien que mal. Au cours d'un séminaire réunissant les cadres dirigeants et les directeurs un atelier devait traiter de solutions pour en limiter le volume. Résultat décevant, de vagues exhortations. Incapacité par exemple à recommander de demander au rédacteur de faire: - le distinguo entre le destinataire qui devrait intégrer l'information pour agir, ou dont on attend une réponse et ceux pour lesquels l'utilité est de simple information. -de rédiger un objet qui synthétise le contenu (et d'établir les quelques règles) -de réserver à quelques uns la diffusion à tous. C'est révélateur de la confusion qui règne à propos du fonctionnement en réseau, cache misère du flottement des périmètres de l'organigramme, et de la fuite des managers devant la nécessité de s'impliquer dans la gestion de l'information interne.

  • Par rudi11 - 02/01/2014 - 13:43 - Signaler un abus outils

    les ordinateurs sont de simples outils...si on leur délègue nos décisions, qui sont censées etre humaines, tenir compte de certains criteres, je ne vois guere d avenir pour notre espece; çà ressemble à un suicide collectif.

  • Par Benvoyons - 02/01/2014 - 15:41 - Signaler un abus GBCKT - 02/01/2014 - 12:14 Méthode générale c'est à dire la GED

    et donc que les personnes habilitées peuvent avoir accès à certain dossiers projets, clients, etc et il y a un dossier de communication générale avec des sous dossiers par type d'information générale (ex normes,etc). C'est à la personne d'être actif pour chercher l'information qui lui est indispensable. En plus tu as les dates et les dates d’accès des personnes qui prennent les informations et les outils de recherches par nom etc. C'est difficile au début mais d'une grande fluidité par la suite et en plus plus personne ne peut dire je ne suis plus au courant.

  • Par Benvoyons - 02/01/2014 - 15:48 - Signaler un abus GBCKT - 02/01/2014 - 12:14 J'ai oublié mais les personnes

    habilités à un dossier reçoivent l'information que le dossier vient de subir une modification. Comme les rapports donnent les informations des personnes qui sont dans l'action.

  • Par vangog - 02/01/2014 - 22:58 - Signaler un abus Le besoin détermine la fonction!

    Notre mémoire est concurrencée par les collecteurs de données, notre capacité à calculer est concurrencée par les ordinateurs, nos vertus analytiques et synthétiques seront bientôt supplantées par l'intelligence artificielle! résultat? Notre capacité créatrice est en train de s'atrophier au profit d'une capacité exclusivement reproductrice: l'artisanat remplacé l'art... L'homme de demain sera un homme essentiellement spécialisé dans les seules ressources épargnées par la technique et son cerveau sera tout entier tourné vers cette tâche spécialisée, alors que les autres parties du cerveau s'atrophieront. Reste à déterminer quelles tâches un robot ou un ordinateur ne sera jamais capable d'effectuer aussi bien que l'homme? l'amour, les loisirs?...

  • Par ignace - 02/01/2014 - 23:18 - Signaler un abus Van gog..j'espére que Marine a un antidote

    L'homme de demain sera un homme essentiellement spécialisé dans les seules ressources épargnées par la technique et son cerveau sera tout entier tourné vers cette tâche spécialisée Le loto, le poker en ligne, les forums et en particulier Atlantico

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Michaël Dandrieux

Michaël V. Dandrieux est sociologue, il appartient à la tradition de la sociologie de l’imaginaire. Depuis 2003, il est chercheur au Ceaq (Centre d’Etude sur l’Actuel et le Quotidien), de l’Université Descartes à la Sorbonne, sous la direction du professeur Michel Maffesoli.
Depuis 6 ans, il est directeur éditorial des Cahiers Européens de l’Imaginaire (CNRS Editions). Il est également cofondateur de l’institut Eranos, depuis 2005, où il a en charge le développement des activités d’études des mutations sociétales, notamment sur les marchés touchant les jeunes générations.

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